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                                                                                                                                             Reportages: sommaire



Servi dans les meilleurs restaurants d’Europe ou distribuée dans les rayons des épiceries fines, l’huile d’argan enthousiasme les papilles des gourmets. Elle provient exclusivement du Maroc. L’arganier ne pousse en effet que dans cette région du monde. Et ce sont les femmes, regroupées en coopératives, qui sont aux commandes.






Le triangle magique: Essaouira, Agadir et Taroudant

C'est toute l'histoire de l'arganier, cet arbre épineux orné de superbes noix qui bientôt se transformeront en huile. Cet arbre est emblématique du Maroc. Il n'existe que dans cette région du monde. Nulle part ailleurs, vous ne trouverez l'Argana spinosa.Cette huile d’argan qui marie avec de subtiles nuances, terroir et tradition, est produite dans la plaine de Sous, au sud-ouest du pays, dans un triangle entre Essaouira, Agadir et Taroudant. Une huile qui révolutionne la vie des femmes des douars isolés et des villages déshérités, dans la mesure où, désormais, ces femmes exercent une activité rémunérée.
Depuis des générations, les femmes berbères produisent artisanalement cette huile et l'utilisent à des fins alimentaires, cosmétiques ou thérapeutiques. A présent, à l'initiative de chercheurs de l'Université des sciences de Rabat, comme Zoubida Charrouf, les qualités de cette huile sont reconnues, et le monde entier est tombé sous son charme. Les femmes se sont alors peu à peu regroupées en coopératives, puis parfois en Groupement d'intérêt économique afin de recueillir les noix d'argan, procéder au dépulpage, au concassage, puis à la pression. L'huile des paradoxes. Elément-clé de créations culinaires d'un extrême raffinement, elle résulte d'un labeur harassant, dans la chaleur étouffante et la poussière envahissante.

 



Lamizla, petit village de quelques centaines d'âmes, niché à quelques kilomètres de Taroudant, dans les premiers contreforts du Haut-Atlas. Pas question d'aller plus loin. La route s'arrête là. Dans une petite bâtisse, aux murs blanchis à la chaux, assises sur une natte, les femmes de la coopérative locale sont en plein travail. Serrées les unes contre les autres le long des murs, Fatima, Zina et toutes leurs voisines sont préposées au concassage des noix d'argan afin d'en extraire l'amandon. Chacune dispose de de pierres, l'une utilisée comme socle, l'autre comme marteau. Des pierres façonnées par des milliers d'heures de travail. Le geste est sûr et précis. Mais parfois, la noix glisse où résiste et ce sont les doigts qui souffrent. Qu'importe! Rompues à l'âpreté de la vie rurale, les femmes ne se plaignent pas. Elles montrent volontiers, avec parfois même un sourire, leurs doigts blessés, et continuent à produire.




Indispensable alphabétisation

«En fonction des compétences, il faut entre quatre et dix heures travail pour produire 1 kilo d'amandons» explique Aicha, la responsable du site. Et chaque kilo sera payé 40 dirhams (environ 4 euros). «Nous sommes volontairement au-dessus des prix du march», nous confie Khadija Ibn Lkadi, au siège du GIE Targam à Agadir. «Cela correspond au rôle social de la coopérative.
En plus, nous avons des projets d'alphabétisation qui sont étroitement liés la production de l'huile. Sans un minimum de connaissances, il serait impossible à ces femmes de s'en sortir». Et dans chaque coopérative, les cours constituent les seuls moments de pause «Nous avons opté pour une alphabétisation fonctionnelle», explique Brahim Azeruval, le correspondant du Centre national du développement et de l'alphabétisation. «Il ne faut jamais perdre de vue qu'en milieu rural au Maroc, huit femmes sur dix sont analphabètes».
Dans la coopérative de Tamaynat, à quelques kilomètres d'Agadir, c'est Rachid Oudray, qui se charge de transmettre les connaissances. «Cela passe par une participation très active des femmes. Et nous insistons dans nos projets sur des notions qui pourront être immédiatement utilisables par les femmes afin de les rendre plus autonomes dans leur coopérative. Leur apprendre à passer des commandes, par exemple». Un vaste mais indispensable chantier. «Pour vendre nos produits à l'exportation», analyse Mme Bouchra, directrice de l'unité de Tiout, « nous devons répondre à une norme de qualité précise. Or, pour que chacun comprenne cet impératif, il est indispensable de former et d’éduquer».





L’arganier, un arbre en danger

Et cela marche. Zoubida Charrouf est sans doute l'une des observatrices les plus avisées. «On note une réelle amélioration de leur situation socio-économique et une reconnaissance de la communauté dans laquelle elles vivent. Sans oublier, sa promotion par les diverses activités de formation». Un formidable pari que Fatima, Zira et les autres sont en train de gagner. Avec cependant un dernier défi de taille à relever. Le sauvetage de l'arganier. Rien de moins. D'autant plus, lorsqu'on sait que cet arbre constitue dans cette région le dernier rempart à l'avancée du désert ... «Pour les femmes berbères, cet arbre constitue un don de Dieu, relate Khadija Ibn Lkadi. Et il ne leur est pas venu à l'esprit que l'arbre était en danger». Pourtant, près de 600 hectares d'arganeraie disparaissent chaque année. «La valorisation économique de l'arganier par le biais de ses produits peut constituer un moyen de relancer une foresterie rurale», espère Zoubida Charrouf. «Il est encore trop tôt pour dire que le tout le monde commence à planter des arganiers, mais des indicateurs montrent au moins que l'on est sur la bonne voie», poursuit Zoubida. «Des ONG locales recrutent des gardiens pour éviter la divagation des animaux dans les arganeraies. Et surtout, le nombre de plantes produites dans les pépinières augmente de façon exponentielle». Un point noir persiste. «La mortalité des plants dépasse encore 80 %. Cela freine les initiatives».

Cependant, au Maroc, tout le monde semble avoir pris conscience de l'intérêt de préserver cet arbre original, comme en témoigne la récente création d'une Fondation Mohamed VI pour la sauvegarde de l'arganier. Scientifiques, responsables des eaux et forêts, administrations, représentants des coopératives font désormais bloc. Pour qu'en France, au Japon, aux Etats-Unis, cette huile d'argan continue à révéler les saveurs. Pour qu'au Grand Véfour, Guy Martin continue à l'évoquer avec poésie. « Je suis sensible à ces femmes qui récoltent, à ces femmes qui perpétuent la tradition. Ces mêmes gestes qui ont été accomplis par leurs mères, par leurs grands-mères. Dans notre société où tout va très vite, s'attacher à des gestes, à des repères ... L 'huile, mon huile, celle qui vient de la région d'Essaouira (coopératives Argania), je la mets dans plein de recettes, pour une simple vinaigrette, dans un jus de poisson, au pinceau sur un dessert, ou quelques gouttes dans un sorbet» La recette du bonheur en quelque sorte.

Par Benoit DELOUVIER Nomadenews

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