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Reportages: sommaire

Bidonville à Basateen où s'entassent et survivent des milliers de réfugiés.

 

Photos: Catalina Martin-Chico.Rue89


Des milliers de réfugiés affluent, pour s’entasser dans un camp du HCR ou dans les bidonvilles près d’Aden.

 

De Basateen, Yémen) "Rien. Nous n’attendons rien." Mohamed Dirie Odoura répond laconiquement à la question de savoir ce qu'attend la communauté somalienne au Yémen. Le responsable du Community Center (un centre communautaire pour les adultes somaliens) de Basateen, dans la proche banlieue d’Aden, dresse un constat amer de ces seize dernières années toutes verrouillées sur l’attente: celle du retour, d’une meilleure intégration ou d’une vie un peu moins dure, tout simplement.

Avec un peu de lassitude, il explique la vie ici. Chacun l’appelle "le cheikh". Dans le réduit modeste du Community Center, beaucoup ont pris place, surtout des femmes. Elles n’écoutent pas forcément ce récit qu’elles ont directement vécu. Elles regardent l’étranger avec attente. Sera-t-il seulement convaincu?

Depuis 1991, les conflits répétés dans la corne de l’Afrique ont jeté dans le golfe d’Aden plusieurs centaines de milliers de Somaliens. Mohamed Dirie Odoura a lui aussi échoué sur les côtes yéménites de l’océan Indien. Comme 90000 autres, il bénéficie du statut de réfugié. Aujourd’hui, il redoute la reprise des flux migratoires, à l’automne. Car le trafic a sa saison, de septembre à mars, lorsque les conditions de navigation sont moins défavorables. Les passagers clandestins remettent leur destin entre les mains de passeurs, qui, pour 50 à 100 dollars, les entassent sur des barcasses pour une traversée périlleuse de 300 kilomètres.

 

Avec un peu de lassitude, il explique la vie ici. Chacun l’appelle "le cheikh". Dans le réduit modeste du Community Center, beaucoup ont pris place, surtout des femmes. Elles n’écoutent pas forcément ce récit qu’elles ont directement vécu. Elles regardent l’étranger avec attente. Sera-t-il seulement convaincu?

Depuis 1991, les conflits répétés dans la corne de l’Afrique ont jeté dans le golfe d’Aden plusieurs centaines de milliers de Somaliens. Mohamed Dirie Odoura a lui aussi échoué sur les côtes yéménites de l’océan Indien. Comme 90000 autres, il bénéficie du statut de réfugié. Aujourd’hui, il redoute la reprise des flux migratoires, à l’automne. Car le trafic a sa saison, de septembre à mars, lorsque les conditions de navigation sont moins défavorables. Les passagers clandestins remettent leur destin entre les mains de passeurs, qui, pour 50 à 100 dollars, les entassent sur des barcasses pour une traversée périlleuse de 300 kilomètres.

 

Deux réfugiés africains morts sur une plage yéménite.

 

 

Une traversée périlleuse

Beaucoup de passagers perdent la vie au cours de la traversée, passés par-dessus bord ou touchés par les tirs des militaires yéménites. Sur la côte, d’Al Mukalla à Mokha, les points de débarquement sont toujours plus nombreux, pour déjouer la surveillance des autorités locales. Une situation qui inquiète l’antenne du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) à Aden et rend plus difficile l’accueil des nouveaux arrivants. Ils étaient 26000, Somaliens et Ethiopiens, à risquer l’aventure en 2006; 15000 les années précédentes.

A peine débarqué, chacun est hanté par le désir de retour dans une Somalie qui aurait retrouvé stabilité et sécurité… "Le Yémen est un lieu de transit, forcément", rappelle Aisha, de l’ONG Save the Children Suède, présente depuis 1992 dans le soutien éducatif.

Le Yémen reste le seul pays de la région à avoir signé la Convention de Genève de 1951 et à accorder le statut de réfugié, qui donne un minimum de protection. Certains réfugiés acceptent d’y être pris en charge par les agences internationales ou les ONG.

Le HCR les accueille à Mayfa, près de Bir Ali, pour les premières formalités, et leur délivre une carte d’identité bleue. Puis direction le camp de Kharaz, à 165 kilomètres au sud-ouest d’Aden, ouvert en 2001 en plein désert, qui héberge 9000 réfugiés. "C’était ça ou rien", souligne, résigné, un responsable de l’agence onusienne. Conditions de vie difficiles, rations alimentaires réduites, absence totale de perspectives. Certains réfugiés préfèrent partir tenter leur chance en ville, près d’Aden.

Basateen est à moins de 15 kilomètres d’Aden, la blanche cité portuaire décrépie. Les baraquements de tôle ondulée et de parpaings se succèdent sur la route qui mène de Taiz à Sanaa, encombrée de poids lourds et de minibus. Quelques carcasses de voiture bordent l’artère, les échoppes sont encadrées par des milliers de sacs en plastique rouge. Les éboueurs ne sont plus passés depuis presque deux ans. Mais, au moins, certains réfugiés peuvent trouver de quoi gagner un peu d’argent.

Ils sont plus de 15000, avec la carte d’identité jaune, sur une population de 35000 habitants. On ne sait plus s’il faut parler de camp ou de ville. Un officiel de l’antenne des Affaires étrangères d’Aden s’y trompe lui-même. Il pointe la misère "de nos frères, dans le camp de Basateen ou ailleurs".

"La situation économique, la santé et l’éducation sont les trois principales difficultés auxquelles sont confrontés les réfugiés", énumère sobrement Mohamed Dirie Odoura. Un seul hôpital à Basateen, tapissé d’affiches pour la prévention du Sida, la contraception. Trois écoles sont ouvertes, mais les frais ne permettent pas aux familles les plus nombreuses de scolariser tous leurs enfants.

Des cubes de tôle dans un dédale de ruelles

Les logements: des cubes de tôle et de béton enchevêtrés dans le dédale des ruelles. Une chambre de 15 mètres carrés, étouffante, accueille ici une famille de cinq personnes. La cuisine et la salle de bain sont les pièces communes: un réchaud, une bassine, un frigo en équilibre. Les fils électriques tressent des toiles anarchiques au-dessus des têtes. L’eau potable, livrée par la citerne charriée par un dromadaire, coûte cher; l’eau de pluie fera l’affaire.

Khaled, un des responsables de la jeunesse somalienne, progresse lentement. Il prend le temps de montrer les rues, chaque détail qui rend la vie plus difficile. La foule se presse. Un étranger? "Ramène-t-il de l’argent?" "Peut-être pourra-t-il nous aider pour les visas?" Khaled a terminé ses études universitaires à Aden. Pour lui, l’horizon paraît un peu moins sombre. La communauté somalienne s’organise: les associations de jeunes jouent un rôle de médiation, une police informelle déverrouille les tensions, l’entraide s’applique automatiquement.

Et puis il y a les clandestins qui arrivent, anonymes, pour qui débute une longue marche vers les Etats voisins, ces riches monarchies aux devantures tentantes. Un itinéraire dans la crainte de l’arrestation, de l’emprisonnement, de l’expulsion. Tous auront perdu leur famille, abandonnée là-bas, ou auront laissé seuls ici femme et enfants.

HCR et ONG multiplient les actions de prévention destinées à mettre en garde les futurs clandestins: films ou brochures sont distribués en Somalie, pour dénoncer le visage plein de promesses du passeur.

Mohamed Dirie Odoura, lui, n’attend rien, "car si quelque chose avait dû se passer, ce serait arrivé depuis bien longtemps". Il demande simplement "qu’on parle de nous".

 

 

Tag(s) : #Reportages

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