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On pense parfois que la guerre menée par l’armée israélienne contre le peuple palestinien est compliquée et sans solution. Ce n’est pas vrai. Dans cette guerre, il y a un occupant et un occupé.

 

Il y a un pays (la Palestine) dont la société est méthodiquement détruite : on abat les arbres, on confisque les terres, on détruit les maisons par quartiers entiers, on assassine impunément, essentiellement des civils et des enfants immédiatement qualifiés de « terroristes », on étrangle l’économie, on boucle la population en construisant le mur de la honte, on humilie, le  droit international est quotidiennement violé.

 

Tout a commencé avec un mensonge historique : la Palestine n’était pas « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Un peuple vivait là et il n’est pas parti de son plein gré. Il a été expulsé en 1948 et c’est aujourd’hui en grande partie un peuple de réfugiés.

 

L’Occident a fait payer et continue de faire payer au peuple palestinien sa proprre culpabilité dans la persécution des Juifs, l’antisémitisme et le génocide Nazi. Sauf que les Palestiniens n’avaient rien à voir avec cette persécution.

 

La fin de la guerre repose sur des principes simples : la reconnaissance de la Naqba (la catastrophe) de 1948, l’arrêt de l’occupation, le démantèlement et l’évacuation de toutes les colonies établies dans les territoires occupés en 1967, le droit au retour des réfugiés. Elle repose sur des droits égaux et une égale dignité pour les deux peuples.

 

Les différents gouvernements israéliens n’ont jamais renoncé à écraser le peuple palestinien, à l’expulser au-delà du Jourdain en réalisant ainsi le projet historique de la droite sioniste (Jabotinsky prônait cette « solution » dès 1930) ou à le confiner dans une espèce de bantoustan non-viable. La guerre est alimentée par la convergence d’intérêt entre la droite chrétienne américaine qui a porté Reagan puis Bush au pouvoir et une partie de la société israélienne qui veut recréer le royaume légendaire décrit dans la Bible. Ce projet de « Grand Israël » excluant et persécutant « l’autre » est un cauchemar pour tous les peuples.

Il n’y a pas de solution militaire à cette guerre. La paix repose sur un basculement de l’opinion publique. Et notamment de l’opinion publique juive, en Israël et hors d’Israël. Un peu comme le basculement de l’opinion publique française qui avait permis la fin de la guerre d’Algérie, ou celui des Blancs d’Afrique du Sud qui a permis la fin de l’Apartheid. Bien sûr, c’est avant tout la résistance opiniâtre du peuple palestinien, son refus de capituler, d’accepter l’occupation et l’expulsion qui déclanchera ce basculement. Mais l’opposition juive à la guerre a un rôle à jouer.

 

En Israël et en Europe, des Juifs se sont organisés. Ils ne supportent plus ce qui est fait « en leur nom » par une armée d’occupation. Ils ne supportent plus l’utilisation de l’antisémitisme ou du génocide Nazi pour justifier la destruction de la société palestinienne. Et ils pensent qu’ils ont un rôle spécifique à jouer pour faire basculer l’opinion, pour expliquer que cette guerre n’est ni ethnique, ni communautaire mais que l’enjeu fondamental, c’est la Justice et l’Egalité des Droits.

 

L’opposition en Israël

 

Le pays subit à présent les conséquences de la guerre. Il vit une grave crise à la fois politique, économique et morale. La pauvreté et le chômage se développent. Israël était censé « apporter la sécurité » aux Juifs. Nulle part au monde, ils ne sont autant en insécurité. Le nombre d’Israéliens vivant à l’étranger est passé, depuis la deuxième Intifada, de 500000 à 800000.
L’opposition à l’occupation est diverse. Même si elle est minoritaire, elle concerne à présent diverses catégories de la population. Il y a ceux (les plus nombreux) qui pensent que l’occupation salit la société, la déshonore et est immorale. Pour les plus radicaux, c’est tout le projet « d’Etat juif » qui est à remettre en cause. Il n’y a plus de consensus en Israël et il existe une majorité hostile aux colons.

 

L’opposition la plus dangereuse pour Sharon, c’est celle des soldats. Il existe

actuellement 1400 refuzniks dont nombre de femmes. Le mouvement le plus ancien (Yesh Gvul) a été fondé en 1982 lors de l’invasion du Liban. Il vient en aide au niveau financier et judiciaire aux objecteurs. Les condamnations pour refus de servir dans les territoires occupés sont de 28 jours reconductibles. Yesh Gvul organise des veilles devant les prisons militaires. Les objecteurs les plus politiques (comme Yonathan Ben Artzi) ont été très lourdement condamnés (un ou deux ans de prison). Plus récemment, « Seruv » (le courage de refuser) s’est créé en publiant un appel de 400 militaires dans le journal Ha’aretz. Seruv regroupe des réservistes de toutes les branches de l’armée y compris les pilotes. Ils viennent de faire une exposition photographique sur l’occupation à Hébron pour informer la population de ce qu’elle refuse de voir.

