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Toutes les occasions paraissent bonnes à Manuel Valls pour s’en prendre à l’Islam : campagnes islamophobes antivoiles, interdiction d’une manifestation contre un film raciste antimusulman, promotion agressive de la laïcité contre la communauté musulmane, déni de l’islamophobie (il récuse d’ailleurs le terme même) et allégeance marquée à Israël . Lors du meeting du 27 novembre à la mutualité pour « défendre la République contre les extrémismes » il est allé jusqu’à mettre sur le même pied Front National et communautarisme religieux – musulman. Entendre de tels propos d’un responsable politique de gauche aurait été impensable il y a seulement une quinzaine d’années. Il est vrai que Manuel Valls cultive une image iconocaste qui le met parfois en porte-à-faux avec son propre camp politique, par exemple quand il parle de « déverrouiller les 35 heures », de mettre en place la TVA « sociale » imaginée par la droite ou encore d’allonger la durée de cotisation retraite. Ce qui lui avait valu de s’attirer les foudres de Martine Aubry il y a quelques années. Mais qu’en est-il à propos de l’Islam ? L’islamophobie professée et pratiquée par Manuel Valls serait-elle étrangère à la ligne politique du PS ? Pas si sûr.

Incapable de mettre en œuvre ne serait-ce qu’un début de réponse à la crise économique, le gouvernement en est réduit à assister au défilé ininterrompu des plans sociaux et à la casse du travail. Tournant le dos à la politique de relance keynésienne sur la promesse de laquelle il a pourtant été élu, il se contente de suivre (avec zèle) les prescriptions imposées par Bruxelles et de mener la politique austéritaire que les contraintes européennes lui imposent avec les conséquences catastrophiques que l’on connaît : précarisation du travail, paupérisation des travailleurs, délitement du lien social et casse des services publics. Sur le front extérieur, la situation n’est guère plus brillante : sur le dossier Syrien comme sur celui de l’Iran, le gouvernement est totalement aligné sur les intérêts d’Israël et ses alliés sunnites. Quand il s’agit de défendre ses propres intérêts impérialistes, il ne fait que reprendre la rhétorique bushiste de la guerre contre le terrorisme pour l’appliquer au Mali et en République Centrafricaine. Cette posture militariste et néocolonialiste achève de faire de la France l’un des pays les plus sionistes du monde.

S’il est un domaine, en revanche, où le gouvernement fait preuve d’activisme, c’est bien celui du prétendu « communautarisme religieux » (c’est-à-dire de l’Islam) et c’est sans doute le seul. L’énergie déployée contre les musulmans, leurs institutions et leurs pratiques tranche singulièrement avec l’immobilisme volontaire ou contraint affiché par ailleurs. Les conséquences en sont d’ailleurs sensibles : montée de l’islamophobie dans les sondages, hausse importante des agressions physiques et verbales contre les musulmans. Pourquoi un tel acharnement ?

En chute libre dans les sondages d’opinion, le gouvernement recherche désespérément une nouvelle légitimité. L’abandon consenti de toute marge de manœuvre économique (et notamment monétaire) que lui impose l’appartenance à l’Europe communautaire à travers les différents traités le contraint à la rechercher ailleurs que dans le modèle social de l’État providence qui a pourtant fonctionné efficacement pendant de nombreuses années. La protection assurée par le pouvoir régalien est désormais d’une autre nature : elle s’exerce contre un ennemi imaginaire, intérieur (musulman) ou extérieur (terroriste) qui fait office de bouc émissaire face aux désordres et aux frustrations sociales provoquées par la crise. L’État gendarme a peu à peu supplanté l’État providence depuis la fin des années de l’après-guerre. Dépossédées d’une grande partie de leur patrimoine industriel, privées de l’espoir en un avenir meilleur, sans conscience de classe, vivant dans l’insécurité sociale et économique qui est désormais leur lot quotidien, les classes populaires n’ont plus que leur identité nationale ou religieuse à défendre face à un Islam supposé conquérant. Ce qui fait le succès du FN fait également celui de Manuel Valls .

L’islamophobie n’est ni de droite ni de gauche. Elle est le fait d’un gouvernement qui fait allégeance au néocolonialisme le plus brutal et prédateur (Israël) et à l’impérialisme financier le plus dur (UE-USA). Totalement soumis aux diktats patronaux, la social-démocratie française ou européenne ne prend même plus la peine de mettre en place les politiques d’accompagnement social du libéralisme de la décennie 1980 (voir ici). Les postures islamophobes et ultralibérales de Manuel Valls ne sont que la manifestation d’une évolution profonde du PS : il est en réalité un conformiste dans son propre camp (voir ici). La contrepartie de cette politique économiquement et socialement destructrice est connue. En France, comme dans le reste de l’Europe et aux USA, l’islamophobie ou le rejet de l’étranger fait office de seul lien social, de seul mode d’expression d’une conscience collective dans des espaces sociaux précarisés et destructurés. Néolibéralisme et obsession anti-islam sont indissolublement liés pour le meilleur et surtout pour le pire.

Tag(s) : #Nouvelles du front

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