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Nouvel amuseur public, le Président pratique avec brio l'art de la grimace, de la prise à parti et de la mise en boîte d'un spectateur. Les journalistes feraient pourtant bien d'être un peu plus exigeant sur la qualité du spectacle.

 

La conférence de presse de Sarkozy ressemblait moins à un exercice politique qu'à la prestation d'un amuseur de bistrot ou d'un mauvais chansonnier. Pourtant, elle est encore traitée sur un plan politique par quelques médias français. Ces rares retardataires n'ont pas compris que ce que Sarkozy déclare n'a plus vraiment d'importance puisque cela peut être une bêtise contredite quelques heures plus tard (les 35 heures), une absurdité grosse comme lui (le pouvoir d'achat, invention des médias) ou une bonne grosse vanne qui marche à tous les coups (la politique de civilisation de l'impayable Edgar Morin).

Désormais, l'annonce politique n'a plus d'importance. C'est le bon mot ou la grimace qui comptent. L'actualité politique devient la trame de la performance du comique, un peu à la manière d'un Guy Bedos, en plus beauf et en plus réac'. Pour professionnaliser son show, le fantaisiste de l'Elysée utilise les ficelles habituelles du métier (des conseils de Bigard ?) : il pimente avec un peu de son carnet rose, prend à parti le public ou encore met en boîte un des spectateurs (la prochaine fois, il fera sans doute monter Joffrin sur scène). Pas la peine de chercher de message de fond dans le show d'hier, il n'y en a pas, à part peut-être l'annonce de la suppression de la pub sur le service public, seul moment que réussira à retenir le Financial Time de ces deux heures de performance le lendemain matin.

Dès lors, comment expliquer les réactions positives, voire enthousiastes de la plupart des six cents quarante journalistes présents (bonne audience pour un « stand-up ») ? Tout simplement parce que les médias, à quelques grincheux près, ont renoncé à analyser le fond. Il n'y en a pas. Il se sont adaptés au changement d'univers de Sarkozy qui, à la manière d'un sautillant Super Mario, est passé dans une nouvelle dimension : il était dans la politique, il est passé dans celui du show-biz. Les médias, lorsqu'ils parlent de Sarkozy, qu'ils l'encensent (qu'est ce qu'il est bon !) ou le critiquent (il en fait trop !), ne parlent plus de politique, mais de spectacle. Parce qu'ils savent désormais qu'il n'y avait pas grand chose à comprendre, ils se recentrent sur l'essentiel et saluent le show, rendent hommage à l'artiste, évoquent sa vie sentimentale et ses copains people, mais ne perdent plus de temps à chercher un sens derrière ses annonces fantaisistes sur le temps de travail, la laïcité, les OGM ou le pouvoir d'achat.

Reste qu'il faudrait que les journalistes politiques et économiques progressent dans leur nouveau métier et deviennent des critiques un peu plus exigeants sur la qualité du spectacle. Il n'y aura pas toujours une salle comble avec des fans au premier rang. Et les téléspectateurs avertis que nous sommes sauront reconnaître les rires le jour où ils seront enregistrés.


Vendredi 11 Janvier 2008
JR

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