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Les images d'orphelins palestiniens en visite dans un zoo de Tel-Aviv peuvent-elles effacer le souvenir des enfants dont Israël a versé le sang à Gaza ? (Ezz al-Zanoun / APA images)

Une initiative israélienne visant à tirer parti d'un groupe d'orphelins palestiniens de Gaza pour atténuer l'image entachée de sang d'Israël s'est soldée par un couac ce dimanche, lorsque le Hamas, le mouvement palestinien de résistance politique et militaire, y a mis un terme.

Ce dimanche, un groupe d'enfants dont les parents ont été tués lors de l'agression israélienne contre Gaza l'été dernier et plusieurs de leurs accompagnateurs adultes étaient sur le point de franchir le carrefour d'Erez vers Israël afin d'être accueillis par des officiels israéliens et tout un grand déploiement médiatique.

Mais les responsables du Hamas ont mis le holà à la visite. D'après une déclaration postée sur Facebook par le ministre de l'Intérieur à Gaza, les services de sécurité ont empêché « 37 enfants de se rendre dans les territoires occupés en 1948 [enIsraël] pour une visite douteuse de plusieurs colonies et villes occupées ». La déclaration ajoutait que cette mesure était destinée « à sauvegarder la culture de nos enfants et de notre peuple et à les protéger de la politique de normalisation ».

Mais il apparaît que ce n'étaient pas les enfants que l'on ciblait – en fait, ils n'étaient que des accessoires.

Cette visite était une trouvaille d'un agent israélien profondément impliqué dans les colonies situées en Cisjordanie occupée et qui travaille en collaboration étroite avec les gouvernement israélien.

Elle impliquait des homologues palestiniens en Israël ayant des liens avec le parti Likoud au pouvoir et l'establishment politique sioniste.

Il est peu probable que l'organisation non gouvernementale à Gaza qui a aidé à coordonner la visite ait été au courant de ces faits quand elle a confirmé sa participation.

Une propagande sans prix

Il était prévu que les enfants visitent la ville palestinienne de Kafr Qasim et la ville de Rahat, où l'on a forcé les Bédouins à se réinstaller. Ils devaient également être reçus à Ramallah par le chef de facto de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

Mais la visite, longue d'une semaine, aurait également fourni à Israël d'inestimables opportunités de faire des photos d'enfants de Gaza heureux et souriants lors de leur passage au zoo situé dans le quartier de Ramat Gan, un faubourg de Tel-Aviv, ainsi que dans plusieurs colonies israéliennes.

Cette propagande aurait fourni un contrepoint de poids aux images indélébiles de l'été dernier montrant nombre des cinq cents et quelques enfants tués et des milliers d'autres blessés et terrorisés par l'agression israélienne.

Les médias et les responsables des relations publiques en Israël, ainsi que les médias internationaux qui leur sont favorables, y compris la BBC et AP, ont présenté l'intervention du Hamas comme une tentative d'empêcher d'infortunés orphelins de participer à ce que Reuters a qualifié de « visite d'une rare bienveillance à l’État juif ».

L'exploitation des orphelins

Bien des commentateurs des médias sociaux ont fait remarquer que des défenseurs d'Israël absolument partisans du siège deGaza et des restrictions qui empêchent habituellement les étudiants palestiniens, les patients médicaux et les proches des prisonniers de franchir le carrefour d'Erez, s'étaient brusquement indignés du fait que ce groupe particulier d'enfants a été retenu.

Marian Houk, un journaliste en poste pour l'instant à Ramallah, a déclaré qu'il était « malaisé de comprendre » la décision d'Israël de permettre aux orphelins d'aller « rendre visite à des kibboutzim, à un zoo » et à Mahmoud Abbas, alors que, tout récemment, Israël « avait refusé à un homme de Gaza de pouvoir se rendre en Cisjordanie pour une visite à son fils mourant de 18 mois, et qu'il lui avait ensuite refusé de pouvoir assister aux funérailles ».

L'histoire du refus d'Israël d'autoriser Bakr Hafi a rendre visite à son jeune fils, Emir, décédé le 14 décembre, a été reprise parHaaretz.

