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Vous avez sûrement entendu parler de l’histoire du « maillot de bain de Reims ». Une dispute a éclaté entre une jeune femme qui bronzait en bikini dans un parc et des passantes. Ce micro-fait divers a pris des proportions délirantes après que le journal local a laissé entendre qu’il pouvait y avoir un caractère religieux à l’affaire, ce qui a a rapidement été démenti par le parquet. Nous nous sommes amusés à reproduire ce « buzz » en laboratoire, en racontant une journée médiatique où rien ne tourne rond. Voilà, c’est une fiction, un délire. Rien d’autre

 

L’altercation a eu lieu devant le Micromania du centre commercial, là où l’odeur du McDo se mêle à celle des chaussures de Foot Locker. Les détails sont encore peu clairs, mais il ressort que Mohamed M. a bousculé deux lycéens qui s’embrassaient goulument après avoir dîné en amoureux au Subway.

9 heures. Un témoignage anonyme arrive au Messager de Montceau, le journal du coin. Gauthier, le journaliste permanencier, passe quelques coups de fil pour se rencarder sur les protagonistes. L’histoire tient debout. Subtilement, dans son article, il glisse une petite allusion :

 

« Vacances scolaires, canicule, fin du ramadan et des privations : Mohamed, qui porte le même nom que le prophète de l’islam, est sur les dents. »

Quelques minutes après la publication, le rédacteur en chef a la voix d’un animateur de seconde zone surexcité par son invitation à « Fort Boyard » :

« Gauthier, on est en train de battre le record du sosie d’Hitler devenu SDF. Les compteurs s’affolent. »

« Cinq piliers de l’islam, quatre de trop »

9h45. Très vite, les médias nationaux s’emparent de l’histoire. Le Figarovox décide de commencer léger, histoire d’avoir de la marge. « Un musulman s’en prend à des amoureux et à l’amour en général. » Un stagiaire écume le profil Facebook de Mohamed :

« Inch’Allah, le bak avec mension. »

La chute de l’article incite à la réflexion :

« Quand on ne s’en remet plus aux professeurs pour avoir son bac, mais à Allah, toutes les dérives sont possibles. »

11h10. Les journalistes sont à la poursuite de Mohamed. Il aurait été vu au zoo de Thoiry avec son cousin, qui s’appelle aussi Mohamed. On s’y perd.

Les premiers détails arrivent au compte-goutte. Son père aurait participé deux fois à Intervilles et aurait demandé à décapiter la vachette. Joint par BFMTV, son cousin témoigne :

« Il se reconnaît dans les cinq piliers de l’islam mais pour le reste, c’est des conneries. C’est une embrouille de lycéens. »

Sur Twitter, Eric Ciotti s’interroge :

« Aujourd’hui, c’est cinq piliers. Et dans dix ans ? 50 ? Les musulmans sont trop gourmands. A un moment donné, il faut en choisir un. »

Puis se lâche :

« Fier de mon bécot, fier de mon drapeau. »

La baklawa

12 heures. Florian Philippot a perdu les clés de BFMTV. Il convoque directement les journalistes chez lui pour une interview exclusive. Ces derniers arrivent en hélicoptère du 93 après avoir tourné un sujet sur « ces écoles où on ne s’embrasse plus ».

12h04. Philippot est sur i>Télé.

12h07. Sur France 24. En anglais, français et arabe.

13 heures. Gauthier, l’instigateur de la polémique, est harcelé de coups de fil. A la rédaction, les premiers témoignages écartent la thèse du geste islamique. Ce ne serait qu’une histoire de jalousie. Son chef le prévient :

« Tu nous a mis dedans avec tes histoires d’Ottomans. »

Sur Twitter, la rédaction essaye quand même de calmer la polémique en postant une photo de baklawa :

« Le ramadan est terminé. Est-il tabou de le rappeler ? Les chiens aboient, la caravane passe. »

13h20. Malek Boutih annonce sur les réseaux sociaux qu’il fignole un rapport sans concession intitulé « Sexe, tendresse et djihad ». Sur i>Télé, il explique qu’il a interrogé Brigitte Lahaie, Clara Morgane, son ex et Difool de Skyrock.

