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De plus en plus de mineurs tentent d'immigrer seuls vers les États-Unis et deviennent la cible des trafiquants qui les réduisent en esclavage.

 

 

En une semaine, dans plusieurs États du nord du Mexique, 370 enfants qui voulaient se rendre aux États-Unis pour fuir la misère ont été récupérés par les autorités mexicaines alors qu'ils erraient sans savoir où aller. Sur ce nombre, 163 semblent avoir été abandonnés à proximité de la frontière nord. Leurs guides ont sans doute considéré qu'ils n'étaient pas en état physique de continuer le chemin et d'affronter la traversée du désert, toujours très périlleuse en cette époque de l'année compte tenu des très hautes températures (45-50 °C), des serpents et du renforcement des mesures nord-américaines pour empêcher l'immigration illégale. L'Institut national de migration (INM) a signalé que les enfants récupérés par leurs services n'ont pas cherché à s'enfuir : "Ils montraient des signes de fatigue extrême, avaient des blessures aux pieds, souffraient de déshydratation, étaient déboussolés et ne savaient plus où ils avaient été abandonnés."

Des cibles pour les trafiquants d'êtres humains

La nationalité des mineurs ainsi que leur âge sont des données confidentielles, mais, selon Diego Lorente, le directeur du centre des droits de l'homme Fray Matías de Córdova, ces jeunes migrants ont en moyenne entre 12 et 17 ans et viennent majoritairement duGuatemala, du Honduras et du Salvador. Ils sont généralement en groupes accompagnés par un ou deux adultes, qui n'hésitent pas à abandonner les plus faibles à leur sort. Ces enfants perdus n'ont alors d'autre solution que de rejoindre les grandes villes pour travailler de manière informelle dans les rues, et ils deviennent des cibles privilégiées pour les trafiquants de personnes.

Le phénomène des enfants qui migrent seuls augmente d'année en année. Les autorités en ont interpellé 4 160 en 2011, 6 107 en 2012 et 9 893 en 2013. Chaque année, quelque 140 000 mineurs traversent le Mexique pour rejoindre illégalement les États-Unis. Face à ce problème, la politique du gouvernement d'Enrique Peña Nieto se limite à les arrêter et à les reconduire à la frontière du Guatemala, sans autre forme de procès.

Enfants esclaves ou prostitués

Selon Nelly Montealegre, procureur spécial des délits de violence contre les femmes et le trafic de personnes, les cartels du Golfe, du Sinaloa ainsi que les Zetas et les Maras (autant de bandes criminelles d'Amérique centrale) sont de plus en plus impliqués dans le trafic de personnes. Ils volent les enfants dans les villages pour en faire des esclaves dans les plantations agricoles ou les exploiter sexuellement dans les zones touristiques, en premier lieu dans les stations balnéaires de Cancún et d'Acapulco, et dans les bordels des villes du nord comme Tijuana et Ciudad Juárez. Selon une enquête de l'American Bar Association, quelque 47 bandes de trafic de personnes sévissaient en 2012 au Mexique.

L'Unicef a quant à elle recensé 16 000 mineurs exploités sexuellement au Mexique, à la fois pays d'origine, de transit et de destination du trafic d'enfants. Le quartier de la Merced au centre de Mexico se maintient comme le premier lieu d'Amérique latine pour la prostitution de mineurs. 80 % sont des jeunes filles, dont 50 % ont moins de 18 ans et proviennent d'Amérique centrale. Ces enfants sont drogués quotidiennement jusqu'à ce que leur dépendance soit suffisante pour qu'ils obéissent sans se révolter ou chercher à s'enfuir. 

Un trafic hautement lucratif : selon la journaliste Lydia Cacho (prix Ginetta Sagan, Olof Palme, Human Rights Watch, AI), qui se bat depuis des décennies contre la pédophilie et le trafic de personnes, "chaque victime coûte au trafiquant une moyenne de 1 200 euros mais lui en rapporte 20 000 par an". Le chiffre d'affaires mondial de ce "business" est de l'ordre de 30 milliards d'euros par an. 

Tag(s) : #Nouvelles du front

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