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Mohammed Tamimi, 15 ans, blessé grièvement par un tir israélien en décembre 2017

 

 

L’armée israélienne semble ne plus reculer devant rien pour briser la résistance, pourtant pacifique, de la famille Tamimi, au coeur de la Cisjordanie occupée.

 

La propagande israélienne s’est longtemps efforcée de stigmatiser comme « terroriste » toute forme de résistance de la part de la population palestinienne, dans les territoires occupés depuis 1967. L’amalgame est donc ancien entre les attaques menées en Israël, d’une part, à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, d’autre part, ainsi qu’entre les attentats visant les forces de sécurité, d’une part, et les civils israéliens, d’autre part. L’acharnement actuel à l’encontre d’une famille de Cisjordanie, les Tamimi, est pourtant sans précédent dans l’énergie déployée par Israël pour humilier des partisans revendiqués de la non-violence, et ce en s’attaquant aux plus vulnérables d’entre eux, les adolescents.

LE PROCES A HUIS-CLOS D’AHED TAMIMI

Le village cisjordanien de Nabi Saleh, à une trentaine de kilomètres au nord de Ramallah, est flanqué depuis 1977 de  la colonie israélienne de Halamish, dont les quelque 1300 résidents sont désormais deux fois plus nombreux que les habitants de Nabi Saleh. A partir de 2009, une marche hebdomadaire est organisée par les Palestiniens pour protester contre l’occupation, et plus particulièrement contre le détournement de l’eau au profit des colons. Des incidents éclatent parfois entre les militaires israéliens et les militants palestiniens, dont l’arme principale est la caméra, afin de diffuser leurs témoignages sur les réseaux sociaux.

C’est ainsi qu’Ahed Tamimi, née en 2001 dans une fratrie de quatre enfants, est filmée en 2012 et en 2015, défiant les soldats israéliens dans des images qui font le tour du monde. Blonde aux yeux bleu, l’adolescente tranche avec les clichés généralement associés aux protestataires arabes. Ses provocations à mains nues valent surtout réhabilitation de l’image de Palestiniens trop souvent humiliés et impuissants. Le 15 décembre 2017, la toute récente reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël donne à la manifestation hebdomadaire de Nabi Saleh une intensité inédite. Mohammed Tamimi, un des cousins d’Ahed, âgé de 15 ans, est blessé par un tir israélien en pleine tête. Une heure plus tard, Ahed est filmée bousculant deux militaires qui avaient pénétré dans la cour de la maison familiale et qui gardent leur calme.

L’opinion israélienne, chauffée à blanc par les ultra-nationalistes et les colons, s’indigne de l’affront qu’aurait ainsi infligé l’adolescente à l’honneur d’Israël. Michael Oren, ancien ambassadeur à Washington et aujourd’hui vice-ministre, révèle qu’une enquête secrète a été diligentée sur le fait que les Tamimi pourraient être, non pas une famille authentique, mais… des acteurs rémunérés. Dans la nuit du 18 au 19 décembre, les forces d’occupation interviennent sans ménagement au domicile des Tamimi. Les images de l’arrestation d’Ahed sont largement diffusées, cette fois par l’armée israélienne. Sa mère Nariman est elle aussi incarcérée, ainsi qu’une de ses cousines, âgée de 20 ans, depuis libérée sous caution. Ahed demeure en revanche détenue à la  prison militaire d’Ofer, en Cisjordanie occupée, et passe son dix-septième anniversaire en captivité. Sa première audience, le 13 février 2018, initialement ouverte au public, se poursuit à huis-clos. La deuxième audience, prévue au 11 mars, est repoussée au 21. Douze chefs d’inculpation pèsent sur Ahed, qui risque de très longues années de prison.

LA DOUBLE PEINE DE MOHAMMED TAMIMI

Mohammed Tamimi, le cousin d’Ahed grièvement blessé le 15 décembre 2017, avait déjà été arrêté le 24 avril précédent, au cours d’une intervention de l’armée d’occupation, en pleine nuit, au domicile familial. Soupçonné d’avoir jeté des pierres contre une jeep de l’armée, quelques jours plus tôt, il avait été détenu durant trois mois et condamné à une amende de 3000 shekels (l’équivalent de 700 euros). Age alors de 14 ans, il n’avait eu droit lors de cette incarcération ni à l’assistance d’un avocat, ni à une visite de sa famille. Le 15 décembre, Mohammed, inquiet d’une incursion des militaires israéliens dans Nabi Saleh, grimpe sur une échelle pour les surveiller du haut d’un mur. A peine sa tête aperçue, elle est frappée d’un projectile improprement appelé « balle en caoutchouc », puisqu’il s’agit d’une bille de métal recouverte d’une simple couche de caoutchouc.

Pour mémoire, les règles d’engagement des forces israéliennes sont censées proscrire le tir d’une « balle en caoutchouc » au-dessus de la ceinture, afin de préserver justement son caractère non-létal. Il faudra six heures d’opération chirurgicale à Ramallah pour que Mohammed, au crâne gravement atteint, soit prononcé sain et sauf. Mais il conserve de profondes séquelles, visibles sur la photographie ci-dessus. L’histoire aurait pu en rester là, un adolescent palestinien de plus marqué à jamais dans sa chair. Mais les troupes d’occupation interviennent de nouveau à Nabi Saleh, dans la nuit du 25 au 26 février 2018, arrêtant dix villageois, dont Mohammed Tamimi. Détenu au secret et soumis à de multiples pressions, le jeune garçon aurait « confessé » que sa blessure serait le résultat, non d’un tir israélien, mais d’une très mauvaise chute de vélo. 

Les autorités militaires en Cisjordanie (COGAT/Coordination of Government Activities in the Territories) célèbrent de tels « aveux » et qualifient plus généralement de « fake news », voire de « culture du mensonge » les témoignages des Tamimi. Le message fait mouche en Israël où cette campagne de dénigrement permet opportunément d’occulter la banalisation des violences à l’encontre d’adolescents palestiniens: des centaines d’enfants, de 12 à 18 ans, sont traduits chaque année devant les tribunaux israéliens, 85% d’entre eux ayant eu les yeux bandés et 95% d’entre eux ayant été menottés. 350 mineurs palestiniens sont aujourd’hui emprisonnés dans des centres israéliens de détention, selon Amnesty International, qui qualifie Ahed Tamimi de « Rosa Parks palestinienne ». La référence à l’icône des droits civiques aux Etats-Unis est lourde de sens, rappelant que le sort réservé par Israël aux Tamimi dépasse de loin le cas de cette famille de Cisjordanie.

 

Tag(s) : #Palestine

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