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Plusieurs personnes ont été récemment condamnées pour « insulte aux religions »

 

Karim al-Banna vit dans l'angoisse en Égypte en attendant un verdict d'appel, craignant que la justice ne confirme la peine de trois ans de prison dont il a écopé pour avoir « insulté » l'islam en exposant son athéisme sur Facebook. Comme cet étudiant en ingénierie de 22 ans, plusieurs personnes ont été récemment condamnées pour « insulte aux religions », simplement parce qu'elles avaient affiché leur athéisme, largement refusé par une société égyptienne conservatrice. Car si la Constitution protège en théorie la liberté de conscience, elle interdit toute insulte ou manque de respect à l'égard des trois monothéismes : l'islam, le christianisme et le judaïsme.

Karim al-Banna vit désormais reclus, fuyant les regards désapprobateurs des voisins et craignant de se retrouver derrière les barreaux si la cour d'appel devait confirmer aujourd'hui la peine prononcée en janvier. Dans ce cas, il bénéficiera d'un dernier recours devant la Cour de cassation. Arrêté en novembre, il avait été remis en liberté sous caution après 55 jours de détention.
« Je vivais dans une tombe », lâche l'étudiant, éclatant en sanglots dans son modeste appartement d'Alexandrie, sur la côte méditerranéenne. « En prison, pour échapper aux persécutions, j'ai dû prier régulièrement et lire le Coran », poursuit cet ancien partisan de la confrérie des Frères musulmans. Il dit avoir « rejeté la religion » après avoir été déçu par l'organisation islamiste, cible aujourd'hui d'une répression sanglante.

Enchaînant nerveusement cigarette sur cigarette, il se souvient comment son père, pour échapper au scandale, a témoigné contre lui : « Il a dit que j'avais des opinions hostiles à la religion. »
Le jeune homme a été condamné avec un de ses amis. Après une altercation avec des voisins outrés par leur athéisme, Karim al-Banna s'était rendu au commissariat pour porter plainte. Mais la police l'a alors arrêté et déféré devant la justice.
 

« Quitter l'Égypte »

« Les athées sont l'une des minorités les moins protégées d'Égypte », estimait en janvier Human Rights Watch, appelant les autorités à arrêter de les « persécuter ». Entre 2011 et 2013, sur 42 personnes accusées « d'insulte aux religions », qui ne recouvre pas uniquement l'athéisme, 27 ont été condamnées, selon l'Initiative égyptienne pour les droits individuels (EIPR). Les autorités religieuses, musulmanes comme chrétiennes, ont à plusieurs reprises insisté sur la nécessité de combattre l'athéisme, l'assimilant à l'apostasie. Pour un haut responsable du ministère des Biens religieux, Ahmad Turk, « l'État n'a jamais été apostat ». « Ce pays est musulman et les Égyptiens sont des musulmans pieux », insiste-t-il.

Alors pour Chaïmaa comme pour d'autres athées, l'émigration semble la seule échappatoire. Cette jeune pharmacienne, issue d'une famille musulmane conservatrice et qui s'exprime sous un pseudonyme, veut quitter l'Égypte pour épouser son petit ami, lui aussi athée mais d'une famille chrétienne, la société refusant les mariages intercommunautaires. « Ma famille se dispute déjà avec moi parce qu'ils pensent que je ne prie pas suffisamment. Imaginez qu'ils apprennent que je suis athée », chuchote la jeune femme dans un café huppé du Caire, près de la place Tahrir, épicentre du soulèvement populaire qui chassa Hosni Moubarak du pouvoir en 2011. Elle ajoute être devenue athée après cette révolte, synonyme de liberté et d'émancipation pour elle, et qui l'a poussée à remettre en question l'existence de Dieu.
« Durant le ramadan, je dois me cacher pour manger en journée. C'est dans ces moments que je sens que je dois quitter l'Égypte », explique en souriant la jeune femme de 29 ans, qui mène une double vie : « J'ai un compte Facebook pour la famille et les collègues, et un autre sur lequel je peux m'exprimer librement, avec mes amis qui sont plus ouverts. »

Longeant dans son quartier des murs couverts de versets coraniques et marchant d'un pas pressé pour éviter les regards de ses voisins, Karim al-Banna a lui aussi des envies d'ailleurs : « Tout ce que je veux maintenant, c'est quitter l'Égypte. Il n'y a aucune vie possible pour les athées ici. »

 

Tag(s) : #Ni Dieu ni Allah

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