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Bint Jbeil le 1 Aout 2006 après la visite de courtoisie de la glorieuse, invincible et morale armée israélienne.

 

Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes ( Le chant des partisans)

 

À Bint Jbeil, les combattants du Hezbollah ont battu l'armée israélienne.

 

L'homme marche dans les décombres qui jonchent la rue. «Ça a duré trois jours. Trois jours . Mais nous avons gagné», dit-il. Autour de lui, la rue principale de Bint Jbeil descend vers le centre d'une ville qui semble avoir été dévastée par un orage de feu et d'acier. Dans cette petite bourgade du Liban-Sud, s'est déroulé, au début de la semaine, le plus fort des combats entre les soldats israéliens et les combattants de la Résistance islamique, la branche militaire du Hezbollah.
 
La barbe noire taillée à la mode des miliciens du parti chiite libanais, vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise à carreaux, l'homme refuse de donner son nom. «Je serais obligé de vous mentir. Je peux seulement dire que je suis un habitant de Bint Jbeil. J'ai combattu les Israéliens. Mon groupe comprenait cinq combattants. Un a étév tué mais nous avons gagné. Nous les avons repoussés en leur infligeant de lourdes pertes.»
 
Après plusieurs jours de durs combats menés à moins de six kilomètres au nord de la frontière israélienne, l'armée israélienne s'est retirée après avoir perdu plusieurs dizaines de soldats et ravagé la ville. Les blindés israéliens, qui avaient pris position sur les hauteurs qui entourent Bint Jbeil, l'aviation et les batteries d'artillerie positionnées derrière la frontière ont fait pleuvoir conjointement un déluge de feu sur le centre-ville. La plupart des maisons sont éventrées, avec des pans de murs effondrés. Certaines ont été aplaties comme par un marteau géant. Les rideaux de fer des boutiques, arrachés par le souffle des explosions, grincent dans le vent, dans une odeur de poussière et de cadavres. Des animaux morts se décomposent dans les débris, parfois démembrés. «Vous voyez tout ça ? Eh bien c'est çà, Israël !», dit l'homme en repartant.
 
«Tout est détruit»
 
Beaucoup d'habitants de la ville ont fui dès le début des combats vers les villages chrétiens des alentours, îlots de paix dans le Liban-Sud en guerre. Quelques dizaines de personnes, surtout des personnes âgées, des femmes et des enfants, celles qui n'avaient ni voiture, ni argent, ni endroit où aller, sont restées prises au piège sous les bombes. Hier, profitant de l'accalmie, les derniers habitants de Bint Jbeil ont pris la route du nord. Poussant des vieillards sur des chaises roulantes, tirant leurs quelques possessions sur des traîneaux faits de morceaux de carton, transportant des enfants dans des brouettes sur la route écrasée de soleil, les rescapés semblent en pleine crise nerveuse. «Je ne peux plus rester, tout est détruit», dit Khadija Cherara, une vieille dame qui marche vers Tibnine. Une autre femme lève les bras vers le ciel, appelant un destin funeste sur l'État d'Israël.
 
En ville, au rez-de-chaussée d'une maison à moitié ruinée, une vieille femme impotente supplie qu'on lui donne de l'eau. Quelques ambulances de la Croix-Rouge libanaise sont arrivées hier pour la première fois jusqu'à Bint Jbeil, évacuant des dizaines de rescapés. À l'hôpital de la ville, clinique ultramoderne décorée de portraits de l'ayatollah Khomeyni et sérieusement touchée par plusieurs projectiles, le docteur Fouad Tahar s'apprête à quitter lui aussi la bourgade. «Je veux seulement être sûr qu'il n'y a plus personne en ville avant de partir», dit-il.
 
L'état-major israélien a expliqué peu après la fin des combats que Tsahal n'avait jamais eu l'intention de prendre la ville. Le chef du Hezbollah a de son côté annoncé que l'objectif de ses combattants n'était pas de tenir le terrain, mais d'infliger un maximum de pertes à l'ennemi. Pourtant, le retrait de Tsahal, après un combat terrestre d'une intensité rarement expérimentée par les soldats israéliens depuis 1973, est un échec symbolique important. Dans la guerre que se livrent les Israéliens et le Hezbollah au Liban-Sud, le contrôle de cette région de collines, où ont poussé un peu partout d'invraisemblables villas à colonnes construites par des Libanais de la diaspora, importe peu.
 
Les symboles ont en revanche une importance capitale. Bint Jbeil en est un. Après avoir été pendant plus de vingt ans celui de l'occupation israélienne de la région entre 1978 et 2000, et le siège du quartier général de Tsahal dans la zone, la ville était devenue celui de la victoire du Hezbollah. Quelques jours après le retrait israélien, en mai 2000, c'est là que Hassan Nasrallah était venu prononcer le discours de la victoire.
 
