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Non violence et  résistance en Palestine

 

Martin Luther King

Ziad Medoukh, professeur de français à l'Université de Gaza

Dans cette période  difficile de notre lutte contre l'occupation israélienne de nos Territoires palestiniens, et vue cette accalmie voire cette trêve relative avec les Israéliens, beaucoup de gens s'interrogent sur la nouvelle stratégie adoptée par les Palestiniens dans cette conjoncture actuelle marquée par l'influence de l'administration américaine dans le monde et son alliance presque totale à coté des Israéliens.

Nous vivons une situation très difficile, et cette situation demande une réflexion réelle de la part de toutes les organisations palestiniennes afin de trouver une solution durable de notre conflit avec les Israéliens.

Dans cette situation, la résistance palestinienne et le mouvement national palestinien doivent se mobiliser, voire s'organiser, afin d'assurer une unité nationale palestinienne d'une part, et pour développer des alternatives au sein de la société palestinienne d'autre part.

Notre région est en train de vivre une logique de guerre, la violence est devenue notre quotidien, toujours des bombardements, des attaques, des attentats, des destructions massives de maisons, des humiliations, des barrages, des fermetures des routes, des tirs, des balles et des incursions;et cela malgré l'accalmie relative dans cette région qui espère avoir le calme et retrouve de nouveau l'espoir de la paix.

 La seule responsable de cette situation, c'est l'occupation, l'origine de violence est la non application israélienne de toutes les résolutions internationales, c'est la politique de colonisation continue jusqu'à nos jours et même en plein processus de paix, c'est la construction d'un mur qui pénètre dans les Territoires palestiniens, et c'est la complicité et le silence internationaux.

Nous, Palestiniens, devrons nous organiser, nous devrons être à la hauteur de nos espérances, et des espérances de beaucoup de ceux qui sont solidaires de notre cause partout dans le monde. Nous devrons poursuivre notre résistance certes, car nous sommes occupés, malgré les plans de retrait israéliens de quelques territoires palestiniens; et tout peuple occupé a le droit de se défendre par tous les moyens contre son occupant. Mais revenons à nos principes, revenons à nos origines, à notre culture et à nos traditions, essayons de proposer une autre alternative, par la non violence, même si l'occupation israélienne va continuer sa politique agressive et violente contre notre peuple.

Beaucoup de gens disent que la seule réponse à l'agression de l'occupation est la violence, les attaques et les attentats. Oui, c'est vrai, cette occupation utilise tous les moyens contre nous, mais pas question d'être faible; ce n'est pas par faiblesse que je propose cette alternative, mais à mon avis, il faut essayer de comprendre la conjoncture actuelle, il faut comprendre que cette occupation est violente et qu'elle essaye constamment de nous provoquer par des attaques et des assassinats ciblés.

Nous ne sommes pas faibles, au contraire, nous sommes plus forts que les soldats et les colons malgré leurs armes et leur force militaire, car nous, nous possédons le droit, le droit de vivre sur cette terre sacrée de Palestine, car nous, nous sommes convaincus de l'importance de la paix pour les futures générations en Palestine et en Israël, nous sommes convaincus que la victoire approche malgré notre souffrance quotidienne, nous sommes plus forts que l'armée car nous n'avons rien à perdre, nous avons tout perdu en Palestine: la maison, la terre, et la famille et les proches, il ne reste deux choses que toutes les forces de l'occupation ne pourront pas arracher de notre mémoire et de la mémoire de nos enfants: la dignité et l'espoir.

Pour toutes ces raisons, nous allons opter pour la non violence comme forme de résistance en Palestine, et nous allons essayer de mobiliser notre opinion publique en Palestine en faveur de cette option, nous allons prouver aux occupants que toutes leurs mesures de provocation contre notre peuple et ses responsable ne réussiront pas à changer en nous, les Palestiniens, notre attachement aux principes de la paix, de la démocratie, de la citoyenneté, du respect de l'Autre, de la tolérance et de la vie ensemble, nous allons défier l'occupation en optant pour l'avenir et pour la paix.

Le plus important pour nous, maintenant, est d'essayer de mobiliser l'opinion publique dans le monde afin qu'elle soit solidaire avec notre cause noble, et pour y arriver, il faut un changement dans nos pratiques politiques, il faut encourager le dialogue entre les factions et les partis palestiniens, il faut encourager la participation de toute la société palestinienne dans l'élaboration de notre futur projet national, il faut promouvoir des pratiques démocratiques au sein de la société palestinienne, il faut donner un rôle plus important aux femmes en Palestine afin qu'elles participent d'une façon efficace à la vie politique et sociale.