13h25. Le délégué interministériel à la Lutte contre le racisme et l’antisémitisme demande à ce que le « French kiss » soit enseigné en cours d’éducation civique et remplace sa photo de profil par un extrait de « Love », le film semi-pornographique de Gaspar Noé :

« L’indignation ne peut pas être sélective. Les coincés, on les traquera jusque dans les toilettes. »

« Mouille-moi le sillon naso-labial »

13h30. SOS Racisme organise un sit-in avec des pancartes :

  • « Pour la tolérance, mouille-moi le sillon naso-labial » ;
  • « Nettoie ma prémolaire pour la République ».

Très vite, la mobilisation dérape. Un manifestant en accuse un autre d’avoir embrassé sa copine et celle de son frère. Dans la confusion, Dominique Sopo, président de l’asso, prend un gnon. Sur Twitter, il affiche sa détermination :

« Daesh peut foutre la merde en Syrie, mais SOS Racisme est un autre morceau. #Résistance #LesJuillettistesSontCharlieAussi. »

14 heures. Un enfant de 5 ans est entendu par la police. Il aurait refusé de rouler une pelle à sa directrice, qui témoigne dans Le Figarovox. Une interview « sans concession » :

« Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre vos responsabilités ?

– On a un test pour le sida, le cancer du sein, mais pas pour les islamistes. Si vous avez une meilleure idée, je prends. »

15 heures. Mohamed est réveillé par sa mère, qui voit qu’on parle de lui à la télévision, juste après « Les Feux de l’amour ». Il appelle toutes les rédactions. Et écrit un texte sur Facebook, sous le coup de l’émotion :

« Alo quoi. t’as eu ton diplome de journaliste dans une pochette surprize. comme quoi je seré un islamiste non mé n’impote koi vas y vien c juste lotre y ma lourdé arrété vos délires SVP. »

Par pudeur, les rédactions nettoient les fautes d’orthographe et font de gros inters sur la phrase :

« Je suis musulman, c’est vrai, mais Daesh, je trouve que c’est abusé ».

Boubakeur sans meuf

16 heures. La rubricarde du Monde est un peu éberluée. Elle titre : « En gros, il ne s’est rien passé ». Elle se demande pourquoi elle fait un article sur une histoire de cassos et de centre commercial. Dans le même temps, le quotidien publie une tribune d’un lecteur musulman :

« On ne peut plus s’embrouiller quand on est bronzé ? »

La contre-enquête est en cours et montre que Dalil Boubakeur voulait aller à la Kiss Pride, mais n’a pas trouvé de meuf. Manuel Valls convoque la presse :

« Pas d’amalgames, nos compatriotes musulmans savent aussi mettre la langue. Pour ceux qui s’y refusent, nous serons fermes. »

16h30. Gauthier s’isole dans les toilettes pour pleurer et appeler sa mère :

« Je fais quoi maintenant ?

– T’inquiète pas. Ce soir, tu décompresses au karting. »

Alors qu’il s’apprête à s’excuser, son chef le gifle :

« On vient de donner ton nom à “Sept à huit”. Tu vas aller témoigner. »

17 heures. Le Point annonce que Mohamed aurait des accointances avec le Hamas. En décortiquant ses messages sur Facebook, la rédaction aurait découvert que le jeune homme trouvait le mouvement « exki [exquis, ndlr] ». Trois heures plus tard, l’article est dépublié du site. Mohamed parlait de « houmous ». Il reste suspect.

« Mohamed et Amandine »

17h15. L’AFP affirme que Christine Tasin, de Riposte laïque, a essayé de pénétrer à la mosquée de Paris enduite de graisse de porc :

« Ses mains glissaient, donc elle n’a pas pu ouvrir la porte. »

19 heures. La contre-enquête montre que Mohamed était fou amoureux d’Amandine. Qu’elle l’avait repoussé pour la treizième fois en quatre jours. « Non, j’ai pas envie d’aller manger un sandwich à la dinde à la Brioche dorée. » Le motif de l’agression serait une peine de cœur.

Francis Lalanne décide de composer une chanson : « Mohamed et Amandine ». Les deux familles s’y opposent.

Le lendemain. Confus, Le Messager de Montceau trouve une pirouette à la une de son édition du jour :

« Pourquoi l’affaire du bisou s’est tant emballée. »

 

Nour K. | Journaliste 
Joël D. | Assis

Tag(s) : #Nouvelles du front

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