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Le Café culturel réunit autour de soirées slam ou d’expos tout ce que Saint-Denis compte de passionnés d’art et de culture. Une réussite qui pousse de plus en plus de Parisiens à franchir le Périphérique.

Demandez à un Parisien moyen ce qu’il pense de Saint-Denis, cette ville universitaire de la banlieue parisienne située tout au bout de la ligne 13 du métro, dont un fort pourcentage de la population est issu de l’immigration. Il vous répondra probablement qu’elle grouille d’agresseurs potentiels et de “sauvageons”. Les habitants de Saint-Denis, pour leur part, estiment que les médias sont responsables de la mauvaise réputation de leur ville et font remarquer que les Parisiens sont nombreux à fréquenter le marché en plein air qui s’y tient trois fois par semaine, un véritable melting-pot où s’étalent denrées alimentaires et vêtements de tous les continents.

Fils d’immigrés algériens, Brahim Lahreche est cofondateur et gérant du Café culturel [http://www.cafeculturel.org/], situé à côté de la basilique médiévale de Saint-Denis. Son mur de cartes postales – envoyées par des gens du coin depuis Tokyo, Dubaï, Téhéran, l’Algérie, le Brésil ou la Martinique – démontre à quel point les habitants sont attachés à leur café. “Je leur dis que chacun d’entre eux est un grain de sable et que j’ai maintenant une superbe plage !” raconte Lahreche.



 



le bistro traditionnel se meurt : vive les cafés malins de banlieue !

Il a fondé le Café culturel il y a dix ans avec celle qui était sa compagne à l’époque, Cristina Lopes. Il gère les affaires quotidiennes et elle organise des expositions artistiques à l’étage, ainsi que, les vendredis et samedis soir, des concerts de rock, de musique folk, de fado portugais et, surtout, des récitals de slam. Les Parisiens sont de plus en plus nombreux à fréquenter le café. “Au début, seules deux ou trois personnes venaient assister à nos soirées de slam. Maintenant, on ac­cueille parfois jusqu’à 300 personnes”, remarque Lahreche. Importé des Etats-Unis, le slam est une sorte de poésie crue : les performances rappellent parfois les compétitions sportives. “Nous avons été les premiers à faire du slam à Saint-Denis. Nous avons servi de plate-forme de lancement”, affirme fièrement Lahreche. Grand Corps Malade, un slameur connu en France, a été “découvert” au Café culturel. Avec Ami Karim, un autre slameur connu, ils continuent d’y présenter leurs textes. “J’ai assisté à l’évolution du slam,Aujourd’hui, les slameurs écrivent tous leur texte d’avance. Au début, c’était de l’improvisation, du vrai slam. Maintenant, certains récitent même avec un accompagnement musical.”

C’est Scott Haine, professeur d’histoire adjoint à l’université du Maryland et probablement le plus grand expert de la sociologie des cafés français, qui m’a emmenée au Café culturel. Le café est pourtant une institution en plein déclin en France. Depuis 1960, les Français ont diminué de moitié leur consommation de vin, et les cafés sont désormais des endroits qu’ils fréquentent de temps à autre, mais qui font rarement partie de leur routine quotidienne. Pourtant, Scott Haine semble convaincu qu’ils ne disparaîtront pas.“Au fur et à mesure que nous développons une dépendance envers les moyens de communication modernes, le fait de s’asseoir à côté d’une personne en chair et en os devient plus exotique, explique-t-il. Et c’est pour ça que les cafés ne disparaîtront pas. Les gens auront toujours besoin de contacts humains.” Et ce que Scott Haine a découvert au Café culturel, où les clients ont plus tendance à commander un thé à la menthe qu’un expresso, le passionne.




 



“Le Café culturel a réussi à donner un nouveau souffle à une vieille institution, à attirer une nouvelle clientèle et à créer une nouvelle force culturelle, affirme-t-il. Il y a soixante ou soixante-dix ans, on allait écouter Piaf à Montmartre. Aujourd’hui, on vient à Saint-Denis pour écouter du slam.” Pour lui, il existe des précédents historiques : l’apparition du swing et du jazz dans les boîtes de nuit de Harlem ou, dans les années 1920 et 1930, l’engouement des Parisiens de la classe moyenne pour les cafés-concerts des quartiers ouvriers de l’est et du nord de la capitale.

Aujourd’hui, les jeunes des quartiers de banlieue marchent dans les traces d’Edith Piaf, l’orpheline vagabonde de Belleville, de Maurice Chevalier, le petit garçon pauvre de Ménilmontant, et d’Yves Montand, le métallo italien de Marseille. Le Café culturel reçoit des subventions du département de Seine-Saint-Denis et, s’il n’intéressait pas aussi un public de plus en plus parisien, on pourrait cyniquement supposer qu’il ne constitue qu’une tactique pour cantonner les immigrés dans leur ghetto. La France a encore beaucoup de progrès à faire dans la lutte contre la discrimination.

“La crise économique ne nous aide pas, soupire Lahreche. Il existe un potentiel dans les banlieues. Beaucoup de jeunes démarrent comme moi leur propre entreprise. L’un de nos clients a lancé sa marque de vêtements et se rend régulièrement à New York.” Le président Nicolas Sarkozy a contribué à modifier les attitudes de la population en nommant trois ministres issus de minorités ethniques, même si c’était, selon Lahreche, “surtout pour la galerie”. Mais l’élection de Barack Obama a eu un impact plus profond. “Ça, c’est un vrai changement”, s’enflamme le propriétaire du Café culturel.

Lara Marlowe The Iris



 

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