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Les centaines de milliards d'euros consacrés au rachat des créances bancaires n'ont eu aucun effet sur la croissance et l'arrêt de la prétendue spirale déflationniste ; conclusion des gnomes de Francfort : continuons mais en plus fort…

C'est donc le 22 janvier que le grand timonier de la BCE, Super-Mario Draghi a annoncé la nouvelle qu'attendaient frénétiquement tous les boursicoteurs de la planète : un programme démentiel d'assouplissement quantitatif via le rachat mensuel d'une soixantaine de milliards d'euros d'obligations diverses et notamment d'un bon paquet de dettes souveraines détenues par les banques européennes.

L'urgence est telle qu'on ne se préoccupe même plus de savoir si le financement « monétaire » des États par le rachat des obligations qu'ils placent auprès des banquiers contrevient ou non au Traité d'Union Monétaire. Ni si la politique suivie jusqu'à présent ne consiste pas finalement à donner de l'oxygène aux cancres des 19 élèves européens qui refusent obstinément  de se réformer et persistent à boucler leurs fins de mois en empruntant toujours d'avantage...

Compte tenu du fait que ces mêmes experts ont décidé, pour faire simple, de ne pas modifier les taux d'intérêt en les maintenant à rien du tout, et que partout ailleurs où l'on a fait du QE (Quantitative Easing en anglais) cela n'a eu aucun effet sur l'inflation,  deux questions  viennent immanquablement à l'esprit :

La première  amène à se demander si le mandat institutionnel de la BCE - qui, rappelons-le, consiste à maintenir sur le long terme la stabilité monétaire via un taux d'inflation de 2 % en Europe - a encore un sens ? Subsidiairement et au vu des résultats obtenus jusqu'à présent, il n'est plus inconvenant de se demander si la politique monétaire mise en œuvre depuis 2009 par l'institut monétaire européen ne serait pas en réalité, méchamment  contre-productive ?

 

60 MILLIARDS DE PLUS CHAQUE MOIS, UNE VOLONTE DE TRANSFORMER L'EURO EN MONNAIE DE SINGE

 

A moins que l'objectif secret de ces manipulations consiste moins a redonner du tonus à l'inflation qu'à faire de l'Euro une monnaie de singe qu'on imprimera à raison de 60 milliards de plus chaque mois, et à réduire ainsi d'avantage le pouvoir d'achat des européens pour tout ce qu'ils consomment et qui est fabriqué hors d'Europe. Avec, à l'arrivée de l'épopée sauvage, une inflation incontrôlable et un appauvrissement généralisé des titulaires de revenus fixes et des retraités.

Car, personne ne peut plus aujourd'hui raisonnablement affirmer que l'impression perpétuelle de fausse-monnaie, fut elle qualifiée de « politique monétaire expansionniste », puisse créer ne serait-ce qu'une once de richesse réelle. Dans le meilleur des cas, elle en donne l'illusion en provoquant des bulles spéculatives toujours plus nombreuses, ce qui est par exemple, le cas actuel des marchés financiers. Raison pour laquelle les titulaires de portefeuille de valeurs mobilières attendaient avec fébrilité la mise en œuvre du plan B de la BCE.

En clair, c'est une politique suicidaire qui détruit de la richesse au lieu d'en créer. A moins évidemment que les dingues de Francfort soient capables d'apporter la preuve indiscutable que ce n'est pas la production qui créée la richesse mais la consommation dont on se demande bien comment elle pourrait la précéder. Un truisme qui est même partagé aujourd'hui par les socialistes français qui ne se lassent pas de faire la danse du ventre sous le nez du Patronat prenant depuis peu systématiquement le parti de l'Offre sur la Demande. Sans résultat à en juger par la désespérante courbe du chômage...

Signe que quelque chose ne tourne pas rond au sommet de la tour de la BCE à Francfort, l'interview-vérité que Draghi a accordé le 17 décembre 2014 à Giovanni di Lorenzo pour Die Zeit qui l'a publié le 15 janvier 2015, donc avant l'annonce du lancement du programme d'Assouplissement Quantitatif décidé le 22.

Bien entendu, les médias dominants européens se sont bien gardés d’émettre la moindre remarque désobligeante envers Monsieur Plus dont les propos laissent pourtant de plus en plus perplexe ; morceaux choisis :

-  Est-ce-que l'inflation n'a pas érodé ce que votre père vous a laissé en héritage ?

- « Ce que nous avons reçu en héritage n'était pas considérable, mais suffisant pour permettre à ses 3 enfants d'étudier. La première fois que je suis retourné en Italie en 1976, j'ai découvert qu'il n'en restait que quelques centaines d'Euros. Cela parce que le juge aux affaires familiales avait donné instruction au tuteur légal de mes deux cadets (NB :Draghi est devenu orphelin à l'âge de 16 ans)de placer tous les fonds disponibles dans des bons du Trésor à intérêt fixe, contribuant à volatiliser le tout »

- Alors vous pouvez-donc comprendre pourquoi les allemands ont une telle peur de l'inflation ?

