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Le soulèvement en Ukraine représente une lutte entre l’occident et la Russie pour intégrer économiquement et militairement l’Ukraine dans leurs orbites respectifs. Je ne prends aucune position dans cette lutte, mais chaque clan veut que je prenne part tout aussi bien que vous. Comme je vis en Occident et que j’ai une meilleure exposition aux déclarations de ses hommes d’Etat ainsi qu’auprès de ses medias de masse que je n’en ai de leurs contreparties russes, je me concentrerai ici sur l’analyse des tentatives occidentales pour influencer l’opinion publique à supporter le camp ouest du conflit.

 

 

D’abord, quelques points sur le contexte :

 

  • L’Ukraine est divisée nationalement entre les Ukrainiens ethniques (les indigènes), concentrés dans l’ouest, et les Russes, concentrés à l’est, principalement en Crimée. Les Russes de Crimée et de l’est penchent pour l’intégration avec la Russie tandis que les Ukrainiens de l’ouest tendent à éprouver une certaine appréhension vis-à-vis de la domination historique de l’Ukraine par la Russie ;

 

  • La Crimée, une péninsule proéminente sur la mer Noire, est le siège de la flotte russe de la région. Le président actuel,Viktor Ianoukovytch, a prolongé le bail russe portant sur la base navale ;

 

  • Le gaz russe pour l’Europe transite par l’Ukraine ;

 

  • La Russie ne veut pas que l’Ukraine soit intégrée dans l’OTAN, ce qu’elle voit, pour de solides raisons, comme une alliance militaire antirusse.

 

 

Pour l’Occident, l’intégration de l’Ukraine dans son orbite signifie :

 

  • De nouvelles opportunités commerciales ;

 

  • L’isolation grandissante de la Russie, l’un des seuls pays assez forts pour défier l’hégémonie américaine ;

 

  • Une influence sur les exportations gazières russes vers l’Europe ;

 

  • Un avantage militaire stratégique.

 

Il est instructif de mettre en contraste le traitement du soulèvement ukrainien par les états occidentaux et leurs médias avec les révoltes concomitantes en Égypte (que l’ouest condamne) et en Syrie (que l’ouest supporte).

 

La révolte syrienne, contrairement au portrait d’une bataille pour la démocratie dressée par les forces occidentales, est la dernière et la plus violente éruption d’une insurrectionislamiste en cours depuis les années 60 et des efforts de la confrérie islamiste pour évincer les « infidèles » non sectaires du gouvernement nationaliste arabe.

 

L’insurrection s’est depuis lors mutée en une tyrannie dominée par des salafistestakfiristes, des combattants alignés avec Al-Qaeda et supportée par des tyrannies héréditaires arabes ; les dictatures royales qatarienne et saoudienne, ainsi que d’anciens pouvoirs coloniaux, la Turquie, la France et l’Angleterre.

 

Le discours occidental fait nécessairement référence au gouvernement syrien en tant que régime, se plaint de sa nature autoritaire et maintient que l’insurrection jaillit des protestations pacifiques des activistes prodémocratiques et encourage les rebelles « modérés ».. eux-ci sont en fait pour la plupart des Frères musulmans.

 

Pour sur qu’ils sont modérés comparé au front Nostra et à l’état islamique en Iraq et en Syrie, mais ils ne sont pas les libéraux ou sociaux-démocrates séculiers que beaucoup à l’ouest voudraient croire qu’ils sont.

 

En comparaison, le soulèvement en Égypte contre la dictature militaire qui avait chassé le gouvernement élu des Frères musulmans est traité de manière très différente.. a dictature n’est pas appelée comme telle, ni même qualifiée de régime, mais de façon neutre, en tant que gouvernement militaire. Les Frères musulmans, qui sont descendus dans les rues en protestation au coup d’État et qui se sont fait tirer dessus et enfermer pour leurs troubles, ne sont pas qualifiés d’activistes prodémocratiques comme le sont les Frères musulmans de Syrie, ou même certains rebelles modérés, mais de rébellion islamiste émergente. La dictature qui leur a tiré dessus et les a enfermés n’est pas non plus qualifiée de dictature brutale.

