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Cracher sur les syndicats
 
 
 
Voici un échange copié-collé
– avec la syntaxe d’origine – depuis http://reelledemocratie.fr
, le site des Indignés français :
  
User 7 : Les prochaines mesures d’austérité tomberont à la rentrée, il faudra tout faire pour s’organiser sans les syndicats
User 24 : les syndicats sont aux bottes de politiques !
User 110 : idem les syndicats ne feront rien par peur de ne plus gérer la situation cf l’an dernier en france, donc il n’y aura plus de manif grosse, et puis cela leur coute cher, ils gaspillent bref, c’est nous ensemble sans parti, ni syndic
User 15 : les syndicats sont corrompus OUVREZ LES YEUX.
 
 
 
 
Avec pareils enfantillages, le mouvement social ne se tire pas une balle dans le pied, mais se coupe carrément les deux bras. Parce que, faut pas déconner : qui, en France, est encore capable d’orchestrer une manif de masse ? Les syndicats. Grâce à quoi, l’an dernier, des millions de salariés ont protesté ensemble contre la réforme des retraites ? À l’intersyndicale. Quels secteurs se sont trouvés à la pointe de cette bataille, alignant les jours et les semaines de grève ? Les raffineries, les dockers, les cheminots, c’est-à-dire dans ces bastions où les syndiqués – particulièrement CGT – se recrutent en nombre, sur une ligne combative. Et quelles sont les villes qui, bien souvent, deviennent un point de résistance ? C’est là où, au Havre, à Marseille, à Albertville, sur la Zone industrielle d’Amiens, subsiste une Union Locale accrocheuse. Et si nous avons perdu, l’an dernier, c’est simplement que ces forces-là ont manqué.
 
 
 Ca serait des vieux machins, malgré tout ? À ranger aux oubliettes de l’histoire ?
Mais qu’on les compare, alors, avec des initiatives « modernes », elles, ces « nouvelles formes de lutte » tant vantées. Imitant le « No Berlusconi Day », 55 blogueurs montent un « No Sarkozy Day », avec 388 000 membres sur Facebook, soutenus par Siné Hebdo, et visent un million de personnes dans les rues : on en comptera un millier à Paris, quelques dizaines à Lille, Strasbourg, Angoulême, etc. Le bide. Éric Cantona lançait, presque malgré lui, l’opération « Je vide mon compte.com », et là encore, 38 000 fans se rassemblaient sur Facebook, la planète finance devait trembler. Mais le 7 décembre 2010 venu, les banques n’enregistrèrent « aucune activité particulière », pas même à Albert (Somme) où résidait l’ancien attaquant (et égérie de L’Oréal-Bettencourt). Fiasco. Quant aux Indignés, importés d’Espagne, ils étaient « quelques dizaines » pour prendre la place de la Bastille, ce 14 juillet 2011. Autant de médias, heureusement, étaient présents.
 
 
Nous ne mépriserons pas ces sympathiques initiatives, menées par des gens sympathiques – et qui sèment des graines. Surtout, nous saluerons ces associations qui portent de longs combats, loin des feux de paille médiatiques : ATTAC pour la taxation des capitaux, Survie contre la Françafrique, Sortir du Nucléaire… M’enfin, quant aux luttes sociales, qu’on ne lâche pas la proie pour l’ombre : les syndicats sont là, comme un marteau, rouillé peut-être, mais toujours à portée de main. Qu’on s’en saisisse.
 
 
On peut – on doit, même – critiquer leur bureaucratie, pointer leurs ambiguïtés, dénoncer leurs ramollissements. Y a besoin, oui, d’apporter de l’air frais dans les « UD » (les Unions Départementales), d’ouvrir bien grand leurs fenêtres, de réveiller les permanents endormis, de déborder les ronds-de-cuir avec énergie. À Fakir, nous y avons consacré un dossier, et à l’occasion nous le ferons encore. Mais pas de l’extérieur, pas au cri de « À bas les vieilleries ! » Au contraire : pour préserver cet outil. Pour qu’il soit plus tranchant. Pour qu’il demeure un pilier du salariat – sans qui rien ne bougera.
 
