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La pandémie a propulsé les besoins humanitaires à un niveau historique. Pour y répondre, les Nations unies ont lancé ce mardi un appel record de 35 milliards de dollars, mettant en garde contre le risque de voir s'évanouir des décennies de progrès.

Une année comme aucune autre. L’ONU, qui a publié ce mardi son plan d’action humanitaire pour 2021 et l’appel aux dons pour le mettre en œuvre, souligne que le choc social, économique et sanitaire lié à la pandémie de Covid-19 a propulsé les besoins à un niveau inédit. L’an prochain, selon ses estimations, 235 millions de personnes auront besoin d’assistance, en hausse de 40% en un an. A travers une trentaine de plans d’action couvrant 56 pays vulnérables, l’organisation espère venir en aide à 160 millions d’entre elles. Pour y parvenir, elle lance un appel record de 35 milliards de dollars (29 milliards d’euros).

Si la pandémie n’a épargné aucun pays, son impact n’a pas été le même pour tous. «Dans les pays pauvres, ce n’est pas tant le virus qui tue, mais les conséquences de la contraction économique», dit à Libération Mark Lowcock, le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires. Augmentation des prix de la nourriture, chute des revenus, des exportations et des envois de devises par la diaspora, interruption du tourisme, des programmes de vaccination, fermeture des écoles, impact des confinements : les plus vulnérables ont été disproportionnellement touchés par les multiples conséquences de la pandémie.

Le retour des famines

A tel point, s’alarme l’ONU, que des décennies de progrès humanitaires sont aujourd’hui menacées. Pour la première fois depuis les années 90, l’extrême pauvreté a augmenté cette année. «La réduction de la pauvreté a subi son pire revers depuis des décennies, après près d’un quart de siècle de déclin constant. Aucune maladie antérieure n’est devenue une menace mondiale aussi rapidement que le Covid-19», soulignait début octobre la Banque mondiale. Dans son rapport publié ce mardi, l’ONU s’inquiète d’un possible doublement annuel des morts liés au VIH, à la tuberculose et au paludisme.

Surtout, «de multiples famines se profilent à l’horizon», tempête Mark Lowcock, qui n’a eu de cesse, ces dernières semaines, de tirer la sonnette d’alarme. Début novembre, lors d’une réunion du Conseil de sécurité consacrée au Yémen, qui traverse depuis plusieurs années la pire crise humanitaire mondiale, le patron de OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires) a décrit de manière très concrète les souffrances physiques liées à la famine : le métabolisme qui ralentit, les défaillances du système immunitaire puis des principaux organes, le corps qui dévore ses propres muscles, jusqu’au cœur, entraînant la mort.

«Je voulais rappeler à tous que la famine est un événement extrême, une chose atroce et humiliante qui ne devrait pas arriver, car il y a aujourd’hui plus de nourriture par personne sur la planète que jamais, confie-t-il à Libération. Le fait que des millions de personnes soient menacées de famine, notamment au Yémen, est le résultat de choix politiques, faits notamment par ceux qui ont le pouvoir d’arrêter cela.»

 
Climat et conflits

Car le Covid-19 n’a fait qu’aggraver, certes considérablement, une situation humanitaire déjà catastrophique, sous le double effet de crises climatiques de plus en plus extrêmes et de conflits de plus en plus nombreux et durables. Entre 2015 et 2020, le nombre de personnes ayant besoin d’assistance, selon les estimations de l’ONU, est ainsi passé de 78 à 168 millions.

Le Yémen, ravagé depuis 2014 par une guerre multiforme, à la fois civile et régionale, continue de subir la pire crise humanitaire dans le monde. Tous les voyants y sont au rouge. Les combats se sont intensifiés, le nombre de fronts passant de 33 à 47 depuis le début de l’année. L’impact du blocus économique, la pénurie de carburant, les pluies torrentielles et la menace des criquets pèlerins ont exacerbé la situation. Plus de 24 millions de Yéménites ont besoin d’aide, dont 19 millions, souligne l’ONU, «dans des zones difficiles d’accès, où le conflit armé et l’insécurité, les contraintes bureaucratiques et les défis logistiques»compliquent la livraison d’aide.

L’accès aux populations dans le besoin est aussi un défi en Syrie, où, sous pression de la Russie, le nombre de points de passage frontaliers pour acheminer l’aide dans le nord du pays a été drastiquement réduit cette année, passant de quatre à un seul. «C’est évidemment plus compliqué, mais nous avons pu nous adapter», tempère Mark Lowcock, qui souligne toutefois que la situation dans la région d’Idlib, ultime bastion rebelle dans le nord-ouest du pays, est extrêmement préoccupante. Le coronavirus se propage dans les camps, où des millions de déplacés s’entassent dans des conditions totalement inadéquates pour affronter le dur hiver syrien. Dans le pays ravagé par la guerre depuis près de dix ans, l’ONU estime que 13 millions de personnes auront besoin d’assistance en 2021. Pour en aider 10,5 millions, l’organisation demande 4,2 milliards de dollars.

Choix crucial

Dans un communiqué, et alors que seule la moitié des fonds nécessaires a été levée en 2020, le patron de l’ONU, Antonio Guterres, a exhorté les pays contributeurs à faire davantage d’efforts pour soutenir un «système humanitaire» qui a «de nouveau fait ses preuves en 2020, en fournissant nourriture, médicaments, abris, éducation et autres produits essentiels à des dizaines de millions de personnes». «La crise est loin d’être terminée. Les budgets de l’aide humanitaire sont confrontés à de graves pénuries alors que l’impact de la pandémie mondiale continue de s’aggraver. Ensemble, nous devons mobiliser des ressources et nous montrer solidaires avec les personnes qui vivent des moments très sombres», a ajouté le secrétaire général des Nations unies.

Selon un récent rapport du FMI, les gouvernements nationaux ont mobilisé cette année 19 500 milliards de dollars pour soutenir leurs économies et leurs citoyens. L’appel humanitaire de l’ONU pour 2021 représente à peine 0,002% de cette somme. «Les pays riches ont jeté aux oubliettes les règles de politique fiscale et monétaire», note Mark Lowcock, qui estime que le monde fait face désormais à un choix crucial : «Laisser 2021 être l’année du grand renversement et du délitement de 40 ans de progrès humain, ou déployer les efforts et l’argent nécessaires pour nous remettre sur la bonne voie.»

Frédéric Autran

Tag(s) : #Nouvelles du front

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