Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog




Dans la province himalayenne du Ladakh, au nord de la ville de Leh et par-delà le fameux col du Khardung La, s’ouvre la vallée de la Nubra. Cette région est la dernière ouverte avant la frontière chinoise, mais c’est surtout une voie d'accès importante pour les échanges commerciaux entre Leh, la capitale du Ladakh, et les villages de la Nubra, riches en cultures fruitières.



C'est cet axe de communication et d'échange qu'une bonne centaine de villageois ont décidé de bloquer pendant trois longues journées, espérant ainsi que Leh entende enfin leurs revendications. Soumis à des conditions de vie qui n'ont pas évoluées et malgré les dernières promesses électorales des élus, les villageois de cinq villages de la Nubra Valley se sont, en désespoir de cause, regroupés pour manifester. Ils demandent une aide financière pour leurs deux écoles, des fournitures scolaires et la création d'une petite bibliothèque. Mais ils réclament surtout un système d'eau courante efficace et performant ainsi que la suppression des coupures d'électricité intempestives, si pénibles pendant la période hivernale.

Après trois journées de manifestation n'ayant abouti à rien, la grogne des camionneurs bloqués le long de la route, impuissants, se fait également grandissante. Le District Governor de la région est enfin envoyé depuis Leh pour négocier, accompagné de son aréopage de militaires. La population, bien que fatiguée et énervée par ces journées d’attente, ne se laissera pas amadouer par les promesses du politicien. Les villageois exigent en effet un contrat écrit sur lequel ils veulent voir figurer leurs revendications ainsi que l'ensemble des actions que le gouvernement s'engagera à mettre en place. Seul touriste à s'immiscer dans la manifestation et à suivre les houleux "débats", on m'interdit de continuer à prendre des photos.

Pendant que le débat continue, de nombreux villageois se sont installés le long des voies d'accès bloquées. Les femmes discutent entre elles, sagement assises en groupe, tandis que des groupes de jeunes rigolent sous cape de voir tant d'excitation autour du politicien venu de Leh. Si la majorité d'entre eux ressemble davantage à des curieux profitant du "spectacle" pour se retrouver entre amis et voisins, tous se sentent directement concernés. Leurs revendications sont, selon tous, tout à fait justifiées et leurs motivations inébranlables. Les manifestants ne laissent en effet passer personne, pas même parait-il, de simples cyclistes...
 

Les femmes sont les premières à s'insurger devant ce politicien venu leur parler pour tenter de régler la situation. L'état d'énervement des villageoises semble même perturber les militaires qui accompagnent le gouverneur et ne savent plus trop comment canaliser cette foule qui les encercle progressivement. La tension monte et le District Governor doit finalement établir un périmètre de sécurité pour se faire entendre. Son discours ne convaincra malheureusement pas, et les femmes de cette culture matriarcale le feront savoir avec véhémence.

Ainsi réprouvé, le District Governor demande un temps de réflexion pour valider ou non les demandes des villageois. Alors que les manifestants patientent encore, ce dernier doit ainsi s’absenter, à quelques kilomètres de là, pour discuter de la situation avec ses collaborateurs.

Dans l'attente du retour du politicien, la fatigue se lit sur tous les visages, mais la détermination des villageois reste bien présente, même après ces trois jours de manifestation. Cette volonté est encore plus palpable chez les femmes ladakhies qui, pour beaucoup d'entre elles, dirigent leur propre foyer. Polyandre, la culture ladakhie donne en effet la possibilité aux femmes de se marier avec deux ou trois hommes à la fois (uniquement des frères). Les conditions de vie au Ladakh sont en effet très difficiles. En épousant une même femme, ce système permet ainsi aux frères d’une même famille de conserver leurs champs et la maison familiale sans avoir à la diviser. Les biens de chaque famille peuvent ainsi être légués dans leur intégralité, de génération en génération.

Les femmes ont donc une grande importance et un réel poids décisionnaire dans leurs villages.

Toujours consultées et écoutées lorsqu'une décision concerne l’ensemble des habitants, les femmes ladakhies possèdent un véritable pouvoir politique au sein de leur communauté. C'est ainsi en grande partie grâce à leur intervention que la manifestation a pu rassembler l'ensemble des villageois

Voici donc quelques-unes de ces femmes, parmi les plus engagées et revendicatrices de ces journées de lutte pour leur droit.  C’est fièrement que le maire du village de Panamik leur annonce enfin que le District Governor vient d'accepter toutes leurs demandes, mettant ainsi fin à leurs trois jours de manifestation.

Carnets de route de deux voyageurs
Tag(s) : #Reportages

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :