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Nous avons repris les résultats électoraux du Front national de ces 40 dernières années. À quelles occasions progresse-t-il ? Réponses sans appel !

 

Par JÉRÔME BÉGLÉ

 

Fondé en 1972, le Front national est pendant plus de dix ans quasi groupusculaire. Jean-Marie Le Pen obtient 0,75 % des voix aux élections présidentielles de 1974. Il ne parvient pas à recueillir 500 signatures pour se présenter en 1981. Il n'a alors ni élus locaux, ni tribunes pour s'exprimer, ni relais d'opinion. 

En 1983, il adresse une lettre au président de la République François Mitterrand pour se plaindre de l'ostracisme dont son parti et lui-même sont la victime. Le chef de l'État s'en ouvre au patron d'Antenne 2. Le Pen est alors l'invité de L'Heure de vérité, le 13 février 1984. Pendant près d'une heure et demie, il se joue des questions de François-Henri de Virieu, Alain Duhamel et Jean-Louis Servan-Schreiber. Une star est née ! Le 17 juin suivant, les élections européennes envoient dix candidats du FN à Strasbourg. Le 16 mars 1986, 35 députés d'extrême droite sont élus à la proportionnelle au Palais-Bourbon, privant le RPR et l'UDF d'une majorité absolue. 

Deux ans plus tard, au terme de la cohabitation de la droite avec François Mitterrand, Jean-Marie Le Pen arrive en quatrième position à la présidentielle derrière le président socialiste sortant, Jacques Chirac et Raymond Barre, avec un peu plus de 14 % des suffrages exprimés. Quelques semaines plus tard, Marie-France Stirbois est la seule députée frontiste à être élue. Précision : entre-temps, le mode de scrutin a changé et est redevenu majoritaire et non proportionnel. Pendant les deux années de la cohabitation, le FN fait du surplace, même si son leader intègre "la bande des quatre" de l'époque.

Le choc du 21 avril 2002

Les années 1990 permettent au FN de consolider son ascension dans les villes. Orange, Toulon, Marignane tombent en 1995 dans son escarcelle et Vitrolles deux ans, plus tard. Mais des querelles internes commencent à affaiblir le parti. En décembre 1998, Bruno Mégret et quelques barons claquent la porte du Front national pour créer un rassemblement concurrent. En 1995, Jean-Marie Le Pen obtient 15 % des voix à la présidentielle et occupe une fois encore la quatrième place. Sa progression est faible mais continue : en sept ans, il grappille à peine 200 000 voix sur un total de 4,5 millions. Il échoue à devenir le troisième homme, mais l'extrême droite est désormais enracinée et présente sur tout le territoire. En 1997, Jacques Chirac dissout l'Assemblée nationale. Le Pen n'en profite pas. Son parti n'envoie qu'un seul député au Palais-Bourbon et se contente de moins de 15 % des voix. Les deux premières années du septennat du leader du RPR marquent un léger reflux du FN. 

Pendant les cinq ans de Lionel Jospin à Matignon, Le Pen redresse spectaculairement la tête. Arrive en effet le choc du 21 avril 2002. Le Parti socialiste mord la poussière dès le premier tour et le leader d'extrême droite se qualifie pour le second. Avec 4 804 713 voix, il devance Lionel Jopsin d'un peu moins de 200 000 bulletins. Les années suivantes marquent une reprise en main du vieux chef sur son appareil politique. Jacques Bompard, le maire d'Orange, et Marie-France Stirbois sont mis à l'écart. Les scrutins locaux du quinquennat Chirac ne se montrent guère favorables. Le Front n'envoie que très peu d'élus dans les exécutifs départementaux, régionaux et municipaux. En 2007, Jean-Marie Le Pen n'obtient que 10,44 % des voix à la présidentielle. Il est en recul de plus de 6 points par rapport à 2002. 

Les législatives suivantes sont pires : 4,3 % des suffrages et un recul supérieur à sept points en cinq ans ! Les municipales de 2008 sont une déroute, les listes lepénistes ne dépassent pas 1 % et seules Perpignan, Mulhouse et Toulon comptent des conseillers municipaux frontistes. Certains politologues annoncent alors la balkanisation du FN, sa banalisation, voire son acte de décès. Le parti continue de perdre ses cadres : Jean-Claude Martinez, Carl Lang et quelques autres quittent le paquebot qui prend l'eau de toute part et ploie sous une dette insupportable. 

Deuxième, troisième ou quatrième, mais jamais premier !

Les régionales de 2010 provoqueront le réveil du FN, qui peut se maintenir au second tour dans 12 régions. Comparativement aux régionales de 2004, le parti perd des voix globalement, mais progresse dans toutes les régions où ses listes restent en lice et atteint 17,5 % des voix au second tour, avec notamment 18,4 % pour la liste conduite par Thierry Gourlot en Lorraine, 19,3 % pour Michel Guiniot en Picardie, 19,4 % pour France Jamet en Languedoc-Roussillon, 22,2 % pour Marine Le Pen dans le Nord-Pas-de-Calais et 22,9 % pour Jean-Marie Le Pen en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Les trois premières années du quinquennat Sarkozy ne permettent pas au FN de repartir de l'avant.

En janvier 2011, le Menhir passe le flambeau à sa fille Marine. Il a remis sur les rails un parti encore convalescent. Quasi simultanément, le FN reprend son ascension. Il assainit ses finances, inaugure sa stratégie de la dédiabolisation, rajeunit ses cadres, forme des candidats aux élections locales et diversifie ses prises de parole. Cette stratégie porte ses fruits lors de la présidentielle de 2012. Totalisant 17,90 % des voix (6 421 426 voix) au premier tour, Marine Le Pen termine troisième, réalisant des résultats supérieurs à ceux de son père, crédité de 16,86 % en 2002. 

Au moment de l'élection de François Hollande, aucune élection et aucun sondage n'ont encore placé le Front national en première position. Au contraire des européennes de 2014, où, avec 24,86 % des voix, il arrive en tête et remporte 24 sièges. Les municipales du printemps 2014 lui offrent une dizaine de mairies : là aussi, du jamais-vu. Dès lors, la majorité des sondages place Marine Le Pen et son parti dans le top 2 des estimations de vote, que ce soit pour des scrutins locaux ou nationaux... Les départementales de la semaine prochaine marqueront une incontestable progression arithmétique. En 2011, le FN avait obtenu 15,06 % des suffrages au premier tour et avait finalement arraché deux sièges. Il fera cette année spectaculairement mieux.

Même si cette comparaison est biaisée par l'arrivée de Marine Le Pen à la tête du FN, qui a redonné de l'élan à une formation vieillissante qui s'essoufflait depuis plusieurs années, il est incontestable que le Front national a progressé dans les élections lorsque la gauche était au pouvoir et qu'il a plafonné et même régressé lorsque le RPR ou l'UMP étaient majoritaires. Cette observation est sans appel, même si les explications peuvent faire l'objet de multiples interprétations...

 

Tag(s) : #Nouvelles du front

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