Rami Almeghari (The Electronic Intifada) a rapporté l'an dernier le cas d'Amal Samouni, une fillette de douze ans qui avait des éclats d'obus dans la tête suite à l'agression israélienne contre Gaza en 2009, et qui s'était vu interdire le passage à Erez pour aller se faire soigner en Cisjordanie.

Il n'est pas surprenant que l'annonce de la visite ait provoqué de vives protestations de la part des Palestiniens dans les médias sociaux.

Refaat Alareer, écrivain palestinien et éducateur à Gaza, a tweeté ceci : « Je refuserais catégoriquement à ma nièce, dont le père a été tué par Israël, d'aller se faire laver le cerveau par des libéraux israéliens. »  

En juillet, Alareer a rédigé un hommage émouvant à son frère Mohammed, qui interprétait un personnage adoré des enfants à la télévision palestinienne et qui avait été tué dans les bombardements aveugles d'Israël sur le quartier de Shujaiya, à Gaza City.

« Israël est tellement vulgaire et méprisable qu'il a assassiné le père de ma nièce Raneem et que, maintenant, il veut utiliser des enfants comme elle pour sa propagande », avait ajouté Alareer.

 

Sur Twitter


« Regarde, mon garçon, c'est l'endroit où se trouvait l'artillerie israélienne quand elle a bombardé ta maison. Génial, non ? Aime-nous ! C'est nous qui avons tué tes parents », a posté @Animer, un usager de Twitter, en imaginant un échange entre l'un des orphelins et ses hôtes israéliens.

Un promoteur des colonies derrière la visite

Les médias ont identifié l'organisateur de l'initiative : Yoel Marshak, un responsable du Mouvement des kibboutzim. Les kibboutzim sont des colonies communautaires sionistes dont l'influence et la popularité ont été très grandes au milieu du vingtième siècle.

Bien qu'ils aient repris beaucoup de terres aux Palestiniens victimes du nettoyage ethnique de 1948 – qui a donné lieu à des atrocités auxquelles de nombreux membres des kibboutzim avaient participé –, les kibboutzim ont longtemps bénéficié d'une image progressiste, voire socialiste, en Occident en raison de leur idéologie collectiviste. Cette image a été utilisée des années durant pour faire passer efficacement le sionisme parmi un public international pauvrement informé ou crédule.

Reuters qualifie Marshak d'« activiste pacifiste », mais une description plus adéquate pourrait en faire un « activiste du vol de terres ». Lui-même est un agent qui encourage les implantations juives en Cisjordanie occupée au nom du gouvernement israélien.

Marshak présente l'accueil des orphelins comme étant absolument désintéressé. « Nous avons organisé la chose afin de planter des semences de paix », expliquait-il dans le journal en anglais Times of Israel.

« Dans quelques années, lorsque ces enfants deviendront les dirigeants de la bande de Gaza, ils se souviendront encore de cette expérience positive et ils sauront qu'ils peuvent vivre en paix, une nation à côté d'une autre. Nous ne devons pas combattre et tuer, nous pouvons également accueillir dans nos bras et tendre la main en guise d'amitié. »


Marshak a expliqué sur le site en arabe Lakom que cette visite était « la moindre des choses que nous puissions offrir à ces orphelins dont les familles ont été tuées par notre armée ».

Il a également nié toute connotation politique dans cette visite.

« Faire de cela un acte politique à l'approche des élections israéliennes [en mars], ce serait exploiter la douleur de ces orphelins », déclarait encore Marshak dans le Times of Israel.

Soutenu par le ministère de la Défense

Mais, dans les médias en hébreu, Marshak est plus franc à propos de la valeur propagandiste des enfants pour la réputation entachée de sang d'Israël.

« Il n'y a que des bénéficiaires, dans cette visite : les enfants innocents, qui sont délivrés pendant une semaine de l'enfermement et du stress et qui reçoivent quelques jours de vacances et un voyage, et l’État d'Israël, à qui échoit l'occasion de montrer aux enfants contre qui et quoi leurs parents combattaient, et qui ainsi va marquer des points dans l'opinion mondiale qui lui est hostile », a déclaré Marshak dans la publication israélienne Ynet.