- «  c'est précisément de cela qu'il s'agit : Il  y en a qui disent de moi en Allemagne – ah, l'italien, il va à coup sûr nourrir l'inflation de l'économie allemande ! Et je dois donc leur expliquer que leur expérience de l'inflation date des années 20 alors que la mienne est bien plus récente... »

-  Ici, en Allemagne, les gens se demandent comment est-il possible que les pays qui ne parviennent pas à élaborer des budgets équilibrés, qui ne sont pas parvenus à se réformer pendant des décennies, peuvent aujourd'hui être récompensés par des prêts à de faibles taux d'intérêts. Est ce que ce sont les pays qui ont travaillé dur et qui ont fait des sacrifices qui doivent en payer le prix ?

- « C'est inexact. Jusqu'à présent, et aussi, il faut bien le dire, grâce au contrôle strict opéré par les gouvernements de ces pays bons-élèves, ça ne leur a pas coûté grand-chose. Il faut aussi souligner le rôle des institutions européennes. La BCE n'a pas subi de pertes et chaque année elle distribue des milliards de profit à ses membres dont la Bundesbank, qui les répercute au Ministre des Finances, et au peuple allemand par voie de conséquence. De plus, ils bénéficient du fait que le crédit tant public que privé est anormalement bon marché… »

- Mais la souffrance principale vient tout de même de la faiblesse des taux d'intérêt, qui, d'après ce que vous avez indiqué à Handelsblatt il y a deux semaines, vont le rester ?

- « Il faut faire ici la distinction entre les taux que nous fixons dans le cadre de notre politique monétaire et ceux sur les valeurs mobilières à long terme qui sont fixés, eux, par les marchés. Ce sont ces derniers qui sont importants pour les épargnants. Le fait que nos taux directeurs sont faibles et vont le rester un bon moment, a évidemment un impact sut les taux à long terme.

Mais il y a deux raisons supplémentaires de la faiblesse de ces taux. D'abord parce que le monde entier et surtout la zone Euro apportent leurs fonds en Allemagne pour les investir dans ces titres, de telle sorte que les taux baissent. L'Allemagne est un refuge en temps de crise.

Quand la confiance reviendra, ça pourrait moins être le cas. Ensuite parce que les prévisions d'inflation et de croissance à long terme sont malheureusement très faibles. Dès que notre politique aura ramené l'inflation aux environ de 2 % et que la croissance repartira, les taux d'intérêt redeviendront à des niveaux plus normaux ».

- Cette explication laisse donc la BCE sans solution ?

- « Laissez moi clarifier le sujet. La politique de la banque centrale ne consiste pas à punir les épargnants allemands. Et elle n'a pas pour but de récompenser les pays faibles. Le mandat de la Banque Centrale Européenne consiste à atteindre un taux d'inflation un peu inférieur à 2 % dans l'ensemble de la zone Euro. Pour y parvenir en ce moment, elle doit garder bas ses taux d'intérêt et doit pratiquer une politique monétaire expansionniste pour accompagner la croissance. C'est de cela qu'il s'agit. Ni de punition ou de récompense. Mais il est parfois difficile d'en convaincre l'ensemble des allemands, et particulièrement certaines personnalités politiques... »

- et qu'en disent-elles ?
« Elles me reprochent d'annuler toute incitation à entreprendre des réformes »

- Et ce n'est pas le cas ? L'Italie et la France en sont le parfait exemple !

- « Notre mission ne consiste pas et ne peut pas consister à prendre à notre compte les réformes que doivent entreprendre les gouvernements nationaux, à commencer parce que nous n'avons aucun mandat démocratique pour le faire. Pensez-vous que la situation des épargnants allemands serait meilleure si nous tentions d'augmenter les taux d'intérêt ? ».

- dit comme ça, la réponse est évidente !

- « la réponse est non ! »

- Pourquoi ?

- « Parce qu'alors nous créerions de la déflation et la récession. N'importe qui peut se rendre compte que la situation économique actuelle appelle une politique monétaire expansionniste. Si elle était restrictive, il y aurait encore plus de faillites. Et les taux d'intérêt à long terme – ceux qui affectent les économies des allemands et des autres européens – baisseraient encore d'avantage ».

- Sauf que lorsque le taux d'intérêt est quasiment à zéro et que vous souhaitez une inflation de 2 %, ça consommera toujours d'avantage de ces actifs que les allemands veulent économiser pour leurs vieux jours.

