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Hier, l’armée tchadienne a repris la ville nigériane de Gamboru, tenue par la secte islamiste. 
Le Tchad, le Cameroun et le Niger ont vu naître des cellules djihadistes sur leur sol.

Fotokol est désormais une zone de guerre. À l’extrême nord du Cameroun, à la frontière avec le Nigeria, la vie a laissé place aux chars et aux engins blindés. C’est de là qu’est parti le contingent de 2 000 soldats tchadiens chargé de reprendre la ville nigériane dévastée de Gamboru, de l’autre côté de la rivière Al-Beid. Mardi, au terme d’une heure d’affrontements violents, l’armée tchadienne a réussi à reprendre la ville tenue par la secte islamiste Boko Haram. Les djihadistes, qui ont perdu 200 des leurs dans les combats, lançaient en représailles une violente contre-attaque à Fotokol où des civils ont été égorgés et la grande mosquée incendiée.

La guerre s’est étendue à toute la région

Cette opération, qui conclut trois jours de pilonnages intenses, s’inscrit dans le cadre d’un accord entre le Tchad, le Nigeria et le Cameroun. Depuis lundi, l’armée tchadienne est également déployée à Bosso (Niger) afin de reprendre la ville de Malam Fatori au Nigeria, également aux mains de Boko Haram. « Nous sommes décidés à en finir avec cette bête-là à côté de nos frères d’armes camerounais, nigériens ou tous ceux qui sont engagés dans la lutte contre Boko Haram », a expliqué Hassan Sylla, ministre tchadien de la Communication et porte-parole du gouvernement. Alors même que Boko Haram a un « agenda très territorialisé », selon l’expression du chercheur Alain Antil (Institut français des relations internationales), la guerre s’est donc étendue à toute la région. La secte islamiste, qui entend établir un califat au nord du Nigeria, a multiplié les incursions et les cellules au Cameroun, au Niger et au Tchad ces derniers mois. « 

« Ici rien ne marche, puisque nos activités dépendent du Nigeria » un commerçant camerounais

À ce stade, les pays voisins servent de zones de repli et d’approvisionnement en armes ou en combattants », souligne Priscilla Sadatchy, du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité. Malgré les 13 000 morts au Nigeria depuis 2009, l’inefficacité de l’armée nigériane dans sa lutte contre Boko Haram a contraint les pays voisins à réagir. Selon Amnesty International, 20 000 civils auraient été obligés de quitter la zone nigériane de Baga sur les rives du lac Tchad après une énième attaque de Boko Haram en janvier, à l’issue de laquelle la secte s’était emparée d’une base militaire de la force multinationale. La France, qui dispose de bases au Tchad dans le cadre de l’opération « Barkhane » de lutte contre les groupes armés djihadistes au Sahel, n’est pas en reste. En renfort de l’armée tchadienne, Paris a envoyé des missions de reconnaissance au-dessus du Tchad et du Cameroun. Enfin, à l’issue de son 24e sommet, l’Union africaine a décidé de dépêcher 7 500 hommes dans le cadre d’une force militaire régionale dont les modalités de déploiement feront l’objet d’une réunion aujourd’hui à Abuja. « Cette force n’a pour le moment pas de financement assuré, même s’il y aura vraisemblablement recours aux Nations unies », analyse Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques, qui précise que « les forces régionales ne sont pas totalement équipées pour lutter contre Boko Haram ».

L’extension de l’influence de Boko Haram au nord du Nigeria a gravement nui aux pays alentour. « Ici rien ne marche, puisque nos activités dépendent du Nigeria et depuis bientôt deux ans rien n’arrive », témoignait un commerçant camerounais de Fotokol à l’AFP. Dans cette ville, l’administration ne fonctionne plus, les écoles ont fermé, l’activité économique est réduite à néant et les réfugiés nigérians doivent se contenter de la solidarité de la population locale. Il en va de même pour le Tchad, dont l’essentiel des importations provenait du Nigeria. En quelques années, le Tchad s’est retrouvé encerclé par les zones de conflit libyenne, soudanaise et nigériane. Ces opérations ont lieu alors même que le Nigeria doit se rendre aux urnes le 14 février afin d’élire son président. Goodluck Jonathan, qui brigue un nouveau mandat, échappait il y a deux jours à un attentat.

LINA SANKARI

 

Tag(s) : #Nouvelles du front

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