 

Il y a parmi les pacifistes radicaux des groupes et des personnalités politiques divers : Michel Warschawski, Goush Shalom (=le bloc de la paix) dont un des fondateurs, Uri Avnéry a rencontré Arafat dans les années 70, quand c’était considéré comme un crime, les journalistes Gidéon Lévy et Amira Hass (fille de déportés, elle vit dans les territoires occupés). Il y a les « nouveaux historiens » comme Ilan Pappé qui a réécrit la véritable histoire de la Naqba et qu’on a voulu chasser de l’université. Il y a des groupes à la fois Palestiniens et Israéliens comme Ta’Ayoush (= vivre ensemble) qui manifeste sur les barrages et contre le mur ou comme « l’association des familles endeuillées » (où milite Nourit Peled dont la fille est morte dans un attentat). Ses militant(e)s refusent la vengeance et exigent ensemble la fin de l’occupation.

 

Tous ces groupes, toutes ces personnalités sont minoritaires, insultés, considérés comme « traîtres ». Ils vivent très mal la dérive de la société israélienne et les crimes qui se multiplient. Mais c’est à partir de leur action que le basculement de l’opinion se fera.

 

La « gauche » travailliste qui est complice de la plupart des exactions contre le peuple palestinien (dont la construction du Mur, initiée par le ministre Ben Eliezer) est en crise et elle devra à terme se rallier à une vraie paix, basée sur l’égalité et la justice.

 

L’Europe : un enjeu

 

Pour faire basculer l’opinion, les Juifs de la diaspora ont aussi un rôle à jouer. Il faut d’abord savoir que la majorité des Juifs vivent hors d’Israël et n’ont aucune intention d’y émigrer, malgré toutes les tentatives des différents gouvernements israéliens pour les y inciter.

 

En France, il y a près de 700000 Juifs. Toutes les institutions communautaires sont sionistes et soutiennent inconditionnellement Israël, même quand son armée se livre aux pires exactions. Mais ces institutions (comme le CRIF) ne représentent qu’une minorité de Juifs. Du coup, le CRIF s’en prend violemment à ceux qui contestent sa prétention à parler au nom des Juifs.

 

Il existe une tradition des Juifs de la diaspora. Depuis la sortie du ghetto, nombre d’entre eux se sont intégrés. Ils ont adhéré à des idées laïques, universalistes. Ils ont participé à de nombreuses luttes pour l’égalité des droits.

 

L’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) s’est créée en 1994 mais elle s’est réellement développée depuis la deuxième Intifada. Elle a près de 400 adhérents (dont une soixantaine en région PACA). Elle fait partie d’un réseau de 18 associations européennes de Juifs pour la Paix.

 

Pour nous, il a été très difficile au départ de militer dans une association où figure le mot « Juif » puisque nous sommes clairement laïques et opposés à tout communautarisme. Nous l’avons pour plusieurs raisons.

 

D’abord avec l’idée « pas en notre nom » puisque tout est fait pour mélanger sciemment « Juif », « Sioniste » et « Israélien ». Il s’agit pour nous d’une manipulation et d’une perversion de l’histoire et des identités juives. Nous militons pour les droits du peuple palestinien « parce que Juifs » et pas « bien que Juifs ». Nous avons conscience d’être les héritiers de courants progressistes ou révolutionnaires.

 

Le sionisme est une idéologie qu’il est parfaitement légitime de dénoncer. Parce que les plus âgés d’entre nous ont connu la barbarie Nazi ou que beaucoup sont les héritiers de cette histoire (je suis fils de déporté résistant), nous ne supportons pas l’instrumentalisation de l’antisémitisme pour justifier l’injustifiable. Nous refusons l’idée folle que tout Juif doit soutenir Israël, quelles que soient les exactions de son armée. Nous nous insurgeons quand on parle de « colonies Juives » en Cisjordanie ou à Gaza. Il s’agit de colonies israéliennes et ces colons ont plutôt des valeurs communes avec les barbares qui ont persécuté les Juifs, à commencer par la négation de l’autre.

 

À l’UJFP, nous pensons aussi que nous avons un rôle à jouer avec celles et ceux qui soutiennent le peuple palestinien. En montrant que cette guerre n’est pas ethnique. En montrant qu’on peut être Juif et condamner sans faiblesse l’occupation et les colonies. En empêchant aussi toute dérive qui mélangerait Juif et Sioniste.

 

Nous participons aux actions des collectifs Palestine. À chaque manifestation, à chaque réunion publique, des gens nous découvrent et nous rejoignent parce que les valeurs que nous représentons ne sont pas si minoritaires.

 

Nous sommes avec le peuple palestinien et tous ceux qui luttent contre la barbarie israélienne, nous le serons toujours jusqu'a la victoire.

 

 

 

Pierre Stambul Vice-président de l'Union Juive Française pour la Paix.

 

 

 

 

Tag(s) : #Des juifs pour la Palestine

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