La non violence est une stratégie qui a été utilisée par beaucoup de pays occupés, et elle a donné des fruits, elle demande des sacrifices certes, elle demande de la patience; mais notre peuple palestinien est connu pour ses sacrifices pour la terre de Palestine, et surtout il est connu pour sa patience: depuis plus de 57 ans, notre peuple souffre et malgré tout cela, il résiste, il garde l'espoir, et surtout la vie continue en Palestine.

Mes compatriotes, continuez de résister contre l'occupation, mais avec la non violence, avec l'éducation, avec la mobilisation populaire, avec une participation de toutes nos forces politiques et sociales pour développer notre projet national, un projet basé sur les principes humains du peuple palestinien contre la haine et contre la violence; pour la liberté et pour la paix.

 

LA LUTTE NON VIOLENTE DE BIL'IN

 

Non violence en Palestine

 

Bil’in est un village de Palestine qui veut continuer à exister, qui lutte pour sauvegarder sa terre, ses oliviers, ses ressources, sa liberté.

En annexant près de 60% des terres de Bil’in pour y construire le mur de séparation, l’état d’Israël étouffe le village, le détruit chaque jour un peu plus en emmurant ses habitants dans une prison à ciel ouvert.

Soutenus par des activistes israéliens et internationaux, les habitants de Bil’in manifestent pacifiquement tous les vendredis devant le chantier de la honte. Et tous les vendredis l’armée donne pour seule réponse la violence, aussi bien physique que morale.

Soutenir Bil’in c’est aider ses habitants à continuer à lutter, les aider à garder espoir dans ce combat pour la liberté, leurs libertés.

Ce site est dédié à toutes les personnes de bonne volonté, aussi bien palestiniennes, israéliennes, ou de toute autre nationalité, qui se battent contre l’injustice vécue par Bil’in et l’ensemble des palestiniens.

Bil’in, un exemple de l’injustice vécue en Palestine

Pour mémoire, il est important de savoir que la situation de Bil’in représente bien ce qu’il se passe dans toute la Palestine :

  • L’occupation de la Palestine par les forces armées israéliennes est condamnée par la résolution 242 des Nations Unies ainsi que par la Cour Internationale de Justice (CIJ).
  • La colonisation, qu’elle soit légale ou illégale selon Israël, a également été condamnée par les résolutions 242 et 338.
  • La construction du mur, l’annexion de terre pour en faire des zones militaires, sont aussi condamnées par l’ONU, et par la Cour Internationale de Justice (CIJ).
  • La présence armée en territoire étranger comme la vit le village de Bil’in, est une situation illicite selon l’ONU, punissable d’une intervention armée internationale (c.f. Koweit 1991), ainsi qu’une violation de la 4ème convention de Genève.
  • La répression armée durant les manifestations de Bil’in, également interdite par toutes les cours et instances internationales, est une violation des droits de l’homme, ainsi qu’une violation de la 4ème convention de Genève.
  • Toutes formes de punitions collectives sont punissables selon la 4ème convention de Genève, et considérées comme crime de guerre selon l’ONU.

Documents de référence

 

Historique : dates et faits importants

Années 80 : des colonies israéliennes sont établies sur une partie des terres du village.

1991 : 200 acres de terres agricoles sont confisquées à Bil’in pour y construire la colonie de Kiryat Sefer. Avec les années et son expansion Kiryat Sefer est devenu partie intégrante du bloc de colonies de Modi’in Illit.

Le mur permet la confiscation de terres
Rapport de B’TSelem et Bimkom : Le bloc de colonies de Modi’in Illit
La Cisjordanie, nouveau « Far Est » du capitalisme israélien

2001 : début de la construction de Mattityahu-Est (extension de la colonie Mattityahu)

Fin 2004 : des terres sont confisquées et l’ordre de construction du mur est communiqué par l’armée israélienne

 

 

BILIN

 

La lutte pacifique Palestinienne

par Mohammed Khatib

Il y a quelques semaines, en pleine nuit, des dizaines de soldats israéliens, visages peints, ont fait irruption dans ma maison. Si seulement ils avaient frappé, je leur aurais ouvert la porte. Ils m’ont arrêté. Ma femme, Lamia, est restée seule avec nos quatre enfants. Mon plus jeune fils Khaled, trois ans, s’est réveillé en voyant les soldats israéliens peinturés, qui arrêtaient son père. Depuis il ne cesse de pleurer. Il y a quelques nuits, il s’est réveillé terrorisé, en sanglotant : "Papa, pourquoi as-tu laissé les soldats m’arrêter ?". Aujourd’hui nos enfants passent leurs nuits dans une peur permanente.

