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On ne maîtrise pas un texte. Il existe. Il tourne. Il est lu. Parfois même, il est lu, utilisé ou instrumentalisé par des gens dont on aurait préféré qu’ils ne posent jamais les yeux sur ces mots-là. C’est comme ça. C’est même (paradoxalement) toute la beauté de ces choses étranges que sont l’écriture et le journalisme, cette façon d’avoir un lecteur sans jamais vraiment savoir qui il est. Si proche et si lointain – surtout avec Internet.

Poser cette évidence n’est en rien une défaite. Juste une manière de cerner le monde dans lequel on vit. Ce qui importe, ce sur quoi nous avons la main, est ailleurs. Dans l’intelligence et le travail. Et dans une certaine prétention à l’intégrité et à la cohérence. Il en faut, pour tenir la barre droite, surtout quand le temps vire au gris sombre et que souffle un vent mauvais.

Mors aux dents, le monde s’emballe. Il faudrait rallier l’Union sacrée sans plus attendre. Sans réfléchir. « Avec nous ou contre nous ! », crient les petits soldats. « Tu es Charlie ou tu es djihadiste ! », ajoutent-ils. Il n’y a pas d’alternative, c’est l’étendard du capitalisme. Il faudrait abdiquer toute analyse nuancée au nom de l’intérêt supérieur de la nation, de l’occident, de la « civilisation ». Le plan Vigipirate appliqué à la pensée. Des bruits de bottes dans les cerveaux.

Voilà pourquoi nous prendrons le temps. Il ne naît rien de bon de l’urgence de l’émotion, fût-elle gouvernée par de bonnes intentions. Elle n’apporte qu’exacerbation des passions, mort de la réflexion et récupérations stupides. Et parmi ces dernières, il en est une qui vient d’éclore et nous oblige à réagir, même si elle apparaît bien futile au regard du sang, des larmes et de la bêtise assassine.

Donc, pour que les choses soient claires : hier comme aujourd’hui, nous assumons pleinement l’article,« Charlie Hebdo, pas raciste ? Si vous le dîtes... ». Il fallait que ces choses soient dites, et qu’elles le soient ainsi – avec méthode, rigueur et intelligence, tout le contraire d’un procès facile.

Et pour que les choses soient tout aussi claires : du même élan, nous crachons à la gueule de tous ceux qui, ces derniers jours, ont donné une nouvelle popularité à cet article1, en faisant tourner largement le lien avec ce sous-entendu plus ou moins explicite : les morts de Charlie-Hebdo l’auraient bien cherché. Ce sont là gens qui nous dégoûtent – et ce n’est pas une image.

Quant aux penseurs de bas-étage et autres bêtes pisse-copie2 qui proclament ici ou là que la gauche radicale aurait fait le lit du djihadisme sanguinaire en pointant la réalité de l’islamophobie, ils ne méritent même pas une réponse. Le mépris et le silence suffiront.

Nous ne sommes pas Charlie. Nous sommes libertaires, et amoureux de la vie, et résolus à ne pas accepter les tristes et macabres passions (de tous bords) et l’enfermement de l’individu dans la forteresse de sa haine. Cela suffit bien, nul besoin d’en rajouter. Nous sommes aussi conscients que les tristes temps qui viennent imposent, plus que jamais, rigueur et réflexion. C’est bien de cela qu’il sera question dans les mois et années à venir : revendiquer la ligne de crête, être radicalement émus et radicalement critiques. L’intelligence va être un combat.

1  Il tourne beaucoup sur Facebook et Twitter.

 Régis Scribouillard, tu portes bien ton pseudo....

Tag(s) : #Nouvelles du front

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