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Si l'on comparait les restrictions imposées aux Noirs sud-africains sous le régime de l’apartheid à celles que subissent les Palestiniens sous occupation israélienne, on verrait qu’il n’y a partiquement aucune différence. Or personne ne se soucie des souffrances du peuple palestinien. C’est une énorme lacune dans le traitement de l’information aux États-Unis, qui nous empêche de comprendre les racines de la rage qui couve contre nous au Proche-Orient. Il ne faut pas oublier que lorsqu’il y a une attaque aérienne à Gaza, dans des camps de réfugiés palestiniens comme Khan Younès, ce sont des F16 ou des hélicoptères Apache qui leur tirent dessus avec des armes bien de chez nous. Ne pas oublier non plus que nous donnons trois milliards de dollars par an aux Israéliens, et plus de dix milliards de dollars en garanties d’emprunt. Sans ces garanties, leur occupation cesserait d’elle-même. Nous sommes donc complices de ce qui se passe, mais nos médias font semblant de l’ignorer.



Depuis 1967, les Palestiniens sont soumis à une occupation épouvantable. Ils ont plaidé, supplié, cajolé. Ils ont demandé, aux Nations unies et ailleurs, que le monde leur prête une oreilel plus attentive. Mais c’est comme si on les avait parqués derrière un énorme mur de verre. On passe devant, on n’entend pas leurs cris, on ne leur jette pas le moindre regard. À croire qu’ils sont invisibles. Après des dizaines d’années de mauvais traitements, d’indignités et d’humiliations, ils ont surgi à travers le mur de verre, fous de rage, le visage dégoulinant de sang et nous, nous avons paniqué. Nous n’avions qu’une envie : nous débarrasser d’eux. Je pense que notre incapacité à comprendre ce qu’ils subissent depuis si longtemps a des conséquences graves.[…] Nous ne nous débarrasserons pas de la résistance irakienne en bombardant Falloujah. Et les Israéliens ne feront pas taire l’opposition en lâchant des bombes à fragmentation ou des obus de mortier sur les camps de réfugiés


Au cours de l’été 2014, j’ai pris huit jours de congé pour me rendre à Khan Younès, un camp de réfugiés palestiniens dans la bande de Gaza. Ce camp forme un fer à cheval entouré de colonies israéliennes qui arrivent pratiquement jusqu’au grillage. Le premier jour, dans l’après-midi, j’ai entendu le haut-parleur d’une jeep de l’armée israélienne : « Ta-al, ta-al », ce qui veut dire « venez » en arabe. Puis les soldats israéliens ont commencé à insulter de jeunes Palestiniens qui jouaient au foot : «  Ibn sharmouta  » (« fils de pute ») et autres horreurs de ce genre. Les gamins, âgés à peine de dix ou onze ans, se sont mis à jeter des pierres sur la jeep, qui était blindée et se trouvait de surcroît derrière une clôture électrifiée. Il y avait peu de chances que les cailloux l’atteignent ou lui fassent mal ! Les soldats sont sortis de la jeep et se sont mis à tirer à balles réelles sur les enfants. J’étais pétrifié. Même à Sarajevo, où des tireurs embusqués abattaient des gamins, je n’avais jamais vu des militaires provoquer des gosses pour les attirer dans un piège puis leur tirer dessus comme des lapins. J’y suis retourné tous les jours, et chaque après-midi la scène s’est répétée.


J’ai assisté aux funérailles de tous les enfants tués, je suis allé voir à l’hôpital ceux qui étaient blessés. J’ai pris soin de noter le nom de chaque victime, ainsi que le lieu et la date des tirs reçus, et j’ai tout balancé dans un article qui a fait la une du Harper’s Magazine le 1er octobre 2001. Les réactions ont été hystériques. Les Israéliens étaient fous de rage, de même que leurs partisans aux États-Unis, mais ils ne pouvaient rien contre mon reportage, qui était en béton. Alors ils m’ont attaqué personnellement, en tant que journaliste mais aussi en tant qu’individu. Chaque fois que je donnais une conférence dans une fac, elle devait engager des vigiles supplémentaires pour faire face aux manifestations lancées contre moi. Les appareils électroniques étaient interdits, personne n’avait le droit d’entrer ou de sortir de la salle pendant mon topo, tellement la tension était vive. Cela montre bien l’étendue de notre ignorance. J’ai fini par comprendre que si je suscitais une colère aussi viscérale, c’est parce que je ne me contentais pas de rapporter quelques vérités déplaisantes sur l’occupation, mais que je retournais le joker que les partisans d’Israël brandissent à chaque fois, à savoir leur statut de victimes. À Gaza, les victimes étaient palestiniennes, pas israéliennes.

Chris Hedges,  grand reporter au New York Times :

Tag(s) : #Palestine

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