Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

En s'opposant par une loi régionale à la construction de mosquées à Milan, la Ligue du Nord effectue un virage à droit et grimpe dans les sondages.

 

À l'initiative de la Ligue du Nord, la région Lombardie a adopté une loi tendant à empêcher la construction de nouvelles mosquées. Certes, le texte est censé s'appliquer aux lieux de culte de toutes les religions. Mais cet oecuménisme de façade est destiné à éviter que la loi régionale ne soit déclarée inconstitutionnelle en raison de son caractère discriminant. La Ligue du Nord n'a d'ailleurs pas fait mystère de son unique but qui était de bloquer la construction de trois mosquées prévues à Milan.

La nouvelle législation milanaise fait obligation au maître d'ouvrage de prévoir un parking d'une surface au moins égale au double de celle du bâtiment. Il devra également équiper le lieu de culte de caméras de surveillance reliées à une salle de contrôle des forces de l'ordre. L'édifice devra être accepté par une commission chargée d'en vérifier la conformité au "paysage lombard". Enfin, la construction pourra être soumise à un référendum de la population locale. C'est surtout grâce à ce dernier point que, comptant sur le rejet des habitants, la Ligue espère empêcher l'édification de nouvelles mosquées.

Urine de porc et "cochon day"

L'initiative a divisé le conseil régional. "À la lumière des derniers événements survenus en France, il ne s'agit pas de limiter la liberté religieuse mais de fixer des règles pour protéger les citoyens de l'arrogance de ceux qui prétendent faire la loi chez nous", a déclaré Roberto Anelli, de la Ligue du Nord. Le Nouveau Centre Droit (Ncd) et Forza Italia ont voté comme la Ligue. En revanche, la gauche et le Mouvement 5 étoiles (M5S) ont condamné "une sinistre norme idéologique contraire au dialogue et à la transparence".

L'islamophobie est depuis longtemps le fonds de commerce de la Ligue du Nord. À la fin des années 2000, le député européen Mario Borghezio s'était illustré en déversant de l'urine de porc à Lodi et à Bolzano sur des terrains destinés à la construction de mosquées. À Bologne, le député Roberto Calderoli avait institué le "cochon day", une journée où les propriétaires de porcs étaient invités à promener leurs animaux sur les lieux de culte musulmans.

Virage à droite

Cette dérive s'est toutefois accentuée avec le virage à droite effectué par Matteo Salvini, le nouveau leader de la Ligue du Nord. Abandonnant les thèmes du fédéralisme, Matteo Salvini s'est aligné sur les thèses de Marine Le Pen, dont il fut l'invité d'honneur lors du congrès du FN en décembre dernier. Lutte contre l'immigration et l'islam, soutien à la Russie de Vladimir Poutine et baisse des impôts (tranche unique de 15 %) sont la base d'un programme populiste mais très efficace. La Ligue est créditée de 14 % d'intentions de vote et Salvini d'un indice de confiance de 26 %. Ce dernier est désormais plus populaire que Silvio Berlusconi et, en cas de primaires dans son camp, il serait le candidat de la droite.

Pourtant, le jour même où Milan a adopté la législation "anti-mosquée", une étude de la Fondation Leone Moressa démontrait que l'immigration est une ressource pour l'Italie. Alors que les PME traditionnelles ont subi de plein fouet la crise, les 2,4 millions d'immigrés qui travaillent dans la péninsule, pour la plupart comme petits entrepreneurs, ont généré un chiffre d'affaires de 123 milliards d'euros, soit 8,8 % du PIB du pays. Et le rapport de conclure : "L'intégration des étrangers est non seulement un devoir moral..., mais une opportunité dont l'Italie ne peut pas se passer."

Tag(s) : #Nouvelles du front

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :