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À lire le quotidien "Le Monde", qui a relancé l'affaire des comptes secrets en Suisse, notre classe politique serait hors du coup. Une histoire à l'eau de rose...

Par JEAN NOUAILHAC

Avant tout, pour bien comprendre le cadre français de SwissLeaks, il faut avoir lu, en long et en large, les 18 pleines pages bourrées de textes des deux numéros spéciaux du Monde datés des 10 et 11 février. Immédiatement, d'entrée de jeu, un malaise : dès le premier article général de présentation, signé Gérard Davet et Fabrice Lhomme, on subodore qu'on va nous cacher quelque chose. 

Ces deux reporters d'investigation qui sont connus pour leur proximité avec l'Élysée, et plus spécialement avec François Hollande lui-même, veulent nous faire croire qu'une "source dont nous protégeons l'anonymat", écrivent-ils, se serait présentée un jour "à l'accueil du journal, boulevard Auguste-Blanqui à Paris", et leur aurait "remis une clé USB concernant la totalité des fichiers établis à partir des "données Falciani", dans le plus grand secret, à compter de 2009, par les services fiscaux français". Autrement dit, si l'on comprend bien cette phrase alambiquée, les fichiers qui leur ont été "remis" ont été revus et corrigés par les services fiscaux français... Et cet inconnu qui vient frapper à la porte d'entrée du Monde début février 2014 avec une "clé USB"... qui peut croire une chose pareille ? Passons.

 

Tamis

Sur les 127 000 "lignes" qui composaient ce fichier à l'origine, on apprend, concernant les Français, que "plus de 6 000 personnes physiques et morales sont identifiées par les enquêteurs, mais la moitié seulement des données sont exploitables", et Le Monde d'ajouter : "Le nombre de 3 000 fraudeurs sera effectivement évoqué un dimanche d'août 2009 par Éric Woerth, alors ministre du Budget". Deuxième malaise : se cacher derrière l'ancien ministre de Sarkozy pour justifier que la moitié seulement des noms français du fichier serait "exploitable"... C'est un tour de passe-passe qui laisse supposer qu'un premier tamis aurait été effectué sous la présidence Sarkozy...

Ensuite se déroule, dans plusieurs articles, le feuilleton des noms plus ou moins célèbres lancés en pâture à l'opinion alléchée, évidemment repris en boucle par tous les médias audiovisuels. Or, contrairement à l'héritière Nina Ricci poursuivie en justice, on apprend que la plupart des personnages cités ont régularisé leur situation fiscale. Ainsi du coiffeur Jacques Dessange, de la famille Ouaki, propriétaire de Tati jusqu'en 2004, de l'humoriste Gad Elmaleh ou du chanteur Philippe Lavil. Alors, pourquoi en faire état des années plus tard, comme s'il s'agissait de révélations ? Bref, encore une fois, passons !

Autre remarque, pour en venir aux politiciens : dans le grand article qui révèle certains noms, après avoir abondamment disserté sur les nombreux médecins, avocats et chefs d'entreprise piégés dans le filet HSBC, on peut lire que "les paradis fiscaux sont parmi les rares endroits où l'on retrouve côte à côte les noms de footballeurs et d'hommes politiques". Et effectivement, on nous cite le footballeur Christophe Dugarry, aujourd'hui commentateur à Canal+, et le sénateur UDI du Gers, Aymeri de Montesquiou, ce dernier pour un très vieux compte annoncé comme ayant été fermé il y a vingt ans ! Plus loin apparaissent sans autre précision les noms de Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani, ce dernier condamné dans l'affaire de l'Angolagate. Et c'est tout pour les hommes politiques français, tous de droite, faut-il le préciser. La ficelle est vraiment grosse ! Nous n'en saurons pas plus sur nos politiciens français.

