Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le blogueur saoudien Raif Badawi a été condamné fin 2014 pour «insulte à l'Islam» et a reçu début janvier 50 premiers coups de fouet. Retour sur le parcours de ce militant qui prône la liberté d'expression dans son pays.

 

Le royaume d'Arabie saoudite ne plaisante pas avec la liberté d'expression. Raif Badawi a été condamné en novembre 2014 à dix ans de prison, une amende de 1000 riyals (225.000 euros) et à 1000 coups de fouet pour avoir «insulté l'Islam». Il s'est d'abord vu infliger le 9 janvier, devant une mosquée de Jeddah, les 50 premiers coups de fouet et devait en recevoir 50 autres vendredi. Mais en raison d'une cicatrisation lente de ses premières plaies, la seconde flagellation a été reportée et le cabinet du roi a annoncé que son dossier serait réexaminé.

Tout a commencé en 2006, quand cet homme de 31 ans, père de trois enfants, a lancé son blog, Free Saudi Liberals («Libérez les libéraux saoudiens»), désormais fermé. Dès 2008, ses critiques contre l'Islam lui ont valu une interdication de quitter le territoire. En 2011, Raif Badawi, menacé d'une fatwa, a été victime d'une tentative d'assassinat. Dans la foulée, sa femme, Ensaf Haidar, et ses enfants ont quitté le pays pour la ville de Sherbrooke, au Canada, où ils ont obtenu l'asile politique.

Reconnu coupable d'«insulte envers l'Islam», d'apostasie et de désobéissance au père, un délit en Arabie saoudite, Raif Badawi a été emprisonné en 2012. La justice lui reproche d'attaquer ouvertement, dans ses écrits, la place de la religion dans la société saoudienne. «Dès qu'un penseur commence à révéler ses idées, vous trouverez des centaines de fatwas qui l'accusent d'être un infidèle, simplement parce qu'il a eu le courage de discuter de certains sujets sacrés», a-t-il notamment écrit. Ou encore: «Les pays qui se fondent sur la religion confinent leur peuple dans le cercle de la foi et de la peur». Pour sa femme, son procès était aussi centré sur ses déclarations provocantes à France 24, en décembre 2010: «Un athée a le droit de dire ce qu'il veut [...] et personne n'a le droit de lui réclamer des comptes pour ses opinions», avait alors déclaré le blogueur à la chaîne française.

La communuaté internationale condamne la lourde peine

Ensaf Haidar a indiqué avoir appris vendredi que le cas de son mari avait été «renvoyé par le Tribunal royal à la Cour suprême il y a presque un mois», ce qui pourrait ouvrir la voie à un appel. Néanmoins, si la peine infligée à Raif Badawi doit être réévaluée prochainement, selon elle, la prochaine flagellation aura quand même lieu, «probablement vendredi 23 janvier».

En réaction à cette lourde peine, la communauté internationale s'est massivement indignée ces derniers jours. Amnesty International a dénoncé une sentence d'une «inhumanité scandaleuse», tandis que Reporters sans frontières, dont le prix 2014 pour la liberté de la presse a été attribué à Raif Badawi, a demandé «l'abandon pur et simple de cette sentence barbare», craignant que le blogueur ne survive pas aux nouveaux coups.

L'Union européenne, l'ONU et les Etats-unis ont eux aussi réclamé l'annulation du jugement. «Les punitions corporelles sont inacceptables et contraires à la dignité humaine», a déclaré un porte-parole du service diplomatique de l'UE. Le Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a exhorté le roi Abdallah d'Arabie saoudite à gracier le blogueur, soulignant que la flagellation «est interdite par la législation internationale». En France, Europe-Ecologie-Les Verts a appelé ce lundi le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, à agir et pourrait bientôt l'interpeller lors d'une séance de questions au gouvernement.

Tag(s) : #Liberté d'expression

Partager cet article

Repost 0