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C’est un film amateur, de quelques minutes, qui en dit plus long sur l’actuel premier ministre israélien que n’importe quel dis­cours ou interview. Nous sommes en 2001, en pleine seconde Intifada. En retrait de la poli­tique, après un premier passage à la tête du gou­ver­nement entre1996 et 1999, Benyamin Néta­nyahou rend visite à une famille israé­lienne endeuillée par une attaque pales­ti­nienne, dans la colonie d’Ofra, en Cisjordanie.

Ne se sachant pas filmé, l’ex-chef de file du Likoud, la droite natio­na­liste, raconte, avec un cynisme et une rou­blardise à toute épreuve comment il a réussi à vider les accords de paix d’Oslo de leur sub­stance. Devant l’un de ses hôtes, qui s’inquiète d’éventuelles pres­sions inter­na­tio­nales, il lâche, plein de dédain : « Qu’ils parlent, qu’ils parlent, laisse-​​les parler. » Le pré­sident François Hol­lande, qui revient jus­tement d’Israël où il a pressé M. Néta­nyahou d’arrêter la colo­ni­sation, appré­ciera la séquence.

Eton­namment, ces images acca­blantes dif­fusées en 2010 par la télé­vision israé­lienne et dis­po­nibles depuis sur Internet n’avaient jamais été mon­trées sur une chaîne fran­çaise. Elles figurent, avec beaucoup d’autres séquences chocs, dans Voyage dans une guerre invi­sible, un docu­men­taire consacré à la colo­ni­sation juive en Cis­jor­danie. Le propos et le mérite du réa­li­sateur, Paul Moreira, un grand pro­fes­sionnel de l’enquête télé­visée, passé par Capa et Canal+, sont de montrer le har­cè­lement continu auquel sont soumis les Pales­ti­niens qui vivent à proximité des colonies les plus radicales.

Tréfonds d’absurdité

On y voit des jeunes juifs, le visage masqué, mettre le feu à des oli­ve­raies, sous le regard passif des soldats ; un vieux berger à dos de mulet empêché d’emmener son troupeau paître, par des conscrits trois fois plus jeunes que lui ; la popu­lation entière d’une ville (Hébron), privée de marché, pour que la poignée de fana­tiques juifs enkystés dans son centre puisse célébrer une fête du calen­drier juif. L’impératif de sécurité brandi par l’armée atteint des tré­fonds d’absurdité quand un gamin de 5 ans, le visage décomposé par la peur, est embarqué au poste par des soldats, qui l’accusent d’avoir lancé une pierre contre la voiture d’un colon… En mêlant des vidéos tournées par les Pales­ti­niens eux-​​mêmes et des images filmés par ses soins, Paul Moreira donne à voir les vexa­tions et les vio­lences, petites et grandes, qui échappent aux médias occi­dentaux, mais font jour après jour la « une » dans les ter­ri­toires occupés.

D’une pré­cision scru­pu­leuse, il donne la parole à des colons en désaccord avec ces pra­tiques, tout en pointant la com­plai­sance éhontée des auto­rités à l’égard de ces extré­mistes en kippa. « C’est comme si on laissait sciemment des enfants jouer avec un briquet à côté d’un baril de poudre », s’inquiète le docu­men­ta­riste. Sur un sujet qu’on pense rabâché, il réussit un film complet, à la fois prenant et pédagogue.

 


 

Tag(s) : #Palestine

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