Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

L' Allemagne est confrontée à un scandale fiscal sans précédent. Vendredi 15 février, le parquet de Bochum, à l'ouest du pays, a annoncé enquêter sur plusieurs centaines de personnes qui se seraient rendues coupables de fraude fiscale en plaçant de l'argent au Liechtenstein, paradis fiscal sis entre la Suisse et l'Autriche.

D'après le ministère des finances, l'enquête vise des " personnalités-clés " du pays, " des gens connus et inconnus, surtout des personnes dont les revenus sont dans le haut de l'échelle ". Les chiffres qui circulent dans la presse reflètent la dimension extraordinaire de l'affaire : près de 900 perquisitions doivent être conduites dans les jours et semaines qui viennent et jusqu'à 1 000 suspects sont sur la sellette pour des sommes estimées entre 300 millions et 4 milliards euros.

Pour mener cette enquête hors normes, les magistrats de Düsseldorf et Cologne ont été mis à contribution.Cette procédure gigantesque a été déclenchée après la remise par un informateur aux contrôleurs fiscaux d'un support de données du groupe LGT, la banque de la famille princière du Liechtenstein.

Le Bundesnachrichtendienst (BND), les services de renseignements extérieurs, a servi d'intermédiaire entre cette personne et la justice allemande. La banque LGT possède sept filiales en Allemagne.

Le chef du gouvernement de la principauté, Otmar Hasler, devra aborder ce sujet délicat lors d'une rencontre prévue de longue date à Berlin, mercredi 20 février, avec la chancelière chrétienne-démocrate (CDU) Angela Merkel. " Il faut exercer de la pression politique sur le Liechtenstein, pour qu'il ne reste pas plus longtemps un eldorado pour les fraudeurs fiscaux ", a exigé le député Vert Christian Ströbele.

Premier suspect de cette affaire, le président de la poste allemande, Klaus Zumwinkel, a présenté, vendredi 15 février, sa démission. Outre son fauteuil de président du directoire de la poste, le dirigeant a aussi abandonné la présidence du conseil de surveillance de Postbank, la filiale bancaire de Deutsche Post. Soupçonné d'avoir soustrait au fisc près d'un million d'euros qu'il aurait placés au Liechtenstein, il avait été arrêté pendant quelques heures jeudi, avant d'être relâché.

Dans le quotidien Süddeutsche Zeitung, le procureur de Bochum, Bernd Bienioßek, a indiqué que l'enquête ne visait pas d'autres patrons du DAX (l'équivalent allemand du CAC 40). Des dirigeants de PME et des responsables d'envergure régionale feraient aussi partie des suspects. Le ministère des finances a appelé les fraudeurs à se dénoncer, comme le permet la loi fiscale allemande.

Une semaine avant les élections dans la ville-Etat de Hambourg le 24 février, ce scandale met à nouveau le comportement des patrons sur la sellette.

Le Parti social-démocrate (SPD) ne manque jamais une occasion pour s'emparer de ce débat récurrent en Allemagne. Il a récemment créé un groupe de travail pour réfléchir aux moyens de limiter le versement des plus hauts salaires et primes.

Le président du SPD Kurt Beck a été le premier à réclamer la démission de M. Zumwinkel. " Cela ne va pas augmenter le soutien à notre modèle de société et d'économie, mais cela va plutôt lui faire du tort ", a réagi le ministre des finances Peer Steinbrück (SPD). " La pression va encore plus s'accroître sur la politique pour adopter des législations plus sévères ", souligne le député SPD Rainer Wend. Néanmoins, le responsable considère que " ce débat va davantage profiter au parti Die Linke [la gauche radicale] ".

La chancelière Angela Merkel (CDU) a considéré la démission de M. Zumwinkel comme " inévitable ". " Je crois, dit-elle, que cela me touche comme beaucoup d'autres personnes en Allemagne : cela va au-delà de ce que j'ai pu imaginer et de ce que beaucoup d'autres ont pu imaginer. " Les chrétiens-démocrates se sont montrés au début de l'affaire moins virulents que leurs collègues du SPD.

Malgré ce scandale, nul ne réclame un durcissement de la législation sur la fraude fiscale. L'actuel gouvernement de grande coalition tout comme le précédent gouvernement SPD-Verts avaient tenté de lutter contre ce fléau en renforçant les sanctions et en organisant des vagues d'amnistie. Aujourd'hui, la loi prévoit jusqu'à dix ans d'emprisonnement dans les cas les plus graves. " Il n'y a pas de lacunes dans le droit fiscal allemand qui pourraient expliquer ces fraudes ", juge Roland Franke de l'Association allemande des conseillers fiscaux.

 
 
Cécile Calla et Marie de Vergès Le Monde 16/02/2008
Tag(s) : #Nouvelles du front

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :