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Depuis octobre, un mouvement contre "l'islamisation" de la société organise des manifestations de masse. Politiques et citoyens répliquent.

 

Les partisans de Pegida manifestent à Cologne le 5 janvier.

 

 

Par FRÉDÉRIC THÉRIN, À MUNICH

En République fédérale, le fossé continue de se creuser entre les partisans et les opposants de Pegida, le mouvement des "patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident", né en octobre sur Facebook. Lancé par Lutz Bachmann, un photographe et graphiste de 41 ans qui est actuellement en liberté conditionnelle pour divers délits liés notamment à des trafics de drogue, ce groupe s'oppose farouchement à "l'islamisation" de la société allemande et exige une "tolérance zéro" pour les immigrés ayant commis des délits. 

Depuis le mois d'octobre, les partisans de ce mouvement se retrouvent chaque lundi dans les rues de Dresde pour manifester leur colère. Et malgré le froid et la neige, les cortèges grossissent de semaine en semaine. Lundi, près de 18 000 personnes ont parcouru les rues de la capitale du land de Saxe en portant de grands drapeaux allemands. Si les nazillons et les partisans des groupuscules d'extrême droite sont présents en masse dans la foule, beaucoup d'Allemands "moyens" manifestent à leur côté. D'après un sondage de l'institut Forsa, 29 % des personnes interrogées estiment ainsi que l'islam occupe trop de place dans leur société, et 13 % soutiennent les manifestations organisées par Pegida.

De nombreux citoyens s'inquiètent en effet de l'arrivée massive de demandeurs d'asile en provenance notamment de Syrie et d'Afghanistan. Selon l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), l'Allemagne est ainsi devenue le pays qui accueille le plus de personnes en quête de refuge devant les États-Unis et la France. Le ministère de l'Intérieur devrait recevoir en 2014 et 2015 près de 200 000 demandes d'asile par an, contre 130 000 en 2013 et... 50 000 en 2011. Ces chiffres doivent toutefois être relativisés. La communauté musulmane, qui compte plus de 4 millions de personnes, ne représente en effet même pas 5 % de la population du pays, et ce chiffre ne devrait pas dépasser 7,1 % en... 2030.

La riposte des anti

"L'islamisation" de la société allemande est aussi très exagérée. Notre voisin compte ainsi 2 400 mosquées pour plus de 45 000 églises, et, si 28 % des musulmanes portent le voile, elles ne sont plus que 22 % parmi les filles âgées de 16 à 25 ans. À peine 2 % des élèves refusent, quant à elles, d'aller à la piscine avec leurs camarades de classe comme la loi le leur permet. Et le nombre d'enfants par famille musulmane est passé de 4,4 à 2,2 entre 1970 et 2011. Ces constats et le succès croissant des manifestations de Dresde ont encouragé des Allemands à s'unir pour organiser des défilés "anti-Pegida".

Lundi soir, des milliers de personnes ont manifesté dans de nombreuses villes du pays, notamment à Dresde, Stuttgart et Hambourg pour s'opposer aux "patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident". La cathédrale et les ponts de la ville de Cologne ainsi que la Porte de Brandebourg à Berlin ont été plongés dans le noir pour l'occasion afin de protester contre les marches anti-islam. Une lettre en faveur du multiculturalisme signée par plus de cinquante personnalités, dont les anciens chanceliers Gerhard Schröder et Helmut Schmidt, a également été publiée dans la presse. Les "anti" et les "pros" Pegida devraient continuer de s'opposer dans les prochaines semaines. La "peur de l'autre" commence à prendre racine en Allemagne.

Tag(s) : #Nouvelles du front

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