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Israël croyait avoir frappé un grand coup en lançant l'attaque contre le convoi conjoint irano-hezbollahi à Kuneitra le 18 janvier. En plus de tuer des cadres du Hezbollah et un général iranien, l'objectif des Israéliens était de porter un coup décisif au noyau d'un mouvement de résistance en train de se former dans la partie non occupée du Golan. En effet, selon la presse israélienne, des informations précises étaient parvenues aux autorités israéliennes sur l'intention du régime syrien, aidé par l'Iran et le Hezbollah, de former un groupe de résistance le long de la frontière avec le Golan occupé. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles les Israéliens ont aidé directement les combattants d'al-Nosra à s'installer avec armes et bagages dans une bande frontalière d'une profondeur de six à sept kilomètres carrés, selon le fameux projet de la zone tampon qui a fait ses preuves au Sud-Liban de 1978 à 2000.


Mais s'il est vrai que l'attaque israélienne a causé la mort de six cadres du Hezbollah et celle d'un général iranien, elle n'a pas pour autant réussi à freiner le projet syro-irano-hezbollahi. C'est ainsi qu'il y a quelques jours est né ce qu'on appelle désormais « Hamo » (le mouvement de résistance nationale dans le Houran), dont l'un des principaux initiateurs n'est autre que l'ancien chef des services de renseignements syriens au Liban, le général Rustom Ghazalé, lui-même originaire de cette région. C'est aussi ce mouvement qui est en première ligne aux côtés de l'armée syrienne, du Hezbollah et de volontaires iraniens (depuis que l'ayatollah Khamenei a autorisé l'engagement volontaire des Iraniens en Syrie) dans l'offensive lancée depuis dimanche, dans la zone s'étendant de Deraa au Golan. Pour l'armée syrienne et ses alliés, il s'agit de frapper d'une pierre deux coups, d'une part fermer les poches de Khan el-Cheikh, Zakyé et Taybé, par lesquelles les combattants de l'opposition peuvent arriver de Deraa vers la capitale Damas et, d'autre part, mettre en échec le plan israélien de créer une zone tampon à la limite du Golan occupé, qui permettrait aux Israéliens d'intervenir directement dans la situation interne syrienne et aux alentours de la capitale.


Dans ce contexte, la riposte du Hezbollah dans les fermes de Chebaa visait à dissuader les Israéliens d'intervenir, directement ou non, pour contrer l'offensive que l'armée syrienne et ses alliés préparaient. La neuvième unité de l'armée syrienne a donc pris les devants et commencé à avancer vers Kuneitra, dans une tentative d'empêcher une jonction entre le sud de cette ville et l'ouest de Deraa. En même temps, elle est en train de prendre les combattants du Front al-Nosra en tenailles. C'est ainsi que les localités de Hebbariyé, de Tell Raï et de Ghaymé ont été reprises aux combattants de l'opposition syrienne, qui, selon les autorités de Damas, agissent selon les instructions d'un « quartier général des opérations » installé en Jordanie. Dans son entretien à la BBC, le président syrien a d'ailleurs critiqué la Jordanie qu'il a accusée de soutenir le terrorisme, ainsi que son ministre des Affaires étrangères Walid Moallem, qui, dans une conférence de presse avec son homologue biélorusse, a aussi accusé les services de renseignements jordaniens de diriger les opérations aux côtés d'al-Nosra et des autres factions de l'opposition.


C'est donc une bataille vitale et stratégique qui est engagée entre Deraa et Kuneitra. Dans cette zone sensible, à cheval entre la Syrie, la Jordanie et Israël, c'est à la fois un bras de fer entre l'armée syrienne et l'opposition armée qui est engagé et un nouvel épisode du conflit israélo-arabe, auquel il faut désormais ajouter le facteur iranien, de plus en plus influent. Le secrétaire général du Hezbollah, dans son dernier discours le 30 janvier, a bien résumé la situation lorsqu'il a dit que « le sang libanais et iranien a coulé sur une terre syrienne, prouvant par le sang l'unité de destin existant entre eux ». Nasrallah a quasiment confirmé le début d'une nouvelle étape qui commence en Syrie où se bat non seulement le Hezbollah désormais à visage découvert, mais aussi les Iraniens. Il s'agit donc plus que jamais d'un front stratégique qui risque d'être déterminant pour la suite des événements. Des sources proches du Hezbollah précisent ainsi que la vaste offensive de l'armée syrienne et de ses alliés dans ce triangle entre Kuneitra et Deraa a déjoué le plan de l'opposition et de ses parrains de lancer une attaque par le Sud pour remonter jusqu'à Damas, dans le but de mettre en difficulté l'Iran, allié du régime syrien, et de pousser la République islamique à remettre en cause ses négociations avec la communauté internationale. L'attaque israélienne de Kuneitra était donc le prélude à cette vaste offensive, qui est l'indice de la grande inquiétude de l'opposition syrienne et de ses parrains d'une possible entente entre l'Iran et les pays dits 5+1. Mais le camp dit de la résistance a donc repris l'initiative et la bataille n'est pas encore finie.

 

Tag(s) : #Nouvelles du front

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