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David CRONIN

 

L’apartheid d’Israël est « plus sophistiqué que celui de l’Afrique du Sud », selon un nouveau livre recensé par David Cronin
Pourquoi Israël ? C’est une question qu’on pose à tout sympathisant de la solidarité palestinienne.

Habituellement, la question est posée en guise de diversion tactique. Pourquoi condamner Israël alors qu’il y a tellement plus de gens tués en Syrie qu’à Gaza ?

Le livre de Suraya Dadoo et Firoz Osman « Pourquoi Israël » énumère les multiples raisons justifiant qu’on se focalise sur les crimes commis au nom du sionisme. Tout sioniste croit en l’oppression des Palestiniens, déclarent les auteurs. Un défenseur d’Israël n’a donc aucune autorité morale pour défendre la liberté, où que ce soit.

Les sionistes aiment à se plaindre que leurs opposants tentent de fixer à Israël des critères plus élevés qu’à d’autres états. Mais en fait c’est Israël lui-même qui prétend avoir des critères plus élevés que ses voisins.

Israël se prétend une démocratie éclairée, une démocratie qui accueillait récemment une liste de célébrités hollywoodiennes pour fêter le 90ème anniversaire de Simon Peres, son président. Mais grattez le vernis glamour, et vous trouverez une forme virulente d’apartheid.

Dadoo et Osman sont bien placés pour identifier ce qui constitue une état d’apartheid, puisqu’ils sont d’Afrique du Sud. Dans leur livre, qui compte plus de 630 pages, ils tracent de multiples parallèles entre la manière dont Israël traite les Palestiniens avec la façon dont les noirs étaient traités en Afrique du Sud sous le régime des blancs.

Bien des choses qu’ils mettent en évidence sont d’une importante cruciale, quoique peu connues du grand public.

Une interprétation très « sélective » du droit international

Combien de fois les médias de masse nous rappellent-ils que l’approche israélienne des prisonniers politiques reflète celle de l’apartheid sud-africaine ? Les deux états ont décidé de grappiller dans le droit international les parties qui les arrangent ; tous deux ont refusé de signer un protocole additionnel à la Convention de Genève exigeant que les combattants pour la liberté ne soient pas traités comme des criminels quand ils sont incarcérés.

Combien de fois nous incite-t-on à nous indigner des lois inhumaines d’Israël qui séparent des familles ? Les Palestiniens de Cisjordanie sous occupation et de Gaza n’ont pas le droit de vivre en Israël, même s’ils sont mariés avec des citoyens israéliens. L’apartheid sud-africain, lui aussi, imposait des restrictions aux mariages entre citoyens du pays, interdisant les relations interraciales.

Combien de fois nous dit-on qu’Israël s’est déclaré « en état d’urgence » et ce chaque année depuis sa création en 1948 ? Cette déclaration sert de prétexte pour empêcher la liberté d’expression et de réunion et pour interdire aux Palestiniens de pénétrer dans les « zones militaires fermées ». L’apartheid en Afrique du Sud, lui aussi, se plaisait à édicter des oukases justifiés par « l’état d’urgence ».

Et combien de fois nous dit-on que les propagandistes israéliens se servent de techniques quasiment identiques à celles utilisées par l’apartheid sud-africain ? Pendant les années 1980, des journalistes israéliens ont été amenés en Afrique du Sud aux frais de la princesse, étant entendu qu’ils aideraient à « blanchir » l’apartheid. Aujourd’hui, Israël et les groupes de lobbying qui le défendent offrent le même type de voyages tous frais payés, aux mêmes conditions.

Des mensonges provocateurs

L’une des raisons principales pour lesquelles il faut lire ce livre, c’est qu’il fournit aux militants toute une panoplie d’arguments pour combattre les mensonges sionistes.

Quand on utilise le terme « apartheid » en référence à Israël, on se voit communément rétorquer qu’Israël est tellement aimable avec ses citoyens palestiniens ( les arabes israéliens, comme disent les sionistes) qu’il les autorise à voter et à se présenter aux élections. Cette situation contraste avec celle de l’apartheid sud-africain, où la majorité noire était privée de tout droit électoral.

Dadoo et Osman démontrent que ces arguments sont spécieux. Refuser le droit de vote, soulignent-ils, n’est pas explicitement mentionné sur la liste de ce qui constitue la discrimination raciale dans la Convention sur l’Apartheid des Nations Unies de 1973. Cette Convention précise également qu’un Etat ne doit pas nécessairement imiter en tous points l’Afrique du Sud sous régime blanc pour être coupable d’apartheid.

Dans un passage particulièrement perspicace, les auteurs écrivent : « La version israélienne de l’apartheid est plus sophistiquée que la version sud-africaine. L’apartheid sud-africain était rudimentaire, mesquin, primitif – littéralement en noir et blanc, avec une séparation nette et aucun droit. L’apartheid d’Israël est plus dissimulé par l’image fallacieuse de « démocratie » qu’il se donne. Les citoyens palestiniens d’Israël ont le droit de vote. Mais dans tous les autres domaines, la loi et la politique les discriminent.

Un livre exhaustif

Bien que basé sur des recherches rigoureuses et accompagné de notes copieuses en bas de page, ce livre fait un peu trop confiance aux sources secondaires, à mon goût. Plutôt que de paraphraser les nombreux écrivains et journalistes dont ils ont étudié l’oeuvre, Dadoo et Osman ont tendance à reprendre des extraits d’autres publications secondaires.

A l’exception de certaines références au Media Review Network, que le duo représente, nous n’obtenons pas un aperçu direct des expériences des auteurs. Résultat : le livre n’est pas aussi engageant qu’il aurait pu l’être.

Si vous être actif depuis peu dans le mouvement de solidarité palestinienne et avez besoin d’un premier livre sur la comparaison entre Israël et l’Afrique du Sud de l’apartheid, celui-ci ne serait pas la première source que je vous recommanderais. Le livre de Ben White « Israeli Apartheid : A Beginner’s Guide » et le film documentaire « Roadmap to Apartheid » de Ana Nogueira et Eron Davidson sont plus concis et plus digestes.

Mais par ailleurs, ceux qui cherchent un aperçu exhaustif de toutes les questions importantes concernant la Palestine feront bien de se pencher sur « Why Israël ? ».
Peu de faits, voire aucun, ont échappé à l’attention des auteurs.

David Cronin

David Cronin est le correspondant de l’agence de presse Inter Press Service. Né à Dublin en 1971, il a écrit pour diverses publications irlandaises avant de commencer à travailler à Bruxelles en 1995. Son dernier livre, " Corporate Europe : How Big Business Sets Policies on Food, Climate and War " est publié en août chez Pluto Presswww.plutobooks.com.

Tag(s) : #Palestine

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