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Depuis six ans, le photographe Josef Koudelka a consacré sept voyages au mur et à la barrière construits par Israël en Cisjordanie. Il en a rapporté un livre réquisitoire : "Wall".

Né en 1938 en Moravie, Josef Koudelka a obtenu le prix Robert-Capa pour ses premières images, publiées sous pseudonyme, de l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie en 1968. Membre depuis plus de quarante ans de Magnum Photos, il a publié de nombreux livres consacrés notamment à la relation entre l'homme et le paysage. "Wall" vient de paraître aux Editions Xavier Barral.

 

israel-palestine le mur de separation

Camp de réfugiés de Shu'fat. En construction depuis 2002, le "dispositif de séparation", long de 708 kilomètres, conçu par l'armée israélienne, est composé d'une barrière électronique et d'un mur. Plus de 400 kilomètres - dont 61 de mur sont déjà construits, en quasi-totalité à l'intérieur de la Cisjordanie. (Josef Koudelka  Extrait de "Wall", ed Xavier Barral 2013)

 

Le mur mesure plusieurs dizaines de kilomètres. La barrière métallique qui le complète, plusieurs centaines. Comment avez-vous choisi les lieux qui figurent sur vos images ?

- Il faut tout voir pour choisir. Je cherche donc l'endroit où m'attend une photo. Et je retourne à cet endroit jusqu'à ce que je l'obtienne. J'ai aussi, dans certains cas, été guidé par un ancien colonel de l'armée israélienne, Shaul Arieli, membre du Conseil pour la Paix et la Sécurité qui milite pour que le mur ne soit pas un outil politique ou un moyen de définir une future frontière, mais pour qu'il contribue à préserver la sécurité d'Israël en nuisant le moins possible à la population palestinienne. Je me demandais ce qui se passerait si le mur était démoli, ce que deviendrait le paysage, s'il pourrait être rétabli tel qu'il était avant la construction du mur.

 

 

Israel-palestine-le-mur-de-l-apartheid.jpg

            Al-Eizariya, Jérusalem-Est. (J. Koudelka- Extrait de "Wall", ed Xavier Barral 2013)

 

- Shaul Arieli nous a conduits, avec mon compagnon de travail Gilad Baram, en plusieurs lieux où le mur a été déplacé, à la suite de décisions de la Cour suprême d'Israël. J'en ai conclu qu'il sera très difficile, sinon impossible d'effacer complètement la trace du mur dans le paysage s'il est un jour démoli. Je suis allé au village de Bil'in, où le mur a été déplacé à la suite de manifestations des habitants et de décisions de la justice israélienne. Bien sûr, les Palestiniens ont commencé à planter des oliviers sur l'ancien tracé, mais leur travail n'efface rien. La nature, c'est vrai, peut beaucoup digérer, mais il faut du temps. Ici, le dommage est irréparable. On ne change pas le paysage comme on change de vêtement.

Qu'avez-vous appris pendant ce travail ?

- J'ai appris beaucoup de choses. La plus triste, c'est que, probablement, les Palestiniens n'ont aucune chance. J'ai regardé les gens des deux côtés du mur de la même façon. Pour moi, ils ont les mêmes droits à une vie normale, décente. Mais pas les mêmes chances de l'obtenir. Le déséquilibre de puissance, dans tous les domaines, entre les Israéliens et les Palestiniens est tel que seuls les Israéliens peuvent trouver une solution au conflit. S'ils ne la trouvent pas ou s'ils la trouvent trop tard, ce sera une tragédie pour eux comme pour les Palestiniens.

 

- Un jour, l'un des Israéliens à qui je montrais mon travail m'a dit : "Ce n'est pas un livre sur le conflit. C'est un livre sur l'homme et la terre." C'est vrai. Je n'aime pas le vol. Et je pense que ce mur vole. Il confisque la terre. C'est le seul mur sur la planète qu'un Etat ait construit sur un sol qui ne lui appartient pas. Ce mur n'est pas seulement un assemblage de béton et d'électronique. Il répond à un projet précis. Car il est clair qu'à lui seul il ne garantit pas la sécurité des Israéliens. Il a tout à voir, en réalité, avec la terre, et le contrôle de la terre. Les Israéliens affirment qu'ils l'ont construit pour se défendre. Les Palestiniens, eux aussi, cherchent à se défendre. Seul le paysage n'a pas les moyens de se défendre. Comme il y a des crimes contre l'humanité, il y a des crimes contre le paysage. Et ce mur est un crime contre le paysage. Contre un paysage considéré comme sacré par une grande partie de l'humanité.

Propos recueillis par René Backmann - le Nouvel Observateur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Tag(s) : #Palestine

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