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Entrons-nous dans une nouvelle ère, celle qui suivra le naufrage des médias (mainstream) de masse ? Nul ne peut dire l’avenir mais tout le monde peut lire les signaux forts envoyés par les Etats-Unis, ce pays à la croisée de ceux voies. Nos journalistes français incultes se sont étonnés d’un revirement du président Obama dans la crise syrienne avec la consultation du Congrès. D’aucuns fous furieux ont même déploré cette décision alors qu’elle va dans le sens de la démocratie. Les motivations réelles du président américain ne nous sont pas accessibles. Est-ce un jeu de réal politik ou bien un cas de conscience ou encore un souci de prendre en compte l’opinion publique ? Laissons le président dans son bureau ovale pour commenter les récentes déclarations données à un média allemand par un fin connaisseur de la vie politique américaine, le politologue et conseiller Brzezinski dont l’avis mérite un détour, quoi qu’on puisse penser de ses antécédents, notamment à la fin de la guerre froide.

D’après Brzezinski, un énorme grain de sable est venu enrayer la machine de guerre américaine lancée vers une expédition punitive en Syrie. Il s’est produit un éveil politique globalisé dans les pays occidentaux et notamment aux Etats-Unis. Ce qui aurait contrarié les plans de la Maison Blanche qui visiblement, n’ont pas changé d’orientation depuis l’époque Bush. C’est ce que pense Brzezinski qui semble-t-il, serait opposé à l’intervention en Syrie, position qui ne manque pas d’ironie comme le fait savoir le journaliste de Storyleaks Mikael Thalen qui trace un parallèle entre la livraison d’armes aux djihadistes de 2013 soutenus par les monarchies du golfe ainsi que les Etats-Unis et le soutien américain aux moudjahiddines afghans en 1979. Etape ayant servi de germe à la création du mouvement Al-Qaeda par Ben Laden. Ce qui est nouveau pour Brzezinski, c’est cet éveil de la conscience politique dont il situe les prémices quelques années auparavant.

Le phénomène est donc tout récent et pour ma part, je l’associerai au débat que nous Français avons eu sur le TCE en 2005. Sans oublier la résistance aux injonctions de vaccination lors de la pandémie de grippe fabriquée par les médias de masse. Il est devenu presque impossible pour les gouvernants occidentaux de contrôler, voire supprimer cette conscience politique, y compris en usant des méthodes de propagande les plus visibles. Aux Etats-Unis, Obama tentera de convaincre le Congrès tout en sachant qu’il doit avant tout convaincre une opinion publique qui serait dans une très large majorité opposée à la guerre, encore plus que jamais, y compris l’épisode du Viêt-Nam. Brzezinski qui n’économise pas sa cynique ironie prétend qu’auparavant, il était plus facile de contrôler l’opinion d’un million d’individus que de tuer un million de gens alors que maintenant c’est l’inverse.

La propagande pour l’intervention a été intense, de la part d’élus démocrates et républicains, avec le relais sans faille et même zélés des médias de masse. Résultat. Un Américain sur dix soutient l’intervention d’après un sondage Reuters. L’explication vient de l’Internet, des réseaux sociaux et de la force de frappe intellectuelle des médias alternatifs. Un autre sondage, réalisé par Gallup, confirme la désaffection des médias de masse par le public américain. Seulement 23 % du public accorde une confiance à ce que racontent les journaux mainstream, qu’ils soient de papier ou d’écran, du NYT ou de Fox News. Ce chiffre est très bas. Pour donner une idée, 56 % font confiance à la police qui pourtant, ne manque pas d’excès. La plus basse note étant réservée aux élus envers lesquels à peine 10 % des Américains accordent une confiance soutenue, ce qui ne manque pas de susciter un questionnement. Un citoyen sur dix fait confiance à ses représentants et cela s’appelle démocratie.