De nombreux Américains savent que l’administration Obama a fait pression auprès du gouvernement israélien pour geler la colonisation. Mais ce que l’on ne dit pas, c’est qu’alors même qu’Israël négocie avec les États-Unis, l’état hébreu a pris des mesures pour écraser le mouvement non violent Palestinien luttant contre la colonisation et la construction du mur. Mon arrestation en est l’exemple.

Depuis plus de cinq ans, les habitants de Bil’in, mais aussi d’autres villages, ont manifesté contre le mur de séparation qui vole les terres Palestinienne pour l’expansion des colonies. Nous avons même pris part à la lutte devant les tribunaux. La Cour internationale de Justice de La Haye a statué en Juillet 2004 que le mur, construit à l’intérieur de la Cisjordanie, était illégal au regard du droit international, comme le sont toutes les colonies israéliennes. En Septembre 2007, la Cour suprême israélienne a décidé que le tracé du mur à Bil’in, qui nous vole 50% de nos terres, était illégal selon les lois israéliennes. Mais aujourd’hui, le mur n’a toujours pas été déplacé.

L’armée israélienne utilise des armes de plus en plus meurtrières et de plus en plus de violence contre les manifestants et a aussi intensifié les arrestations, notamment de membres des comités de résistance. A Bil’in seulement, vingt-neuf résidents ont été arrêtés au cours des trois derniers mois. Douze d’entre eux sont des mineurs. Presque tous ont été arrêtés lors de raids nocturnes militaires. Leurs détentions ont été prolongées à plusieurs reprises.

Mais les charges retenues contre eux sont sans fondement. Moi même j’ai été accusé de jets de pierres. J’ai été libéré sous caution et sous conditions après que mes avocats aient présenté mon passeport prouvant que je n’étais pas présent au moment des faits que l’on me reprochait. Mon ami, Adeeb Abu-Rahme, 37 ans, père de neuf enfants, est emprisonné depuis plus de six semaines bien que les charges retenues contre lui soient tout aussi absurdes.

Chaque vendredi, dans notre village, nous manifestons pacifiquement face au mur avec nos partenaires israéliens et internationaux. Chaque année nous organisons une conférence internationale sur la lutte populaire non violente. Ensemble, nous apprenons. Nous luttons ensemble pour faire tomber les murs entre les hommes que l’occupation a créés. Nous avons évoqué à maintes reprises que nous ne sommes pas contre les soldats israéliens en tant que personne, mais contre leur position d’occupants et leurs actions répressives.

Dix-neuf manifestants ont été tués dans toute la région par l’armée israélienne lors des manifestations non-violentes contre le mur. Beaucoup ont été blessés, dont des militants israéliens et internationaux. Ici, à Bil’in, nous avons récemment perdu notre ami Bassem Abu Rahme, qui a été abattu par des soldats en avril dernier alors qu’il leur suppliait d’arrêter de tirer sur les manifestants.

Il y a plusieurs mois nous avons été avertis par les forces d’occupation israélienne de leur intention d’écraser la lutte populaire.

Pourquoi le gouvernement israélien a décidé maintenant d’accroître la répression pendant les manifestations et de briser l’esprit des dirigeants des Comités Populaires ? Peut-être parce qu’ils réalisent que la lutte non-violente se répand, que les comités de résistance se créée partout en Palestine. Peut-être que la répression est liée aux intérêts de l’expansion coloniale, ou aux actions de boycott de mouvements internationaux contre des entreprises et des hommes d’affaires tels que Lev Leviev impliqués dans l’économie des colonies israéliennes. Ou peut-être craignent-ils que le nouveau gouvernement américain apprenne que la construction du mur est un moyen d’annexer nos terres pour accroître la colonisation, que nos manifestations sont systématiquement réprimées.

Les actions répressives d’Israël démontre leur malaise et leur impuissance face à des hommes luttant de manière non violente. Le gouvernement israélien semble croire que les Palestiniens qui luttent avec les activistes israéliens mettent en danger l’occupation israélienne et que la démolition du mur leur nuirait. Peut-être que ce que l’Etat d’Israël craint le plus, c’est que les gens puissent vivre ensemble, dans une société fondée sur la justice et l’égalité pour tous.

Mohammed Khatib est le secrétaire du Conseil municipal de Bil’in et membre éminent du Comité Populaire contre le mur et la colonisation.

 

"Vos Gandhi palestiniens existent … dans des tombes et des prisons"

Publié le 11-01-2010

Très belle lettre ouverte de Alison WEIR, dans CounterPunch de ce week-end, à propos de la résistance non violente en Palestine... et de ce qu’Israël en fait.