Devant des dizaines de milliers de personnes, les drapeaux jaunes du mouvement flottant au vent, le secrétaire général du Hezbollah expliqua que seule la lutte armée payait contre Israël, et que son mouvement avait démontré que Tsahal n'était pas invincible. Il appela les Palestiniens à suivre l'exemple du Hezbollah.
 
Quelques mois plus tard, éclatait la seconde intifada dans les Territoires palestiniens. Bint Jbeil est devenue ces dernières années un centre de commandement du Hezbollah au Liban-Sud. Les portraits des «martyrs» tués dans des attaques contre Israël bordent les routes. À tous les carrefours, on voit une photo géante de Nasrallah, barbu et souriant. La résistance et la victoire des militants  libanais face à la puissante armée israélienne à Bint Jbeil écorne sérieusement le mythe de l'invincibilité israélienne. Celles-ci auront à l'évidence, des répercusions considérables et pas exclusivement au Liban.
 
 
 
 
 
«Si on repart au Liban, on va mourir»

 

 Ce week-end, le commando des forces spéciales de l'unité d'élite Golani a eu droit à un repos du guerrier : après trois jours sans manger et sans dormir au Sud-Liban, les soldats sortis hagards de la bataille de Bint Jbeil ont été amenés dans un hôtel du bord de mer à Saint-Jean-d'Acre, samedi, pour reprendre leur souffle, parler à leur famille et retrouver le moral. C'est peut-être le plus dur pour ce commando entraîné, piégé à Bint Jbeil, encerclé par des combattants du Hezbollah. Il a perdu des dizaines d’hommes. La bataille précédente, à Maroun al-Ras, avait déjà coûté la vie à d’autres soldats de la brigade Golani..

 

  

Platoon. Joseph tente de regonfler les sept soldats sous ses ordres, avant la prochaine opération au Liban, demain ou après-demain. «Je ne pourrai jamais oublier ce qui s'est passé», dit-il, incapable de saisir le verre qu'on lui tend ou d'avaler un morceau de nourriture. Il parle du Vietnam. De Platoon : «C'était comme dans les films, on tirait de partout, les hommes tombaient en tournoyant.» Il parle des «terroristes» ­ les combattants du Hezbollah ­, qu'il découvre pour la première fois dans un corps à corps mortel : «J'ai été surpris de voir des hommes en uniforme impeccable, avec leur plaque de militaire recouverte de ruban noir pour ne pas briller dans la nuit, des chaussures cirées, une vraie armée. Ils sont très motivés,nous aussi.» A minuit, le commando Golani avait été débarqué de son bus à la frontière :«On nous a dit : "On va au Liban pour empêcher que les tirs continuent sur Israël." On part la nuit parce qu'on est équipé de lasers, ce qui nous avantage. Mais, à 4heures du matin, on est tombé dans une embuscade. Les terroristes nous attendaient.

 

 Le commandant Klein, un des officiers Golani mort au combat, se serait jetté sur une grenade pour sauver la vie de ses hommes derrière lui. Les deux unités seraient parvenus jusqu'aux maisons désertées de Bint Jbeil, QG chiite de la région, où elles auraient troué des armes, des documents du Hezbollah, des bunkers enterrés, des lance-roquettes, seul Ben Laden manque.... «On n'avait rien à manger, on était parti pour douze heures seulement, explique Joseph, on avait emporté seulement de l'eau.» Ils mangent des pommes de terre crues trouvées dans les maisons. Des dizaines de soldats de la brigade sont tués dont beaucoup d'officiers. Des dizaines d'autres, blessés, agonisent plusieurs heures dehors, sans pouvoir être secourus. Ils vont mourir. D'autres blessés hurlent. La brigade est encerclée pendant deux nuits et deux jours. Elle communique avec les forces aériennes pour diriger le pilonnage aux alentours. Finalement, l'aviation bombarde autour d'eux pour qu'ils puissent sortir des maisons, chercher les blessés et les morts. Ils marchent deux kilomètres pour atteindre une zone un peu dégagée où des hélicoptères se posent pour prendre les blessés et redécoller avant d'être touchés par un missile."On a marché avec une petite partie de nos morts dans des sacs, en évitant de regarder le visage pour ne pas savoir si c'est un copain, beaucoup de corps de nos camarades morts sont restés sur place" raconte Joseph. Entrainés à terroriser une population civile désarmée dans les territoires occupés, ces commandos "d'élite" ont eu la surprise dans une vraie guerre face à une vraie armée.

 

 

 

 

 

 

  

 
Tag(s) : #Nouvelles du front

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