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Deux faits indirectement liés qui se sont déroulés aux États-Unis durant cette semaine (du 20 décembre) m’ont frappé d’une manière toute particulière. Le premier, c’est que ce fut une grosse semaine pour la campagne de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). Les membres de l’Association des études américaines (ASA) ont voté en faveur du boycott universitaire d’Israël. Et l’Association des études amérindiennes et autochtones (NAISA) a, elle aussi, approuvé le BDS.

Deux autres victoires BDS significatives ont eu lieu cette année (2013), l’une en mai quand le professeur Stephen Hawking décida de rejoindre le boycott universitaire d’Israël, et l’autre en mars, quand la stratégie de « lawfare » (guerre juridique) du lobby pro-israélien contre le BDS lancée devant les tribunaux britanniques s’est trouvée sérieusement ébranlée. Ronnie Fraser, directeur de l’organisation Les Amis universitaires d’Israël a essayé d’intenter un procès au Syndicat des universités et facultés pour ne serait-ce que porter le débat du BDS devant les tribunaux. Il a échoué, un tribunal du travail l’ayant débouté de sa demande.

Je suis un partisan du mouvement BDS depuis des années et c’est de près que je suis ses progrès lents mais réguliers. Le Comité national palestinien chargé en début de cette année de coordonner et diriger le mouvement mondial a publié une ligne du temps interactive qui enregistre les nombreux succès au cours des huit années précédentes. Ces réalisations sont d’autant plus impressionnantes à la lumière des maigres moyens dont disposent les militants des campagnes pro-palestiniennes pour faire progresser la cause. BDS est un phénomène palestinien, et les militants qui ont adhéré à la cause sont de véritables militants issus du peuple.

Ce qui m’amène au deuxième fait qui a attiré mon attention cette semaine. C’est un billet à Mondoweiss à propos d’une nouvelle liste des gros salaires dans les organisations juives à but non lucratif aux États-Unis. Et les groupes pro-Israël y figurent en bonne place.

Abraham Foxman, de la Ligne anti-diffamation, est payé selon cette liste 688 000 $/an (plus de 500 000 €). Le directeur de l’AIPAC (Comité américain pour les affaires publiques israéliennes) empoche plus d’un demi-million de dollars. Pendant que le directeur général du Fonds national juif, quasi-gouvernemental aux États-Unis, (partie intrinsèque du régime foncier d’apartheid d’Israël), Russell Robinson, doit probablement se sentir lésé en ne recevant que la bagatelle de 344 000 $ de salaire annuel.

On peut dire sans se tromper qu’un seul de ces salaires pourrait financer toutes les organisations pro-palestiniennes pendant plusieurs années, et pourtant ce sont ces organisations sous-financées qui remportent de plus en plus d’étapes importantes dans la lutte pour la constitution d’un contre-siège BDS contre Israël. Pas étonnant que les organisations sionistes soient inquiètes. Les recommandations du tristement célèbre Institut Reut (Tel Aviv) à l’intention d’Israël pour le « sabotage » des groupes pro-palestiniens pour la justice estiment que le BDS est autant une menace pour le système d’apartheid d’Israël qu’une résistance armée. Reut qualifie le premier de « réseau de délégitimation » et la seconde de « réseau de résistance ».

Les partisans d’Israël semblent toujours ne pas voir la principale force du BDS : qu’il fait partie d’une campagne morale mondiale pour la justice en Palestine. Comme l’écrit l’universitaire Steven Salaita, à propos de la décision de l’ASA de rejoindre le boycott universitaire cette semaine : « C’est très simple, vraiment. Les Palestiniens ont expliqué. Et les gens ont compris. »

L’une des principales raisons du succès du mouvement BDS pour mobiliser des militants, c’est le fait que ses trois exigences sont justes, faciles à comprendre et qu’elles ont recueilli un consensus parmi la population palestinienne : la fin de l’occupation, le retour des réfugiés et des droits égaux pour tous.

Même si le BDS n’est seulement qu’un aspect de la lutte palestinienne plus globale pour la libération, il est devenu aujourd’hui « la nouvelle et constante adresse de la solidarité internationale à la résistance collective et au combat du peuple palestinien, » comme l’écrit le journaliste palestinien Ramzy Baroud cette semaine.

BDS s’avère aussi très difficile à vaincre pour Israël. Ce que celui-ci appelle sa stratégie « lawfare » - bloquer les militants du mouvement dans les tribunaux – se révèle de plus en plus sans espoir, comme le montrent le procès perdu de Ronnie Fraser et bien d’autres affaires en France.

Ce qui est ma crainte, alors que BDS se développe lentement mais sûrement, c’est qu’Israël puisse utiliser ses atouts secrets mondiaux pour porter le concept de « sabotage » à un niveau plus agressif que les affaires judiciaires. Le temps nous le dira. Néanmoins, les apologistes des crimes de guerre israéliens en sont encore à boucher les fissures du barrage avec leurs doigts. C’est pour eux qu’arrive BDS.

Asa Winstanley

Tag(s) : #Palestine

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