« Le voyage était censé présenter une image positive d'Israël », a également rapporté Haaretz, citant Marshak.

Quand on lui demande « Pour le compte de qui travaillez-vous ? »Marshak dit clairement qu'il ne s'agissait pas d'une initiative individuelle, mais qu'elle avait le soutien de l’État à un niveau supérieur.

« Il importe de dire que j'agis – et ici j'insiste – en tant qu'agent du Mouvement des kibboutzim et en tant que volontaire », a-t-il déclaré sur Ynet. « Et, qui plus est, je n'agis pas seul. Parmi les gens qui travaillent avec moi en pleine coopération et avec engagement, il y a l'équipe régionale du sud, et des gens des ministères de l'Intégration, de l’Éducation et de la Défense, et il y a également un important soutien massif de la part du secrétaire du Mouvement des kibboutzim, Eitan Broshi. »

Aucun Palestinien ne peut passer par Erez sans l'autorisation des services de renseignement israéliens, de sorte que le seul et simple fait que la visite a été approuvée confirme l'intérêt et l'engagement au niveau officiel.

« Le Shin Bet [service de sécurité] a donné le feu vert aux enfants et à leurs cinq accompagnateurs pour qu'ils entrent enIsraël », a déclaré Marshak à l'AFP.

Interdire les visites des mères

Marshak n'a pas toujours été partisan des contacts humanitaires et du passage des frontières imposées par Israël.

En 2010, il était l'un des organisateurs d'une action destinée à empêcher des prisonniers palestiniens de recevoir des visites de leurs proches.

« Jeudi, les participants à la campagne de libération du soldat israélien capturé Gilad Shalit ont bloqué l'entrée de la prison deHadarim, près de Netanya, dans une tentative d'empêcher les mères des détenus palestiniens de rendre visite à leurs fils »,avait rapporté Haaretz à l'époque.

Marshak n'avait éprouvé aucune gêne à défendre cette punition collective vindicative dans le but d'atteindre ses objectifs. « Nous voulons enclencher le processus et éviter une situation dans laquelle les pourparlers s'enliseraient et nous perdrions ainsi Gilad », avait dit Marshak au journal, faisant allusion au soldat d'occupation capturé par les combattants de la résistance palestinienne de Gaza en 2006 et relâché lors de l'échange de prisonniers d'octobre 2011.

Contribution au vol de terres palestiniennes

Les affirmations de Marshak à propos du soutien au niveau supérieur sont parfaitement crédibles. En 2010, Haaretzrapportait que Marshak dirigeait une task-force du Mouvement des kibboutzim, dont l'objectif consistait à encourager les soldats israéliens démobilisés à rallier les colonies en Cisjordanie occupée, et en particulier dans la vallée du Jourdain, dont la population palestinienne autochtone a été presque entièrement expulsée par les colons.

Marshak a déclaré à Haaretz que, des années plus tard, son unité « avait lancé un projet visant à installer des membres des kibboutzim dans les installations militaires évacuées à proximité de Yitav, un kibboutz situé au nord de Jéricho, en coopération avec le cabinet du Premier ministre ».

Le but, avait dit Marshak« était de garder les terres d’État » - prises aux Palestiniens - « dans des mains juives et d'assurer la sécurité des personnes envoyées là-bas par l’État et par le Mouvement des kibboutzim ».

L'an dernier, Marshak a vivement défendu la colonisation israélienne en Cisjordanie occupée, déclarant que même s'il y avait une solution à deux États, il n'en résulterait pas par l'abandon des colonies qu'il avait contribué à renforcer.

« Je ne conçois pas la moindre situation dans laquelle ils évacueraient des centaines de milliers de résidents de leurs foyers »,avait déclaré Marshak dans la publication israélienne Arutz Sheva.

Des partenaires palestiniens en Israël

Parmi ceux qui attendaient les orphelins du côté israélien du carrefour d'Erez, figurait Malik Freij, un citoyen palestinien d'Israël, directeur d'« Une Bougie pour la paix et la fraternité », une organisation non gouvernementale installée dans la ville de Kafr Qasim.

