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 Riposte palestinienne.

 

 

 La supériorité militaire israélienne écrasante ne suffit plus à sanctuariser le territoire israélien.

 

Au vu des opérations militaires de ces derniers jours, le test israélien s’avère catastrophique. C’est ce que les médias à la solde des lobbies israéliens font tout pour cacher. La résistance admirable de la résistance palestinienne est en train de changer l’équation stratégique régionale. Les raids de l’aviation israélienne ne constituent pas une nouveauté dans le conflit israélo-palestinien. En revanche, ce qui est nouveau, c’est la capacité de la résistance palestinienne à tirer des missiles de moyenne portée capables de toucher la profondeur d’Israël. Les missiles FAJR 5 livrés à la résistance par l’Iran constituent une nouveauté qui renseigne sur le degré d’engagement de l’Iran aux côtés de la résistance palestinienne.

 

Si elle ne manque pas de courage, la décision de l’Iran d’armer de manière aussi conséquente la résistance palestinienne indique que ce pays prend au sérieux les menaces israéliennes visant son programme nucléaire et son intégrité territoriale. C’est en toute logique qu’il a décidé d’anticiper les menaces du gouvernement de Netanyahou et d’armer la résistance palestinienne afin de fixer une partie de l’arsenal israélien sur le front de Gaza. Ce faisant, les rodomontades de Netanyahu se sont retournées finalement contre la sécurité d’Israël.

 

Mais ce qui est encore plus spectaculaire, c’est que la résistance palestinienne ne s’est pas contentée de faire rentrer les missiles iraniens à Gaza et à entraîner ses combattants à leur utilisation, ce qui est déjà une gageure, elle a en outre commencé à s’en inspirer pour la mise en œuvre d’un projet de fabrication de missiles locaux, les fameux AM75 qui ont la même portée que le FAJR5 , soit 75 km et donc capables d’atteindre Tel Aviv et Jérusalem sans parler de missiles de moindre portée comme le « Nasser » dans ses différentes versions de 20 à 40 km.

 

Dans cette bataille de l’innovation technologique, la résistance palestinienne est en train d’enregistrer des progrès fulgurants comme en témoigne également le test d’essai d’un drone palestinien à Gaza qui semble inquiéter sérieusement les services secrets de l’armée israélienne.

 

Et cerise sur le gâteau, une partie des missiles Grad de fabrication russe dérobés dans les arsenaux libyens s’est retrouvée à Gaza entre les mains de la résistance palestinienne et c’est peut-être un de ces missiles qui aurait atteint un drone et un chasseur israéliens. Le scénario tant redouté de l’arroseur arrosé est en train de se réaliser au-delà des attentes des uns et des autres.

 

Le gouvernement israélien se trouve aujourd’hui piégé dans son jeu propre guerrier. En essayant d’envoyer un message confirmant la toute-puissance d’Israël à ses électeurs, aux Palestiniens et au monde, le gouvernement israélien qui ne s’attendait pas à une telle riposte qualitative de la résistance palestinienne est obligé de dévoiler une cruelle vérité qui constitue à n’en pas douter un tournant dans le conflit du Proche-Orient : Israël a perdu son immunité stratégique. Il pourra toujours compter sur sa suprématie stratégique et sa supériorité aérienne absolue dans la région, mais il ne pourra plus espérer que ses villes et ses colonies resteront à l’abri des coups de la résistance.

 

 

Même si la disproportion entre les armes des deux protagonistes reste indiscutable, les tirs de missiles palestiniens sont assez suffisants pour changer la donne psychologique et politique. C’est la première fois depuis 1991, date à laquelle Saddam Hussein avait tiré 39 missiles Scud sur Tel Aviv, que la capitale israélienne se réveille au bruit de missiles palestiniens, et ce malgré un moderne et coûteux dispositif anti-missiles appelé « Dôme de fer » qui n’a pas réussi jusqu’ici à intercepter plus du tiers des missiles lancés par la résistance palestinienne. La peur est en train de changer de camp comme le montrent les mouvements de panique et de dépression qui s’emparent des habitants et des réservistes israéliens au son des sirènes d’alerte et du bruit occasionné par la chute des missiles palestiniens sans parler du coût financier que l’économie israélienne doit supporter en cas de prolongation d’un conflit qui s’avère plus risqué que le conflit précédent.

 

Il s’agit là vraisemblablement d’une nouvelle équation stratégique et nul doute que tous les stratèges israéliens sont en train d’étudier ses retombes à moyen et long termes. Si Israël ne peut pas empêcher la riposte balistique de deux mouvements de guérilla palestiniens, comment pourra-t-il empêcher demain la riposte éventuelle du Hezbollah qui est sans doute mieux équipé que les mouvements palestiniens ou à fortiori la riposte d’armées conventionnelles comme les armées iranienne, syrienne ou égyptienne ?

