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  Le 16 novembre 1970, à la suite de la mort du général de Gaulle, Hara-Kiri titre : « Bal tragique à Colombey : 1 mort ». Ce numéro sera interdit.

La liste est longue des œuvres censurées, des auteurs bâillonnés, assassinés. Au nom du père, du fric et de tous les malsains d’esprit.

Hier, Voltaire, Diderot, Flaubert, Baudelaire, Apollinaire, voués aux gémonies par les tenants de l’ordre moral. Les peintres sous haute surveillance. Giordano Bruno, brûlé pour hérésie. C’était hier. C’était aujourd’hui. En 1966, le film de Rivette la Religieuse est censuré. En 1988, le cinéma Saint-Michel est incendié alors qu’il projette la Dernière Tentation du Christ, de Scorsese.

En 2011, des intégristes catholiques saccagent une œuvre d’Andres Serrano, Piss Christ, exposée à la Fondation Lambert en Avignon. La même année, au Théâtre de la Ville, des représentations de la pièce de Roméo Castellucci Sur le concept du visage du fils de Dieu sont interrompues aux cris de « christianophobie, ça suffit ! ». Quelques semaines plus tard, le spectacle de Rodrigo Garcia Golgota Picnic se jouera lui aussi sous protection policière au Théâtre du Rond-Point.

 

Au nom de Dieu, de tous les dieux, les intégristes lancent des « fatwas ». Contre Salman Rushdie, Taslima Nasreen, les dessinateurs de Charlie. En Algérie, durant la décennie noire, les intégristes ont assassiné quotidiennement des journalistes, des poètes, des dramaturges. En Iran, en Égypte, en Tunisie, au Maroc, en Turquie, la presse est sous haute surveillance. Si les religions n’ont pas toutes le même dieu, elles usent des mêmes arguments – blasphème, hérésie – pour faire plier celui qui ne croit pas. La censure se décline sous ses aspects religieux mais aussi politiques et économiques. Pendant la guerre d’Indochine, Rendez-vous des quais, le film de Paul Carpita, est saisi et brûlé. Ce n’est que plus de trente ans après que l’on retrouvera une copie sauvée in extremis.

 

Durant la guerre d’Algérie, l’Humanité passe sous la cisaille de la censure. En 1966, les représentations des Paravents, de Jean Genet, sont perturbées par des nostalgiques de l’Algérie française. Six ans de plus, et Avoir 20 ans dans les Aurès, de René Vautier, est frappé d’interdiction.

 

Hara-Kiri sera interdit pour sa une « Bal tragique à Colombey : un mort ». Aujourd’hui, la censure est moins visible, plus sournoise, mais elle est bien là, tout aussi dangereuse pour la démocratie. Économique, elle pourrait passer inaperçue. La tragédie qui a frappé la rédaction de Charlie ne devrait pas nous faire oublier que ce journal était au bord du dépôt de bilan. Et puis, il y a la censure des esprits, la censure de la pensée, une autocensure inconsciente contre laquelle il faut résister. Il n’y a pas de « oui, mais… ». Il y a un oui, franc et massif, à la liberté de créer, de penser, d’expression.

MARIE-JOSÉ SIRACH

 

Tag(s) : #Liberté d'expression

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