 

À Erez, Freij posait devant une banderole, accrochée au car israélien censé accueillir les enfants, et portant le nom de son organisation en arabe et en hébreu.

En arabe uniquement, la banderole dit : « Les orphelins de Gaza... nos enfants » et, pour ajouter l'insulte à l'injure : « Rompre le siège de Gaza ».

Freij a été cité dans de nombreux rapports de médias, se plaignant de ce que le Hamas ait bloqué les orphelins et affirmant que l'initiative était essentiellement humanitaire.

« Il y avait un projet, il a été approuvé par les autorités de Gaza et il a été approuvé par les organisations caritatives [de Gaza], », a prétendu Freij dans une interview accordée à la chaîne de télévision israélienne i24 News.

« Mais, malheureusement, il y a des médias, ici. On voudrait dire qu'Israël a voulu utiliser les enfants, qu’Israël a tué leurs parents et qu'il veut se servir des enfants. C'est une erreur », a ajouté Freij.

Freij a raconté aux médias que son organisations avait envoyé des camions entiers d'aide à Gaza lors de l'agression israélienne de l'été dernier et que, précédemment, il avait déjà accueilli un nombre similaire d'orphelins.

Il s'est toutefois montré moins bavard à propos de ses liens et de ceux de son organisation avec les partis sionistes au pouvoir et l'establishment en Israël.

Selon ses documents officiels d'enregistrement en Israël, l'organisation « Une Bougie pour la paix et la fraternité » a été fondée par Freij, Yishai Zandani, Jaafar Khaled Abdul, Said Sarsour, Shawqi Sarsour, Amin Issa et Atif Qrinawi.

Il s'avère qu'aucun rapport financier n'a jamais été disponible depuis sa fondation, en 2002.

Des liens avec le Likoud

Mais ce qui est remarquable, ce sont les liens que plusieurs fondateurs d'« Une Bougie pour la paix et la fraternité » ont avec le Likoud, le parti au pouvoir du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Des recherches sur internet permettent d'établir que Yishai Zandani est un activiste, modeste toutefois, du parti Likoud. Par contre, Atif Qrinawi, lui, a montré des ambitions bien plus grandes.

Qrinawi est un ancien membre du Likoud et il était soixante-septième sur la liste des candidats du parti aux élections de 2006.

Lors des élections de 2013 en Israël, Qrinawi se présentait à la tête de son propre parti, « Espoir de changement ».

Dans une interview accordée à Reuters, Qrinawi avait prédit qu'il allait gagner dix des 120 sièges au Parlement israélien et balayer ainsi les traditionnels partis arabes (son parti ne remporta aucun siège, en fait). Il avait même proposé de constituer un pacte électoral « sans précédent » avec le Likoud, pacte qui leur aurait valu le ralliement du public arabe.

Quand on lui avait demandé s'il était prêt à rallier un gouvernement dirigé par Netanyahu et son allié politique clé, Avigdor Lieberman, particulièrement connu pour son racisme anti-arabe, Qrinawi avait répondu : « Je suis prêt à siéger dans n'importe quelle coalition. »

Le « bon Arabe »

Le directeur d'« Une Bougie pour la paix et la fraternité », Malik Freij, s'est profilé moins ouvertement sur le plan politique, bien qu'il y ait de nombreuses preuves qu'il recherche les bonnes grâces de l'establishment israélien.

En 2010, Freij faisait partie d'une délégation – en compagnie de Marshak – qui prévoyait de se rendre à Gaza afin de plaider en faveur de la libération du prisonnier de guerre israélien Gilad Shalit. Le projet avait été annulé.

Almakan, un site internet qui témoigne souvent sa sympathie à l'égard de Freij, a révélé qu'en 2012, l'homme avait rendu visite, en privé, à Shaul Mofaz, dirigeant du parti israélien Kadima.

Le but de la visite, selon Almakan, était de « féliciter [Mofaz] de sa décision courageuse de rallier le gouvernement de coalition dirigé par le Likoud ».

Mofaz, chef d'état-major de l'armée israélienne lors de la deuxième Intifada et, plus tard, ministre de la Défense, est particulièrement connu des Palestiniens pour avoir soutenu et appliqué une violence extrême qui allait coûter des milliers de vies palestiniennes. Depuis 2002, les victimes de Mofaz cherchent, sans succès, à le traîner devant la justice pour crimes de guerre.