Attention, prévenait Jean Jaurès il y a un siècle (mais cet avertissement ne nous semble guère daté), « il ne faut pas que les ouvriers laissent seulement à la grande propriété le bénéfice de la force de l’association » – car le Capital, lui, est organisé ! Et le tribun socialiste ajoutait : « Je ne crois pas qu’il nous suffise, en une sorte d’anarchisme moraliste, de susciter de conscience individuelle à conscience individuelle la fierté du juste et du vrai. Il faut forger encore, à l’usage du prolétariat, l’outil de gouvernement et de législation. Il se peut très bien que le premier outil sorti de la forge soit élémentaire et maladroit, souvent réfractaire à notre vouloir. En connaissez-vous, maintenant, un meilleur ? »

Cracher sur les partis
 
 
« Nous ne sommes pas partisans des partis politiques », déclare un Indignado de la Puerta del Sol. Et un manifestant espagnol de renchérir : « Nous ne voulons pas de partis. » C’est une chose de dresser ce constat : aucun parti ne nous représente. Et une autre d’en faire un principe, de transformer un fléau en fierté.
Car partout en Europe, c’est le drame de la période actuelle : avec des affrontements en Grèce, des manifestations en France, des occupations de places en Espagne, etc., le mouvement social s’exprime fortement. Mais, pour son malheur, il ne trouve aucun débouché politique. Et idem, au fond, il y a deux ans en Guadeloupe. Alors, au contraire de ces Indignés, oui, je veux un parti – un lieu où les masses mêlent leurs aspirations, une organisation forte qui effraie nos élites, la voix d’hommes pour porter la colère, l’incarner, la guider, et qu’elle se mue en espoir. Portant, en gros, « un socialisme à visage écolo ».
 
À l’avenir, oui, peut-être, que nous inventerons des « nouvelles formes de démocratie » (fédération, associations horizontales, communes libres, etc.). Mais dans la lutte présente, nous voulons un parti – même habité par les ambitions personnelles.
Qui garantit, au passage, que ces « nouvelles formes de démocratie » ne se verraient pas miner, et plus vite encore, par les ambitions personnelles ? Quelle institution, dans l’histoire, comptant des milliers d’humains, trop humains, en fut exempte ? La confrontation des idées et des intérêts ressemble rarement à l’univers enchanté de Oui-Oui.
 
Plus immédiatement, car il ne faut pas fuir cette actualité : nous aspirons à l’unité de la gauche de gauche, avec les Alternatifs, avec les Objecteurs de Croissance, seule à même d’entraîner un élan populaire – et nous rêvons, pourquoi pas ?, sur une ligne de combat, à un mariage des rouges et des verts. Nous regardons donc avec sympathie l’expérience du Front de Gauche, malgré ses ambiguïtés. Nous espérons que cette force ne se noiera pas dans un opportunisme à courte vue – troquant des convictions contre des maroquins dans les ministères, contre un secrétariat d’État, contre un groupe parlementaire –, mais qu’elle se conservera intacte, grandissante, prête pour assurer la relève.
 
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Après les urnes, la rue
 
 
Ni les congés payés, ni les 40 heures, ne figuraient dans le programme du Front Populaire. Et finalement, c’est par 563 voix contre une, à la quasi-unanimité, que les députés votent, au mois de juin 1936, les deux semaines de vacances. Cette avancée, les ouvriers n’osaient qu’à peine l’imaginer, un mois plus tôt. Le patronat la combattait sourdement, et sans mal, depuis plusieurs décennies. La gauche ne l’avait pas inscrite à son ordre du jour… et voilà que même la droite l’accepte au Parlement ! Lorsque le peuple déborde comme un torrent, quelle rive lui résiste ?
 
C’est la grande leçon de 1936 : face aux industriels, aux banquiers, au mur de l’argent, le bulletin de vote ne pèse pas lourd. Il lui faut, derrière, le torrent des grévistes. C’était, au fond, déjà, la leçon de la Révolution – qui a installé de nouveaux élus, à l’Assemblée Nationale, à la Constituante, à la Convention, mais toujours sous la pression des faubourgs, toujours devant le soulèvement des campagnes. Et c’est la leçon, encore, de ces deux sursauts hémiplégiques : Mai 68, où l’on eut la rue mais pas les urnes, Mai 1981, avec les urnes mais sans la rue…

 

Ou la gauche marche sur ces deux jambes, ou elle n’avance pas.

 

 

 

 

Tag(s) : #Nouvelles du front

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