 

C’est ce qui explique sans doute la nervosité du gouvernement israélien. D’un côté, la riposte palestinienne le pousse à accentuer l’escalade militaire pour étouffer dans l’œuf ce qui lui paraît déjà une menace stratégique à terme. De l’autre, il n’est pas sûr que le prix de l’escalade militaire ne dépassera pas le seuil que peuvent supporter sa campagne électorale et la stabilité du front intérieur israélien.

 

Mais outre l’intrusion de facteurs militaires nouveaux sur la scène palestinienne, les Israéliens et leurs protecteurs occidentaux doivent tenir compte de nouveaux facteurs géopolitiques autrement plus décisifs. Si l’agression contre Gaza avait aussi pour but de tester l’attitude de l’Egypte, les Israéliens et leurs alliés en ont été pour leurs frais. Même s’il n’est pas spectaculaire, le changement est perceptible. Les capitales concernées ont bien reçu le message de la nouvelle Egypte.

 

Par la voix de son président, Mohammed Morsi, l’Egypte a fait la promesse solennelle qu’elle ne laissera pas Gaza seule. Le déplacement du premier ministre égyptien à Gaza suivi du déplacement du ministre tunisien des affaires étrangères s’inscrivent dans un nouveau schéma diplomatique qui risque d’embarrasser Israël qui se retrouve face à différentes formes d’intervention difficiles à combattre en même temps (Le soutien politique de l’Egypte, le soutien militaire de l’Iran et le soutien financier du Qatar) Même la Turquie, pourtant membre de l’Otan, ne peut rester en marge de ce mouvement de solidarité sans perdre le peu de crédit politique qu’il lui reste dans la région, après s’être laissée piéger par le conflit syrien.

 

L’articulation de ces niveaux d’intervention n’a pas d’importance. La résistance palestinienne n’a pas besoin de plus. Sans tomber dans une politique aventuriste préjudiciable à ses intérêts stratégiques, l’Egypte peut faire mal à Israël. Il suffit de laisser les tunnels fonctionner normalement et de laisser la société civile égyptienne organiser librement le soutien actif à la résistance palestinienne.

 

Même en faisant semblant d’acquiescer aux demandes américaines qui sont des pressions déguisées en vue de la pousser à freiner la résistance palestinienne, l’Egypte peut œuvrer en vue d’arrêter ou du moins baisser l’intensité du conflit, ce qui serait déjà une victoire pour la résistance palestinienne qui saura exploiter la moindre trêve pour mieux s’organiser, se renforcer et se préparer aux batailles futures.

 

La boussole palestinienne

 

Au-delà de la riposte admirable à l’offensive israélienne, la résistance palestinienne est en train d’écrire une nouvelle page dans l’histoire de la résistance des peuples de la région aux tentatives de redéploiement impérial. Le fait que les différentes factions de la résistance palestinienne aient pu s’unifier dans l’action contre la dernière agression en date de leur ennemi commun est une preuve de leur maturité stratégique qui est restée intacte malgré les différends secondaires que certaines officines cherchent à faire dévier en conflits ouverts.

 

Le conflit entre le Hamas et le Fatah de Mahmoud Abbas est connu, et malgré les enjeux stratégiques qui s’y rapportent, des forces présentes dans les deux camps ont empêché qu’il dégénère en guerre civile susceptible de porter atteinte à l’arme stratégique principale du peuple palestinien dans cette étape difficile de son combat : l’unité nationale.

 

Le conflit syrien par lequel certaines capitales occidentales ont voulu se débarrasser d’un régime coupable de ne pas s’intégrer dans le nouveau grand jeu impérial dans la région a divisé, comme on pouvait s’y attendre, les forces nationales palestiniennes. D’un côté une partie du Hamas s’est retournée contre l’ancien allié syrien pour se ranger du côté de leurs frères idéologiques de l’opposition syrienne et de l’autre le « Djihad islamique », connu pour son alliance stratégique avec l’Iran, continue de soutenir le régime syrien.

 

Mais quelle que soit la complexité du conflit syrien qui se nourrit malheureusement de contradictions locales rendues insurmontables par l’aveuglement et l’incapacité des deux parties à se hisser au niveau des exigences stratégiques et qui est aggravé par les ingérences extérieures, le fait que le Hamas et le Djihad islamique aient évité d’importer ce conflit sur la scène palestinienne de Gaza constitue une victoire morale sur l’ennemi qui a tout fait pour favoriser un tel scénario.

 

Et nul doute que la dernière agression israélienne en date ne fera que renforcer le front intérieur palestinien et au-delà, faut-il l’espérer, l’ensemble du front anti-impérial dans la région. C’est dire que dans une conjoncture historique marquée par l’interférence contradictoire de nombreux facteurs internes et externes qui rendent la scène régionale opaque et mettent les acteurs politiques devant des choix difficiles, Gaza la rebelle, qui résiste admirablement, constitue peut-être la boussole tant recherchée par tous ceux qui ont décidé de se soulever pour leur émancipation nationale, démocratique et sociale.

 

Mohamed Tahar Bensaada |

 

 

Tag(s) : #Palestine

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