 

LES ACCROS DE L'INFLATION

 

- « Mais ce raisonnement est erroné ! Si l'inflation revenait, nous devrions relever les taux aussi »

- Mais au fait, pourquoi a-t-on besoin d'inflation, même si elle est très faible ?

- « Oui, pourquoi en effet ? C'est une leçon que nous avons tiré de l'expérience japonaise. Au Japon, cet objectif de 2 % n'existait pas. Et dans les années 90, les prix ont commencé à baisser. Le problème ce n'était pas la baisse des prix mais le fait que les gens estimaient qu'ils n'augmenteraient plus jamais. Qu'ils continueraient à baisser indéfiniment. Alors ils ont cessé de consommer. Pensant qu'ils pourraient effectuer les mêmes achats plus tard à meilleur prix. La production a chuté ; et les prix toujours plus, de telle sorte que c'est toute l'économie qui s'est affaiblie. Nous ne sommes pas encore dans cette situation ».

- C'est ce qu'on qualifie de déflation ?

- « Oui, ce que j'ai appelé une spirale déflationniste négative. La seule chose qui puisse l'enrayer c'est la crédibilité de notre objectif inflationniste. Qui suppose pour qu'on l'atteigne, qu'on poursuive notre politique monétaire expansionniste ».

-Mais on a déjà eu droit à votre politique monétaire expansionniste !

« Notre politique monétaire expansionniste a déjà contribué à un rebond de la croissance des crédits aux entreprises. Mais ça ne suffit pas. Si les entreprises ne réalisent pas des gains de productivité, elles ne seront pas compétitives ».

Bref, les mêmes affligeantes banalités facilement prises à contre-pied si on les prend au pied de la lettre, sans parler de contradictions inquiétantes du genre, 'c'est une politique monétaire semblable à celle que je mène actuellement avec une obstination coupable qui est à l'origine de l'évaporation de mon héritage personnel qui a fondu à cause d'un taux d'inflation de 20 % à l'époque en Italie mais c'est pas grave'…

Un leitmotiv inepte sur la nécessité de recréer de l'inflation « quoi qu'il en coûte », relayé par des dirigeants politiques aux abois, hantés par le spectre d'une raclée électorale annoncée, sanctionnant leur inaptitude à sortir le vieux continent du marasme dans lequel l'a  plongé la crise financière de 2007-2008. Et qui ont fini par croire que les banques étaient des vaches sacrées qu'il fallait protéger à tout prix.

Quant à l'obsessionnel exemple nippon et son parallèle avec la situation de la zone Euro, elle mérite bien sûr quelques observations de simple bon sens.
Tout comme le Japon en effet, nous avons connu en Europe une bulle spéculative des crédits qui a provoqué une explosion du prix de certains actifs. Merci donc à ce qui était déjà « une politique monétaire expansionniste » qui ne disait pas son nom ! Bref, les fous de la BCE nous proposent de résoudre le problème en commettant les mêmes erreurs que les nippons. Mais en plus grand.

Affligeante encore, la rengaine invérifiable – et invérifiée comme nous l'avons déjà évoqué dans ces colonnes – selon laquelle les gens cessent globalement de consommer parce que les prix baissent.

 Est-ce-que les baisses considérables et durables des prix des produits informatiques et high tech grand-public, des téléviseurs Haute Définition et autres smartphones en ont en quoi que ce soit réduit la consommation ? Comment des secteurs économiques qui connaissent des baisses de prix d'une telle ampleur sur une si longue période, peuvent-ils connaître une telle croissance depuis 10 ans si l'on prête crédit aux délires des gnomes de Francfort ?

A absurde, absurde et demi : Ce n'est pas parce que les prix de certains produits alimentaires baissent qu'on cesse pour autant de s'alimenter ou de recourir à la chirurgie esthétique en dépit de la baisse sensible du tarif des rhinoplasties et des implants mammaires ...

La baisse globale de la consommation nippone pourrait sans doute bien mieux s'expliquer par la structure démographique de l'archipel, que par les baisses microscopiques des prix survenues certaines années. Actuellement l'inflation japonaise frise les 3 % et pourtant, la consommation locale est en chute libre. Intéressant non Mr Draghi ?

Mais peut être que les cinglés qui ont pris le contrôle de l'asile, n'ont-ils tout simplement pas examiné avec assez de soin les statistiques d'EUROSTAT et en particulier son « indice harmonisé des prix à la consommation dans la zone Euro ».

Au niveau 100 en 2005, il est passé de 112,5 en 2011 à 117,5 en 2014. C'est ce que ces illuminés désignent comme de la « déflation ». Mieux vaut en rire...

Woodward Et Newton 

 

Tag(s) : #Nouvelles du front

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