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Comme prévu, le discours du secrétaire général du Hezbollah n'a pas fait que des heureux au Liban. D'abord, il y a ceux que son assurance et ses défis répétés aux Israéliens effraient, car ils continuent d'être influencés par l'époque des années soixante-dix lorsque l'armée israélienne était considérée comme invincible et pouvait frapper là où elle le voulait dans le monde arabe sans craindre la moindre riposte. Ceux-là ont peur que toute cette confiance en soi chez le Hezbollah et son chef finisse par entraîner le Liban dans une nouvelle aventure militaire dont il n'a pas aujourd'hui les moyens, ne serait-ce que sur les plans économique et social, alors que la plupart des institutions étatiques sont paralysées ou boiteuses.

Ensuite, il y a ceux qui abordent la question sous l'angle purement confessionnel et rejettent cette suprématie militaire chiite sur les différentes composantes de la société ainsi que sur les institutions de l'État. Il y a encore ceux qui ne peuvent pas accepter l'existence d'une force militaire hors de l'État indépendamment de sa composition confessionnelle et, enfin, il y a ceux qui n'aiment pas le Hezbollah et tout ce qu'il représente sur les plans interne et régional et voient en lui une excroissance iranienne au Liban et dans la région.


Tous ceux-là ont donc multiplié ces derniers jours les critiques contre sayyed Hassan Nasrallah, protestant à la fois contre la forme et le fond deson dernier discours après la riposte dans les fermes de Chebaa. Pour le Hezbollah, les critiques étaient prévisibles et le mot d'ordre a été donné à ses cadres de ne pas y répondre ouvertement, d'abord pour ne pas envenimer le climat interne du pays où les problèmes sont nombreux et où les dossiers conflictuels s'accumulent, ensuite parce que le Hezbollah considère que l'absence de riposte israélienne est en elle-même une réponse suffisante à tous les inquiets et à tous les sceptiques.

Le débat houleux qui se déroule actuellement en Israël et les tentatives du gouvernement et des responsables militaires là-bas de trouver des justifications à l'incapacité des autorités à mettre en échec une attaque du Hezbollah contre un convoi militaire dans une zone militaire où l'état d'alerte est porté à son maximum sont suffisants, aux yeux du Hezbollah, pour rassurer ceux qui craignent l'éclatement d'une nouvelle guerre ou, comme l'appellent certains politiciens locaux, « une nouvelle aventure militaire du Hezbollah ». Les milieux proches du parti estiment au contraire que par l'opération dans les fermes de Chebaa, le Hezbollah a écarté toute possibilité de déclenchement d'une nouvelle guerre entre Israël et le Liban. Selon l'analyse faite par ces milieux, Israël souhaiterait à tout prix entraver le processus de négociations entre l'Iran et les États-Unis, et l'empêcher d'aboutir à un accord. Même s'il faut pour cela déclencher une guerre dans la région, dont l'issue n'est pas garantie. Mais, avant l'opération dans les fermes de Chebaa, les Israéliens estimaient qu'une telle guerre aurait pour objectif de redistribuer les cartes, de retarder l'accord et, au final, les États-Unis interviendraient, comme ils le font toujours, pour sortir les Israéliens du pétrin.

Toutefois, l'opération du Hezbollah à la limite de Ghajar a montré d'effroyables lacunes dans le dispositif militaire israélien, tant au niveau de l'efficacité du bouclier de défense qu'à celui des services de renseignements israéliens qui attendaient une riposte de l'autre côté du Golan. Pour ces raisons, les milieux proches du Hezbollah estiment que les Israéliens vont désormais s'employer à combler ces lacunes et ne peuvent plus songer à lancer une guerre contre le Liban. Car si, dans les fermes de Chebaa, ils n'ont pas pu réagir, que serait-ce alors si le front tout entier devait s'embraser ? Les milieux proches du Hezbollah estiment ainsi qu'en lançant leur attaque contre le convoi du Hezbollah à Kuneitra, les Israéliens avaient voulu tester les forces du Hezbollah et vérifier si, comme l'avait souvent répété Hassan Nasrallah, les combats en Syrie n'avaient pas entamé leur vigilance sur « le front traditionnel ». La réponse a été claire, précise et efficace. Bien entendu, les Israéliens pourraient faire une nouvelle tentative dans quelque temps une fois qu'ils auront changé leurs plans et comblé les lacunes, mais pour l'instant, les milieux proches du Hezbollah estiment qu'ils n'iront pas plus loin.


Quant à ceux qui accusent le Hezbollah d'avoir violé la résolution 1701, les milieux proches de ce parti rappellent que l'opération a eu lieu dans un espace qui n'est pas couvert par cette résolution, laquelle prévoit par ailleurs le retrait des Israéliens de la partie encore occupée de Ghajar. Enfin, ces milieux se demandent pourquoi ceux qui sont si prompts à brandir la résolution 1701 contre le Hezbollah ne le font pas contre les violations répétées de cette résolution par les Israéliens, dont la plus récente a causé la mort d'un soldat espagnol de la Finul, lorsque les Israéliens se sont mis à bombarder la région après l'opération dans les fermes de Chebaa... En un mot, les milieux proches du Hezbollah estiment que celui-ci a réagi avec intelligence et respect des réalités libanaises. Ils considèrent que le Liban a gagné une sorte de répit sur le front avec Israël... en attendant la prochaine secousse.

 

Tag(s) : #Nouvelles du front

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