Anthony Gucciardi, le créateur de storyleaks, fait état d’une conversation avec une star des médias de masse, animateur de radio show et avouant que sa corporation est devenue craintive face à l’avènement des médias indépendants et des communautés alternatives. Autre événement, la couverture médiatique tronquée après les attentats de Boston et quelques zones d’ombres. Une ère nouvelle se dessine. Non seulement avec les lanceurs d’alerte mais aussi la possibilité offerte par le Net de diffuser une vidéo domestique pouvant être visionnée par des millions de gens si les faits filmés méritent une attention particulière. On pensera à une bavure policière mais la liste n’est pas restrictive. Les médias mainstream ont peur des gens, de leur liberté, de leur capacité à les mettre en doute, à en faire des has been d’un âge révolu. Ils sont voués à disparaître, bon débarras ! Telles sont les conclusions, sans doute excessives, de Gucciardi.

Ces recoupement de données chiffrées et de propos argumentés laissent néanmoins perplexe quant à cet éveil de la conscience politique dans un monde où il se raconte que les gens deviennent de moins en moins politisés. Serait-ce un cliché de plus véhiculé par les médias de masse ? Il est difficile de comprendre en totalité la signification de ces événements mais une chose est sûre, c’est la désaffection pour les médias de masse. On retrouvera d’ailleurs ce phénomène en Europe et en France où la profession de journaliste n’a plus la cote. Fini le temps du Watergate, des analyses pointues, des reportages façonnés pour concourir au prix Albert Londres. Il faudra suivre de près cette nouvelle ère qui se dessine et comprendre les tenants et aboutissants de cette concurrence de plus en plus sérieuse entre les médias de masse et les alternatifs, révélée surtout aux Etats-Unis alors qu’en France, l’opinion est indocile face aux vérités de la pensée officielle mais semble tout de même assez molle dans ses convictions. D’ici dix ans nous saurons si cette crise syrienne aura accompagné un tournant historique marqué par des reconquêtes démocratiques face à ce qu’on peut appeler le système autoritaire dont l’un des piliers est ce qu’on peut appeler l’« Etat des médias de masse », un Etat dans l’Etat avec quelques régulations démocratique mais aussi des connivences avec les autres systèmes de pouvoir, parfois autoritaires.

L’Etat média est un concept qui s’applique parfaitement à la France, pays centralisé dont les grands médias sont regroupés dans un même lieu, près des ministères et de l’Elysée, avec des connivences avec les puissants, des écoles de formation à la pensée unique, des salles de rédaction, des dîners en ville et des contacts plus intimes dans un lit… Sur le dossiers syrien, inutile de rappeler que nos médias se sont discrédités en défendant la voix de la présidence sans fournir les éléments critiques permettant au citoyen de mesurer les décisions et notamment les erreurs du passé, les conséquences pour l’avenir et le dilemme entre cette prétendue intervention punitive et le droit international. Les médias mainstream français tentent de sauver la face de Hollande mais ça ne passe pas. Cette affaire a mal été gérée avec la précipitation d’un Hollande trop fébrile et va-t-en guerre, le mal est fait, il n’y a plus d’issue. La propagande des images émotionnelles est devenu un classique. Déjà pendant l’épisode de pandémie grippale les médias montraient les images de souffreteux crachant leurs poumons. Maintenant, ce sont les cadavres de gosses morts ou alors agonisants filmés on ne sait où près de Damas. La propagande doit enfumer l’opinion publique pour légitimer les actions politiques. En 2013, ça ne fonctionne plus.

C’est étrange, j’ai l’impression d’avoir épuisé le sujet. Une situation complexe sur le terrain syrien mais bien plus simple dans les pays occidentaux. Pas d’intervention punitive et surtout hors du cadre de l’ONU. C’est si évident qu’on se demande pourquoi les gouvernants n’ont pas privilégié cette option. Le Congrès américain devrait logiquement voter non à la guerre. Parce que les Américains sont lassés de la guerre et des fiascos cumulés en Afghanistan et en Irak où le nombre de morts depuis 2003 dépasse celui de la Syrie. Les gens ne sont pas dupes, une intervention occidentale en Syrie ne résout rien mais aggrave la situation sur le terrain.

Tag(s) : #Nouvelles du front

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