"300 parlementaires visés par le fisc" (Le Parisien)

C'est alors que deux événements étranges se produisent simultanément, juste après la parution des deux numéros du Monde : un article très atypique du Parisien daté du 11 février et une double intervention sur Le Point.fr de l'ancien et célèbre procureur Éric de Montgolfier. Voyons d'abord cet article du Parisien signé Martine Chevalet, étalé sur 5 colonnes sous le titre "300 parlementaires visés par le fisc", avec la phrase suivante en sous-titre : "Que ce soit pour suspicion de fraude ou simple vérification, les patrimoines de centaines de députés ou sénateurs sont scrutés par les services fiscaux." Martine Chevalet y fait référence à la récente loi sur la transparence qui oblige tous les parlementaires et de nombreux autres responsables politiques à un exercice de vérité sur leur patrimoine. Or, leurs déclarations de patrimoine sont transmises systématiquement à l'administration fiscale, qui procède à des enquêtes de contrôle et à des rapprochements avec les informations qu'elle peut détenir par ailleurs.

Rien n'interdit de penser que les fichiers HSBC en font partie. Une supposition : si les super-inspecteurs du fisc chargés de ces contrôles détiennent la totalité des fichiers HSBC d'origine et si les noms de certains parlementaires y apparaissent, on peut comprendre l'agacement des uns et la nervosité des autres. On peut toujours croire que, si 300 parlementaires - ce qui fait beaucoup - ont des problèmes avec le fisc, c'est à cause de leurs déclarations de patrimoine, mais on ne peut s'empêcher de penser que, pour certains d'entre eux, ces problèmes peuvent avoir pour origine la présence de leur nom dans d'autres fichiers...

 

Points de suspension

Second événement, lui aussi très curieux : Éric de Montgolfier, procureur de la République à la retraite et par ailleurs contributeur régulier du Point, écrit le 12 février une chronique aigre-douce intitulée "On aimerait tant croire à la justice...". Il y fait état de ce dossier HSBC qu'il connaît parfaitement bien pour avoir été en fonction à Nice en 2009 lors de la saisie du matériel informatique d'Hervé Falciani. Le procureur Montgolfier est le premier haut fonctionnaire d'État à avoir pris connaissance de ces fichiers et c'est en toute connaissance de cause, sans trahir le secret professionnel, qu'il écrit dans sa chronique du 12 février qu'"on peine toujours à compter, pour les Français du moins, le nombre des bénéficiaires de la fraude". Il ajoute que, pour ces fichiers connus depuis 2009, "la nouveauté ne tient qu'à la publication de quelques noms, bien choisis pour allécher le chaland. Mais pas l'intégralité de ceux auxquels, de leur propre aveu, nos sycophantes ont eu accès..." Ah, si les points de suspension du procureur pouvaient parler !

Le lendemain, le 13 février, dans un échange de mails avec Ian Hamel, le correspondant du Point à Genève, Éric de Montgolfier enfonce le clou et confirme que les fichiers ont bien été manipulés. Il s'étonne de la divulgation de certains noms "mais pas de tous. Pourquoi ce tri ? Bien des questions appellent encore des réponses." Ian Hamel confirme : "SwissLeaks ne donne aucun nom d'hommes politiques français. C'est d'autant plus surprenant que les listes d'HSBC Genève datent de 2006-2007. Or, en 2005, la multinationale avait absorbé le CCF, une banque qui avait la réputation de draguer les politiciens, notamment dans le sud de la France, le CCF ayant précédemment absorbé la Caisse de crédit de Nice."

 

Manipulation

On avait compris depuis le début qu'après un premier tamis de l'équipe Sarkozy, un second tamis de l'équipe Hollande était intervenu dans le processus et que les journalistes du Monde avaient été manipulés de main de maître par l'Élysée. Le plus drôle dans cette affaire est sans doute la réaction officiellement outragée et largement relayée de Pierre Berger, membre éminent de la gauche béluga et coactionnaire du Monde. Berger, en effet, n'a pas hésité à accuser le journal de "populisme" pour avoir "jeté en pâture le nom" de personnalités mises en cause dans ce dossier, ce qui a eu pour effet d'accréditer l'idée auprès de l'opinion publique qu'un travail sérieux avait été effectué par des journalistes indépendants, sans peur et sans reproche. Voilà comment les journalistes du Monde se sont ainsi trouvés dédouanés de toute manoeuvre alors même que, n'ayant publié qu'une partie de la vérité et le sachant, ils n'ont pas dit LA vérité, c'est-à-dire TOUTE la vérité. Une double manipulation d'anthologie qui restera dans les annales !

Tag(s) : #Nouvelles du front

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