Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

683 le 28 avril, 529 le 24 mars. Voici le ma­cabre décompte des peines capitales prononcées par les juges de Minieh à l’encontre de partisans présumés des Frères musulmans égyptiens, parmi lesquels le chef de la Confrérie, Mohammed Badie.

On objectera que ces peines seront selon toute vraisemblance commuées en des peines d’emprisonnement à vie, comme pour 492 des 529 condamnés du 24 mars qui ont bénéficié de la clémence des juges.

Le processus de transition démocratique et la stabilité du pays à moyen terme aussi sont-ils saufs pour autant ? Rien n’est moins certain.

Selon l’accusation, les condamnés auraient pris part à Minieh le 14 août 2013, à des manifestations où deux policiers auraient été tués lors de l’attaque d’un commissariat. Cruelle ironie, ce même jour, 700 manifestants pro-Morsi tombaient sous les balles au Caire.

Depuis le 3 juillet 2013, date de la destitution du 1er président démocratiquement élu Mohamed Morsi, les autorités militaires ont lancé une répres­sion implacable qui a fait au moins 1 400 morts selon Amnesty International.

Ces procès sont un moyen pour tenter de légitimer l’entreprise d’épuration politique menée par le Maréchal Al-Sissi. Quelles conséquences aura cette poli­tique sur l’avenir de l’Égypte ?

Bouc émissaire

À l’évidence, l’appartenance des condamnés à mort à une confrérie classée «organisation terroriste » par le pouvoir égyptien empêche un élan d’indignation et limite les réactions de la communauté internationale.

Pour autant, en s’attaquant aux Frères, c’est l’ensemble des libéraux de tous bords et des démocrates égyptiens que l’on met à mort. La confrérie n’est pour l’armée qu’un bouc émissaire lui permettant d’assoir son règne sans partage. Bien naïfs seraient ceux qui penseraient que les Frères musulmans sont les seuls ennemis du régime en place.

Il y a quelques jours, un tribunal du Caire a interdit le mouvement de la jeunesse du 6 avril qui avait abouti à la chute de Moubarak, preuve que la répression de l’armée ne vise pas seulement les Frères mais tout mouvement représentant une menace pour le régime en place.

Cocktail explosif

Le calcul d’Al-Sissi est faible à moyen terme. Selon Khaled Al-Komy, coordinateur du collège d’avocats qui défend les condamnés du 24 mars, 60 % d’entre eux disposent de preuves démontrant qu’ils n’étaient pas présents lors de l’attaque du commissariat. Si l’on ajoute à ces graves violations des droits humains, à ce qui est selon l’ONU le plus grand procès de masse de l’histoire récente, les viols quotidiens dont sont victimes de nombreuses Égyptiennes par des policiers ou des militaires ainsi que les tortures infligées à tous ceux dont on suppose qu’ils ne soutiennent pas l’armée, il en résulte un cocktail explosif qui se forme parmi la jeunesse. Al-Sissi contribue jour après jour à mobiliser les forces futures qui le mèneront tôt ou tard à sa perte.

Coptes

Églises en feu, enlèvements, commerces pillés, assassinats… Les Coptes égyptiens ont à plusieurs endroits été les boucs émissaires de Frères musulmans en colère suite au renversement du président Morsi, le 3 juillet 2013, principalement en raison du soutien du pope Tawadros II d’Alexandrie à ce coup d’État.

De même, les chrétiens furent sous la présidence de Mohamed Morsi victimes de nombreuses discriminations.

On comprend alors l’absence de réaction de la minorité copte quant au sort réservé aux Frères musulmans. Le fait que ces peines capitales aient été prononcées sans provoquer d’émoi particulier de la part de la population égyptienne illustre le chaos dans lequel vivent les Égyptiens, musulmans et chrétiens.

Pourquoi les Coptes, victimes hier des Frères devraient-ils aujourd’hui prendre fait et cause pour leurs anciens bourreaux ?

Choix difficile

À y regarder de plus près, cette entreprise de démolition de la Confrérie ne devrait pas rassurer la minorité copte persécutée ici depuis que Dioclétien avait juré de faire couler le sang des Chrétiens jusqu’aux genoux.

Soutenir les Frères, c’est se ranger du côté des opprimés et de la défense des droits humains ; pour la minorité copte c’est s’assurer d’un avenir serein. Souscrire passivement à une entreprise de démolition d’un groupe en raison de son appartenance religieuse et de ses opinions politiques n’est pas pour rassurer cette minorité quant à son avenir.

Il s’agit là d’un choix difficile mais c’est l’une des clés de la transition démocratique égyptienne et par-dessus tout, c’est là une garantie de sa sécurité.

Pour ce faire, une alliance des Coptes libéraux et des démocrates de tous bords autour du leader de gauche égyptien Hamdeen Sabbahi, seul candidat en lice à l’élection présidentielle face à Abdel Fattah Al-Sissi, pourrait être la solution.  

                                                                                                   

Othmann Layati est avocat à Paris.

                                                        

Tag(s) : #Nouvelles du front

Partager cet article

Repost 0