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Soupe populaire à Rome




En Italie comme en France les salaires sont à la traîne de l’inflation. Plus de 7 millions d’italiens vivent sous le seuil de pauvreté et même ceux qui ont un emploi ne parviennent plus à joindre les deux bouts. La hausse des taux d’intérêts menace 400 000 foyers de perdre leur logement. Pour s’en sortir, des salariés en sont réduits aux soupes populaires.


Vêtu de son plus bel habit du dimanche, Fausto Cepponi, a emmené sa femme et de son fils âgé de 7 ans, dîner en ville. A une soupe populaire.

« Je n’aurais jamais pensé me retrouver dans cette situation, » déclare Cepponi, qui travaille comme agent de sécurité. Il est en train de dîner dans une cafétéria de 800 places, proche de la gare de Rome, qui a été ouverte par une organisation charitable. « J’ai un boulot, j’avais une voiture, mais tout est devenu si cher, et ce que je gagne ne suffit plus. Je suis pris de panique dès la troisième semaine du mois. »

Avec des salaires bloqués, les prix de l’alimentation, des pâtes, du pain qui augmentent et les montants des remboursements de crédits immobiliers qui s’envolent à la hausse, les efforts pour faire bonne figure, « fare la bella figura » en italien, ne parviennent pas à dissimuler que des milliers de salariés italiens n’arrivent plus à joindre les deux bouts. On les appelle les « nouveaux pauvres, » d’après le titre d’un ouvrage publié cette année.

Le Premier Ministre Romano Prodi a tenté d’améliorer leur situation en promulguant en septembre dernier un décret qui alloue aux 12,5 millions des italiens les plus pauvres - 21% de la population - un secours de 150 euros. Cette somme, qui sera versée en décembre, représente la plus grosse dépense du budget cette année. Le gouverneur de la Banque d’Italie, Mario Draghi, a qualifié le 10 octobre cette mesure de « solution à court terme, » estimant que l’extension de la pauvreté pesait sur l’économie italienne.

« C’est une forme de pauvreté cachée, humiliante, qui est apparue, et que les statistiques officielles ne montrent pas, » juge Giampiero Beltotto, l’auteur des « Nouveaux Pauvres. » « C’est celle d’une personne qui achète au supermarché un poulet le jour de sa date de péremption, plutôt qu’un steak chez le boucher. »


Salaires bloqués


Cette situation reflète un malaise grandissant à travers l’Union Européenne. Au Royaume Uni, le nombre des personnes menacées de tomber sous le seuil de pauvreté a augmenté l’année dernière, pour la première fois depuis 1997, selon l’Institut des Etudes Fiscales de Londres. En France, les deux tiers des personnes sondées en novembre par l’Ifop déclarent que leur pouvoir d’achat a baissé. Ce chiffre a augmenté de 6% depuis le début de l’année.

La Commission Européenne prévoit que le rythme de la croissance économique se ralentira l’an prochain, avec le prix record atteint par le pétrole qui pénalise le pouvoir d’achat des ménages, le niveau de l’euro qui pèse sur les exportations et les conséquences de la crise immobilière aux USA.

Les italiens sont parmi ceux qui ont été le plus durement touchés. Le salaire moyen italien a augmenté de 13,7% de 2000 à 2005 C’est l’une des plus faible hausse de l’Union Européenne, à part l’Allemagne et la Suède, qui bénéficient de salaires les plus hauts de l’Union, selon les chiffres de l’institut Euripes de Rome. La moyenne européenne s’établit à 18% et les salaires au Royaume Uni ont grimpé de 27,8%.

Cepponi, qui n’a pas eu d’augmentation depuis 3 ans, gagne environ 8 400 euros par an. Franca, sa femme, a pris un emploi à temps partiel dans une épicerie pour améliorer l’ordinaire. En Italie, le revenu moyen d’un ménage est de 22 053 euros par an.


Des gens que nous connaissons


Le nombre des italiens vivant sous le seuil de pauvreté s’est élevé à 7,5 millions en 2006, au lieu de 7,4 millions en 1997, et ceci malgré les promesses de prospérité renforcée qui avaient accompagné l’abandon de la Lire pour l’Euro. Selon un rapport de l’Istat publié en 2006, près de 9% des salariés italiens sont en danger de tomber dans la pauvreté, définie par un revenu inférieur à 970 euros par mois pour un couple.

Plus encore, la population concernée se transforme, avec une pauvreté qui rattrape désormais les salariés qui appartenaient auparavant à la classe moyenne, déclare Guerino du Tora, qui dirige la filiale romaine de Caritas, l’ONG catholique gèrant le restaurant où Cepponi va manger.

Dans le nord industriel de l’Italie, qui est la région la plus riche, le nombre de familles pauvres était de 517 656 l’an dernier, en augmentation de 17% depuis 2005.

« Nous devons réévaluer notre concept de la pauvreté » déclare Tora. « Ce n’est plus maintenant le pauvre anonyme, sans domicile, que l’on voit dans la rue. Ce sont des gens que nous connaissons. »


Benoît XVI


La hausse des taux d’intérêts a renforcé les difficultés. Un quart des propriétaires de logement ne peut plus faire face à des remboursements d’emprunts qui ont augmenté de 50% en deux ans, indique l’association de consommateurs Adiconsum. Le budget 2008 du gouvernement, s’il est approuvé, créera un fonds doté de 10 millions d’euros pour venir en aide aux 400 000 familles qui risquent de perdre leur logement.

Les loyers représentent plus de la moitié des revenus des familles gagnant moins de 30 000 euros par an, chiffre en augmentation d’un tiers depuis l’an 2000, selon Guido Lanciano, de l’Union Inquilini, une organisation de locataires. Chaque jour neuf locataires sont expulsés à Rome pour loyer impayé, contre cinq en 2000.

La situation critique des ouvriers a amené le Pape Benoit XVI à intervenir, comme il ne le fait que rarement, sur la situation intérieure, lorsque les journaux, dont la Repubblica, ont relaté qu’un ouvrier d’usine de 43 ans s’est pendu après que sa femme ait perdu son emploi à temps partiel, les mettant dans l’incapacité de payer les 500 euros de remboursement mensuel d’emprunt.


Emplois précaires


« La précarité des emplois ne permet pas aux jeunes de fonder une famille et compromet gravement le développement naturel de la société, » a mis en garde le pape, le 18 octobre.

Même pourvus d’un emploi, les italiens doivent se battre avec le coût de la vie. En octobre, l’autorité de régulation de la concurrence a ouvert une enquête sur l’augmentation de 20% du prix des pâtes, après que les consommateurs aient lancé « Basta Pasta ! » une campagne de boycott du plat national italien.

Stefano, un ancien postier qui souhaite garder l’anonymat, déjeune dans un autre restaurant de Caritas à Rome. L’homme, âgé de 58 ans, raconte que les employeurs ne l’engagent pas car il est trop vieux.

« Je traverse une mauvaise passe ce mois-ci, et je dois venir ici, » déclare-t-il tout en faisant la queue pour un plat de pâtes. « Que pourrais-je faire d’autre ? »

Par Flavia Krause-Jackson et Flavia Rotondi, Bloomberg, 17 décembre 2007




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