Dans une veine similaire, en 2009, Freij a adressé à Marshak un courriel dans lequel il se présentait et lui adressait des félicitations on ne peut plus serviles du fait que le colon activiste allait assumer des fonctions plus élevées au sein duMouvement des Kibboutzim.

En cherchant le contact avec des gens comme Mofaz et Marshak et en les flattant, il s'avère que Freij endosse volontairement un rôle particulièrement encouragé par Israël depuis les années 1950, à savoir celui du « bon Arabe » qui accepte une position subalterne au sein de l'ordre en vigueur et qui est prêt à poursuivre sa route en compagnie de l’État sioniste. En retour, il peut acquérir une parcelle de statut et de condescendance qu'il peut faire valoir auprès d'autres Arabes obéissants.

Freij apparaît dans de nombreuses vidéos de YouTube où il fait la promotion de ses diverses tentatives. Dans une vidéo datée de 2011 video, par exemple, il se vante de la façon dont, via ses appels adressés au ministre israélien de la Défense, il est parvenu à obtenir pour une femme palestinienne de Cisjordanie la permission d'entrer en Israël pour y épouser son fiancé.

Dans cette vidéo, il prétend que des citoyens palestiniens d'Israël s'adressent à lui de partout dans le pays pour ce genre d'aide et, dans la même vidéo, il dénonce vertement l'échec supposé des partis politiques arabes existants.

Freij n'a pas répondu à une adresse mail trouvée à son nom en ligne, pas plus qu'il n'y a eu de réponse à un numéro de téléphone attribué à son nom. Il n'a pas été possible non plus d'obtenir des informations de contact sur le plan organisationnel, pour « Une Bougie pour la paix et la fraternité ».

Un homologue à Gaza

En se servant de son organisation en tant que façade de l'initiative concernant les orphelins, il s'avère que Freij a rendu un autre service à l'establishment israélien, mais le plan nécessitait encore une association équivalente à Gaza.

Le partenaire de la visite prévue était Yaboos Charitable Society, une institution palestinienne de services sociaux installée dans la ville de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. 

Yaboos
 a fermement démenti que son implication dans la visite des orphelins ait eu le moindre objectif de « normalisation » ni quelque but politique que ce soit. Khalid Abu al-Aramneh, directeur de la programmation et de la communication deYaboos, a déclaré à l'agence de presse Ma’an News que son organisation avait reçu une invitation de « Bougies pour la paix et la fraternité', une « organisation palestinienne de Kafr Qasim », afin de sponsoriser un certain nombre d'orphelins lors d'un séjour récréatif à Kafr Qasim, Umm al-Fahm et Rahat – des villes à majorité palestinienne dans l'Israël d'aujourd'hui.

Le simple nom de Kafr Qasim devait présenter une forte connotation palestinienne : tous les Palestiniens savent que cet endroit a été le site du fameux massacre de 1956, durant lequel les forces israéliennes avaient tué des dizaines de villageois désarmés.

Al-Aramneh a déclaré qu'il n'y avait jamais eu d'intention de visiter des colonies israéliennes ou de renforcer des liens avecIsraël, comme l'avaient prétendu les médias israéliens. Il a ajouté que, sur base de l'invitation, son groupe avait établi une coordination avec les « autorités concernées » à Gaza – il s'agit presque certainement ici d'une allusion au Hamas – afin de prendre des dispositions pour le voyage des enfants que Yaboos avait désignés.

Al-Aramneh a déclaré qu'au moment où le car transportant les enfants était arrivé dans la partie gazaouie du carrefour d'Erez et où les médias israéliens avaient commencé à dire que les enfants allaient visiter des colonies israéliennes, le comité directorial de son organisation avait décidé, « après plusieurs discussions », d'annuler le voyage, du fait que les « services de sécurité au carrefour avaient conforté leur position en leur conseillant de ne pas laisser se poursuivre le voyage ».

