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Une vidéo diffusée le 15 février montre la décapitation de 21 chrétiens d’Égypte par l’organisation État islamique en Libye. Un message au « peuple de la croix », mais aussi à l'Egypte et à la coalition internationale.

La mise en scène est désormais connue. Sur une plage libyenne, des bourreaux vêtus de noir surplombent leurs victimes à genoux, habillées d’une combinaison orange évoquant celle des prisonniers de Guantánamo. L’un des djihadistes, couteau brandi, clame face à la caméra : « Nous sommes au sud de Rome, sur la terre islamique de Libye, nous envoyons un message aux croisés. » En guise de message, l’égorgement puis la décapitation au couteau de 21 Coptes égyptiens.

« Ils ont été tués pour le simple fait qu’ils étaient chrétiens », a affirmé le pape François, visiblement ému. « Le sang de nos frères et sœurs chrétiens est un témoignage qui doit être entendu. Cela ne fait aucune différence qu’ils soient catholiques, orthodoxes, coptes ou protestants. Ils sont chrétiens. Les martyrs appartiennent à tous les chrétiens », a insisté le souverain pontife, reprenant une nouvelle fois une expression devenue familière, celle de « l’œcuménisme du sang ».

Dans la lignée de l’attentat de 2010

Dans un article de la version anglophone de Dabiq, son magazine de propagande, l’organisation État islamique (EI) place explicitement l’assassinat des 21 Coptes égyptiens dans la lignée de l’attentat de 2010 contre la cathédrale syriaque catholique de Bagdad. Comme lors de cette attaque sanglante qui avait fait plus de 50 morts, le bourreau des 21 Coptes réclame aujourd’hui « vengeance pour Kamilia Shehata et ses sœurs. »

L’histoire de Kamilia Shehata reste relativement floue. Mariée à un prêtre copte, elle avait disparu en 2010. Des Coptes avaient alors manifesté contre ce qu’ils pensaient être un kidnapping et une conversion forcée à l’islam. Après le retour de la jeune femme chez elle quelques jours plus tard, ce sont les musulmans qui ont estimé qu’on l’avait poussée à revenir chez les Coptes alors qu’elle s’était librement convertie à l’islam.

L’habit du vengeur

« Cette justification factuelle d’ordre religieux ne peut être dissociée d’une justification géopolitique », explique Wassim Nasr, journaliste à France 24 et ­spécialiste des mouvements djihadistes. « Les djihadistes revêtent l’habit de vengeur, à la fois contre l’Occident, mécréant à leurs yeux, contre les Coptes et contre les régimes corrompus. Ces Coptes ont aussi été tués parce que l’État islamique estime que l’Église copte soutient le président al-Sissi. Il y a ici une spécificité égyptienne, souligne-t-il. Après des années difficiles pour les chrétiens d’Égypte, l’Église copte n’a pas eu tellement d’autres choix que de s’allier à al-Sissi, qui a bien compris l’intérêt de s’afficher avec eux pour séduire l’Occident. Ils paient aujourd’hui les pots cassés. »

De fait, c’est la première fois que l’EI met ainsi en scène la mort de chrétiens et en fait une vidéo diffusée mondialement. En Irak, les chrétiens ont été victimes d’une épuration religieuse et tous ont dû fuir la zone tenue par l’EI. À notre connaissance, aucun n’aurait été tué directement par les djihadistes bien qu’on soit sans nouvelle d’une quarantaine d’entre eux. En Syrie, de nombreux chrétiens ont été tués dans des violences menées par divers groupes, mais ces attentats ne sont pas tous le fait de l’EI, et aucun n’a été mis en scène ni diffusé de la sorte.

Une implantation récente en Libye

Depuis les élections législatives de juin, deux coalitions armées cohabitent en Libye. L’une, Fajr Libya, regroupe à Tripoli différentes organisations dont les milices de Misrata et les islamistes d’Ansar al-Charia. L’autre, à Tobrouk, réunit diverses factions autour du général Khalifa Haftar soutenu par l’Égypte.

C’est dans ce contexte éclaté que l’EI a pris ses marques en Libye et notamment à Syrte. « À l’automne 2014, l’allégeance du groupe Shura Shabab al-Islam a révélé son implantation en Libye, relate Saïd Haddad chercheur associé à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman. La vidéo de dimanche est une façon de frapper les esprits par le sang et de prouver qu’il est capable d’étendre le califat au Maghreb. »

Enfin, pour Wassim Nasr, la vidéo de l’assassinat des Coptes égyptiens est une provocation. « Et c’est réussi, souligne-t-il. Les frappes de l’Égypte sur Derna, quelques heures après la publication des images de l’assassinat, permettent de mettre à nu l’ingérence égyptienne en Libye. » Même si elle ne l’a jamais revendiqué officiellement, l’Égypte a appuyé les Émirats arabes unis lors de leur frappe en août 2014 contre le gouvernement de Tripoli. « Cela renforce la posture du “seul contre tous”, développée dans le cadre d’une vision apocalyptique du monde, estime le journaliste. Il y a là un cercle vicieux. Les interventions de l’Égypte et plus largement de la coalition justifient l’action de l’organisation État islamique et attirent de nouveaux candidats au djihad. » De l’autre côté de la Méditerranée, juste en face de Malte.

LAURENCE DESJOYAUX 

> Le communiqué de l'Elysée agace l'Oeuvre d'Orient

« Le Président de la République condamne avec la plus grande fermeté l'assassinat sauvage de 21 ressortissants égyptiens, otages de Daech en Libye ». Voilà la formule choisie par l'Elysée pour adresser ses condoléances au peuple égyptien. Une phrase qui agace l'Oeuvre d'Orient : « L’Œuvre d’Orient souhaite que l’appartenance religieuse chrétienne des victimes ne soit pas escamotée. Elle demande que cela soit clairement mentionné dans les communiqués de la Présidence de la République et que la France présente ses condoléances au Patriarche copte », a insisté Mgr Pascal Gollnisch, son directeur, dans un communiqué.

Tag(s) : #Nouvelles du front

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