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Nous sommes la seule démocratie au Moyen-Orient, mais uniquement pour les juifs.

 

C’était déprimant de voir l’apparence faible du président américain Barack Obama aux Nations Unies. C’était déprimant de voir cet homme de talent, qui a donné un si grand espoir au monde, présenter la position lamentable d’un empire faible. C’était gênant de le voir défendre des positions et des personnes que seulement quelques mois auparavant, il avait attaqué avec fureur. Son obséquiosité est honteuse, et cette faiblesse est un réel danger pour le monde. C’est pourquoi quiconque voulant la paix ne peut pas faire moins qu’accuser Obama. On ne peut pas permettre à son désespoir de faire veto à notre espoir.

 

C’est étrange, mais nous n’avons plus personne sur qui nous appuyer, si ce n’est le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Si la démarche palestinienne en cours à l’ONU était un succès, ce serait merveilleux. Il y aurait deux états entre lesquels des négociations seraient menées - sur un pied d’égalité, et non pas entre une force d’occupation et les vaincus - concernant leur avenir et les relations qu’ils entretiendront. Mais si le mouvement échoue, car Obama est devenu un otage entre les mains du Premier ministre Benjamin Nétanyahou, qui est lui-même un otage dans les mains des colons et d’autres extrémistes israéliens, nous n’aurons plus qu’à nous demander ce que la prochaine étape pourra bien être.

 

Dans ces dernières années, il y a eu un changement dans la distribution des acteurs du théâtre de l’absurde du Moyen-Orient. Israël est devenu gras et maladroit, égaré et intransigeant. Les Palestiniens, ou tout au moins ceux d’entre eux qui soutiennent l’Autorité palestinienne et le gouvernement de Ramallah, ont repris le rôle qui était autrefois le nôtre : en recherchant la paix, en restreignant la violence, en construisant un Etat, et en ayant des initiatives diplomatiques. Voilà comment vont les choses dans l’histoire - les faibles d’hier sont les rassasiés, les décadents d’aujourd’hui, la victime devient l’oppresseur.

 

D’autre part, comme cela s’est produit plusieurs fois dans l’histoire, l’espoir de changement réside chez les faibles. Le côté faible est le côté qui a le plus de chances de gagner d’un changement, et est donc prêt à prendre de grands risques personnels et politiques pour un changement. Nétanyahou est bien pire que les anciens premiers ministres - David Ben-Gourion, qui a construit l’Etat, ou Menahem Begin qui a obtenu la paix avec l’Egypte, ou Yitzhak Rabin, qui a essayé de suivre le chemin d’Oslo et l’a payé de sa vie. Abbas est bien meilleur que le chef de l’OLP Yasser Arafat, qui l’avait précédé. Voilà comment vont les choses. Elles sont en cours d’évolution et nous sommes en recul.

 

Je suis conscient que l’engagement à la démocratie est une position indéniable aujourd’hui du leadership de l’AP. (Il n’est pas possible de dire la même chose des dirigeants israéliens). J’espère que c’est un chemin sans retour. Si l’idée de réaliser cette aspiration dans le cadre d’un Etat palestinien démocratique ne porte pas ses fruits, les Palestiniens doivent se lancer dans une initiative mondiale exigeant qu’ils soient autorisés à voter pour la Knesset. Oui, le parlement israélien.

 

Cette initiative doit être accompagnée d’une rébellion civile non-violente. Cela va attirer beaucoup d’attention et braquera les projecteurs sur le paradoxe de l’hypocrisie israélienne qui prétend que nous sommes la seule démocratie au Moyen-Orient, mais oublie de préciser que nous sommes une démocratie pour les Juifs seuls. Parce que nous sommes aussi le seul conquérant colonialiste qui reste dans le monde occidental.

 

Afin de prouver le sérieux de leurs intentions, les Palestiniens ont besoin d’un projet pilote, le voici donc. La direction palestinienne doit demander aux Arabes de Jérusalem-Est de s’organiser pour les prochaines élections municipales. Depuis 1967, il y a eu environ un quart de million d’Arabes qui ont acquis le droit de voter dans la municipalité de Jérusalem uniquement. En signe de protestation contre l’offensive d’annexion de la partie orientale de la ville, ils n’ont jamais utilisé leur droit démocratique. Cependant cette protestation n’a pas vraiment aidé.

 

Le temps est venu pour que la colère se transforme en une étape constructive. Je n’ai aucun doute qu’à partir du moment où un tiers des membres du Conseil municipal de la capitale d’Israël représenterait les résidents de Jérusalem-Est, tout le monde commencerait à se réveiller.

 

Même Nétanyahou, qui est toujours le dernier à se réveiller, veillerait à rester en alerte. Parce que le partenariat politique palestinien à Jérusalem signifie une ville qui appartient à tous ses résidents. Ce serait très différent de la situation honteuse de discrimination qui existe aujourd’hui. Une ville qui appartient à tous ses habitants n’est que le prologue d’un État qui appartient à tous ses citoyens entre le Jourdain et la mer. C’est le prix réel du refus de la part de Nétanyahou et la Droite.

 

Quiconque n’est pas prêt à faire quoi que ce soit pour promouvoir deux états aujourd’hui - et qui n’est pas prêt à payer le prix en évacuant les colonies - devra, au bout du compte concéder la totalité de l’Etat d’Israël. C’est-à-dire, que l’Etat juif et pas si démocratique que cela, sera répudié en faveur d’un processus démocratique légitime dans lequel tout le monde entre le Jourdain et la mer aura un droit fondamental - l’égalité humaine et civique d’élire et d’être élu. Ils auront au moins strictement les mêmes droits dont jouissent Obama et son nouvel ami qui sait si bien le manipuler, Nétanyahou.

 

Abraham Burg

 

http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/palestinians-sh...

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