 

Un peu plus tôt, en décembre, le site internet en langue arabe installé en Israël, Lakom a publié la photo d'une lettre du comité directorial de Yaboos accueillant favorablement l'invitation d'« Une Bougie pour la paix et la fraternité » et adressant les salutations des citoyens de Gaza à leurs homologues de Kafr Qasim.

Bien que le texte soit difficilement lisible en raison de la mauvaise qualité de l'image, la lettre de décembre s'adresse effectivement à « Une Bougie pour la paix et la fraternité » et aux habitants de Kafr Qasim en tant qu'amis palestiniens liés par « le sang des martyrs et le sol de la nation ».

La lettre dit spécifiquement que les enfants orphelins visiteraient « le village de Kafr Qasim » et il n'est fait mention d'aucune autre destination.

Il n'y est fait aucune référence – et l'auteur de la lettre ne laisse pas transparaître une éventuelle conscience de la chose – à quelque implication d'organisations sionistes pas plus qu'il n'est fait état de quelque « bienveillance » que ce soit à l'égard d'Israël.

La lettre corrobore les dires d'al-Aramneh selon lesquels Yaboos a perçu l'initiative comme intégralement motivée par la solidarité des Palestiniens en Israël à l'égard des Palestiniens de Gaza, et sans aucune connexion avec des entités sionistes.

En conclusion de l'explication de Yaboos associée au contenu même de la lettre, on peut dire que l'organisation caritative a été piégée en effet par une espèce de miroir aux alouettes.

Il convient de remarquer qu'aucune organisation à Gaza ne pourrait sciemment s'associer à une visite appuyée par des officiels israéliens et des institutions des colonies tel le Mouvement des kibboutzim et espérer en même temps conserver sa crédibilité et son soutien au niveau local.

Hasbara

Alors qu'il est clair que Marshak – et il l'a affirmé lui-même – travaillait avec le gouvernement israélien, il est difficile de déterminer où a été mis sur pied ce plan concernant les orphelins.

Le propagandiste de l'Agence juive, Avi Mayer, omniprésent sur internet, a aussitôt débarqué sur Twitter pour tenter de réfuter tout rôle officiel israélien ou toute intention d'utiliser les enfants pour faire de la hasbara – ou propagande officielle.

« Ce qui est remarquable à propos de cette initiative humanitaire incroyable, c'est que ses organisateurs n'ont absolument fait aucun effort pour attirer l'attention dessus », a tweeté Mayer.

« L'idée ridicule que ce voyage était un coup monté des relations publiques israéliennes est démentie par le fait que personne n'a été au courant de la chose avant que le Hamas vienne tout mettre par terre », a-t-il ajouté.

Ce que Mayer n'a pas expliqué, c'est comment tous les journalistes massés du côté israélien d'Erez savaient où ils devaient attendre les enfants.

En outre, le fait d'annoncer cette visite « humanitaire » aurait été absolument contre-productif et se serait traduit – comme ce fut le cas – par son annulation.

La valeur de propagande des enfants n'aurait été comprise qu'une fois qu'ils auraient franchi le carrefour d'Erez.

Pour la même raison, le Mouvement des kibboutzim n'a pas envoyé l'invitation directement à l'organisation caritative deGaza, mais a utilisé « Une Bougie pour la paix et la fraternité » de Malik Freij, liée au Likoud, en tant que front apparemment palestinien patriotique.

Maintenant que ce montage cynique a échoué, les défenseurs d'Israël essaient de gonfler l'histoire en compagnie de Mayer, qui noircit le Hamas pour son « incroyable cruauté » en n'autorisant pas ce voyage.

Ce qui reste inchangé, c'est que 900.000 enfants – la moitié de la population de Gaza – subissent toujours un siège très dur et que leur situation ne cesse de se détériorer.

Emprisonnés comme ils le sont dans un ghetto, les enfants de Gaza se voient accorder par Israël moins de droits encore que les animaux du zoo de Tel-Aviv que les orphelins n'auront pu voir.

Avec mes remerciements à Dena Shunra pour son aide dans les recherches et la traduction.

Publié sur Electronic Intifadah le 29 décembre 2014. Traduction en français pour ce site : JM Flémal.

Tag(s) : #Palestine

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