 

La dictature égyptienne qualifie les mutins de terroristes, ce qui est froidement relayé dans les journaux occidentaux, pendant que les descriptions des insurgés syriens contre Assad, qui font exploser des voitures dans des rues bondées du centre-ville, sont rejetées au rang de propagande évidente.

 

La dictature militaire égyptienne a banni les partis politiques, jeté ses opposants en prison avec de fausses charges et arrêté les journalistes. Durant le week-end, l’armée égyptienne a tué environ 50 à 60 manifestants. Cela fut reporté machinalement dans les principaux journaux occidentaux. Personne ne demande l’intervention occidentale.

 

Les récents événements en Ukraine sont traités très différemment. Les morts de quelques émeutiers ont déclenché une couverture médiatique et une dénonciation dans les capitales occidentales enfiévrées, pendant que les tentatives du président pour dissiper le désordre en invoquant des lois réduisant les libertés civiles sont traitées comme une enfreinte majeure aux droits de l’homme.

 

Comparez cela au silence relatif concernant la mort de plus de manifestants en Égypte et à la suspension de toutes les libertés politiques dans le pays. Si nous devions nous inquiéter de l’état des affaires en Ukraine, certainement devrions-nous être encore plus outragés par l’état des événements égyptiens.

 

Les gouvernements étrangers, qui restent en relation avec l’ouest en tant que satellites, sont dans ce cas appelés alliés, et les non-satellites, dans ce cas, sont des ennemis, ou s’ils sont assez grands des « rivaux ». Des événements comparables seront traités par les mass-media occidentaux différemment et avec un langage différent selon que le pays est un satellite (allié) ou un non-satellite (ennemi ou rival), peut-importe le pays.

 

En Syrie (un pays non satellite) un gouvernement élu (élu, pour sûr, sous des conditions restrictives) est qualifié de régime dirigé par un dictateur, alors qu’en Égypte (un satellite) un gouvernement militairement désigné ne sera pas appelé un régime, mais un gouvernement, et de facto le chef d’État (un dictateur) est simplement désigné comme le chef de l’armée.

 

En Égypte, l’insurrection émergente menée par les Frères musulmans et des islamistesfanatiques, est qualifiée d’insurrection islamiste, alors qu’en Syrie une rébellion rallumée par les Frères musulmans, et maintenant dominée par des fanatiques islamistes, est qualifiée de soulèvement contre la dictature.

 

En Ukraine (un non-satellite jusqu’à présent et pour autant que le gouvernement continue avec ses plans pour s’aligner avec la Russie et non l’Europe) une répression de la dissidence qui est douce comparée à la répression égyptienne (ou au Bahreïn, à l’Arabie saoudite ou quelque autre monarchie du golf, satellite des États-Unis) est traitée comme une transgression majeure des droits de l’homme, justifiant une quelconque forme d’intervention de l’ouest.

 

Cependant, aucune intervention n’est nécessaire pour couper la main de l’armée égyptienne. Par l’usage adroit du langage, l’accentuation sélective et le silence, les États occidentaux concoctent et diffusent grâce aux médias de masse une interprétation des événements dans ces lieux lointains concordant avec la poursuite de leurs propres intérêts (qui, plus justement, lorsque vous les distinguez bien, sont les intérêts de la classe de leurs plus riches citoyens).

 

Les efforts pour intégrer l’Ukraine dans l’Union européenne sont motivés par le désir des pays occidentaux d’assurer des avantages pour leurs élites économiques, alors que les efforts pour intégrer l’Ukraine dans la Russie visent à engranger des bénéfices pour les entreprises et les investisseurs russes.

 

Les intérêts de la majorité des Ukrainiens n’entrent cependant pas dans l’équation. Leur rôle est simplement de produire de la richesse pour des investisseurs — Russes, Occidentaux ou les deux — tout en agissant ainsi avec la plus faible compensation en salaires, bénéfices et services étatiques que possible afin de permettre aux investisseurs de se sauver avec le plus possible. Les intérêts de la majorité des citoyens ukrainiens ne reposent ni dans l’intégration avec l’Europe, ni avec les élites russes, mais avec eux-mêmes.

 

Traduit pour Investig'Action par Olivier Mignon

 

Source : gowans.wordpress.com

 

Tag(s) : #Nouvelles du front

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