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Il n’y a pas si longtemps, que n’entendait-on pas sur les traitements de faveur accordés aux "fils de", qu'ils soient ceux de Nicolas Sarkozy ou de Frédéric Péchenard, alors DGPN.

La presse, galvanisant les bonnes âmes offusquées, hurlait des jours durant au "fait du prince", au détournement de la police et de la justice, à la rupture d'égalité entre les citoyens face à la Loi, au comportement "monarchiste" du pouvoir.

Chacun dénonçait évidemment une injustice dans le traitement judiciaire dérogatoire d'indulgence pour les "enfants du pouvoir". Seule la gauche - c'est à dire le PS - allait permettre de revenir aux fondamentaux du Droit. Mais ça, c'était avant...

Où sont-ils aujourd'hui, les moralisateurs de comptoir, les indignés à la petite semaine, les révoltés du clavier, les bobolutionnaires de la morale, quand c’est le fils de la concubine officielle du Président qui bénéficie des stupéfiantes mêmes largesses pénales à chaque récidive ?

Et la ministre de la justice, d'ordinaire si prompte à empoigner l'étendard de l'égalité, à monter sur la barricade médiatique, et clamer à l’application d’une même Loi pour tous ? Qu'en pense t'elle des oukazes présidentiels autorisant l'impunité pénale au "fils de la dame de" ? Rien peut-être, elle regarde ailleurs, se rappelant qu’il y a quelques années, elle avait cherché à faire annuler purement et simplement la condamnation de son fils pour complicité de vol. Laxisme pour tous ? Pas tout à fait…

Pendant ce temps-là, le pétillant ministre de l'Intérieur communique à tout-va sur le nouveau Code de Déontologie de la Police Nationale. Et, telle une démonstration par l’absurde, il ne le respecte pas lui-même en permettant formellement que "le fils de" échappe en toute illégalité à une procédure pénale qui aurait dû être diligentée par ses propres services de police...

Il va sans dire qu’un gardien de paix lambda qui interviendrait pour minimiser la mise en cause judiciaire d'un de ses gamins - ou de celui d'un de ses proches - serait immédiatement sanctionné sans état d'âme, suspendu dans l'heure sans doute, puis trainé dans la boue médiatique avant d’être lapidé sur l’autel de la morale socialiste... Avec son Ministre en première ligne dénonçant avec la plus grande fermeté une conduite inacceptable.

La "déontologie" c'est bon uniquement pour les simples flics. Quant à l'application stricte de la Loi, c'est juste pour les simples citoyens.
Le pouvoir, l’animal politique, il s'en contrefout de tout cela : les règles communes ne valent jamais pour lui...

Quant à la gauche, une fois encore, une fois de trop, elle apporte la preuve qu’elle n’existe pas. Le parti socialiste est un parti imposteur qui n’a plus rien à voir avec les valeurs fondatrices de la gauche des grands principes. Le parti socialiste est un parti bourgeois qui fonctionne en caste et pratique le privilège, le passe-droit et le mépris de classe.
La Loi, prétendument pour tous dans les discours propagandistes, mais bien plus certainement, pour tous selon la Constitution, pour eux, se décline selon la position statutaire de l’auteur ou de la victime de l’infraction. Comme dans le Droit médiéval.

Et à moins qu’il soit le lobby ou la communauté du jour - éphémère électorat à caresser dans le sens du poil - le peuple n’a aucune sorte d’importance. La caste politique peut s’en moquer avec application - même si elle se prétend socialiste - et il ne leur importe pas du tout de faire de leurs cas personnels des exemples de probité. Non, ils n’ont pas même cette sorte d’amour-propre, pas plus qu’ils n’ont de respect pour leur mandat et leur électorat. Pour eux, joindre l’acte à la parole est sans objet. Donner des leçons de morale à longueur de micros et d’incantations est plus facile et n’engage à rien. Inventer chaque jour une nouvelle disposition liberticide ou autre interdiction qui pourra être transgressée à coups de petits arrangements entre amis politiques, se fait sans états d’âme.

Le Code de déontologie est assené aux policiers comme si le postulat de l’exercice de leur métier était la suspicion, le Code de déontologie des journalistes n’a jamais vu le jour, quant à la déontologie du milieu politique, il n’en a jamais été question. Alors les fils de…

 

Marc Louboutin et Bénédicte Desforges

 

 

source : Passe-droit pour le fils de Valérie Trierweiler ? [Le Point 7 décembre 2013]

Tag(s) : #Nouvelles du front

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