Cher Bono,

 

Dans votre récent article du New York Times, « Dix pour la prochaine décennie », vous écriviez : « Je mettrai mes espoirs dans la possibilité – si lointaine soit-elle pour le moment – que… dans des lieux pleins de rage et de désespoir, des lieux tels que les territoires palestiniens, des gens vont à l’avenir trouver parmi eux leur Ghandi, leur Martin Luther King, leur Aunt San Suu Kyi ».

Votre espérance s’est déjà réalisée dans les territoires palestiniens. Malheureusement, ces Ghandi et Martin Luther King ont été tués et jetés en prison.

Le jour même où paraissait la Tribune libre où vous formuliez l’espoir de tels leaders, ils se morfondaient dans des geôles israéliennes. Personne ne sait combien de temps ils seront détenus, ni dans quelles conditions. La torture est une pratique commune dans les prisons israéliennes.

Au cours des six dernières années seulement , au moins 19 Palestiniens ont été tués lors de manifestations non violentes contre le mur israélien de l’apartheid, qui confisque des terres agricoles palestiniennes et rend captifs les Palestiniens. Beaucoup d’autres ont été tués en d’autres endroits des territoires palestiniens tandis qu’ils prenaient part à des activités non violentes. Des centaines ont en outre été arrêtés et jetés en prison.

Récemment, Israël a engagé une campagne d’incarcération contre les meneurs de divers mouvements de marches et de manifestations hebdomadaires qui ont lieu dans de petits villages palestiniens, loin de l’attention des médias.

Mohammad Othman,

Le premier Ghandi palestinien raflé dans cette récente entreprise de purge était le jeune Mohammad Othman, arrêté le 22 septembre tandis qu’il rentrait chez lui après une prise de parole en Norvège sur les stratégies non violentes opposables à l’oppression israélienne et à la confiscation des terres. Voilà 107 jours qu’il est détenu sans inculpation, la plus grande partie de ce temps isolé en confinement.

Abdallah Abu Rahma

Le second était Abdallah Abu Rahma, instituteur et cultivateur, arraché de sa maison le 10 décembre, le seul à être inculpé d’un délit grave.
Après l’avoir retenu durant plusieurs jours, Israël l’a finalement accusé de « détention illégale d’armes » - en référence à l’emblème de la paix qu’il avait façonné à partir de cartouches usagées de gaz lacrymogènes et de balles qu’Israël avait tirées contre des manifestants non violents. (C’est une de ces cartouches qui avait transpercé le crâne de Tristan Anderson, un Américain qui était en train de photographier les suites d’un défilé non violent – ce qui avait nécessité l’ablation d’une partie du lobe frontal ).

Jamal Jumah’

Le troisième était Jamal Jumah’, un vétéran de la résistance populaire, emmené par les forces d’occupation israéliennes le 16 décembre et actuellement maintenu menotté et souvent avec les yeux bandés tout au long des procédures kafkaiennes de l’armée israélienne. Les Palestiniens ont été engagés dans la non violence depuis des décennies.

La dernière fois que j’ai été à Naplouse, on m’a parlé d’une démonstration non violente de grande ampleur qui avait eu lieu en 2001 – les estimations allant de 10.000 à 50.000 hommes, femmes et enfants palestiniens participant à une marche non violente. Tous les secteurs de Naplouse s’étaient associés pour son organisation : personnages officiels, les divers partis, des religieux, des laïcs, des musulmans, des chrétiens.

Modelant leur action sur les images de Martin Luther King, ils marchaient la main dans la main, en croyant qu’Israël ne les tuerait pas et que le monde leur prêterait attention. Ils avaient tort sur l’un et l’autre point. Les forces israéliennes ont immédiatement abattu six personnes et en ont blessé beaucoup d’autres. Et personne n’en sait rien. Pour "Si les Américains savaient", nous sommes en train de préparer une vidéo pour remédier au silence ; pour les morts, il n’y a rien que nous puissions faire.

Mais vous, Bono, pouvez faire beaucoup. Vous pouvez faire usage de votre talent et de votre notoriété pour faire connaître ces faits au monde. Vous pouvez écrire une tribune libre au sujet des Gandhi palestiniens emprisonnés et demander leur libération. Vous pouvez célébrer ces Martin Luther King palestiniens auxquels vous aspiriez, et en les célébrant, sauver leurs vies.

Car la réalité est que la non violence n’a de pouvoir qu’à la mesure de sa visibilité dans le monde. Quand elle est rendue invisible du fait qu’elle est passée sous silence par le New York Times, l’Associated Press, CNN, Fox News et d’autres, ceux qui la pratiquent sont en danger de mort, et leurs efforts pour recourir à la non violence contre l’injustice sont ruinés.

Dans le New York Times, vous avez ouvertement proclamé votre foi dans la non violence. Voici l’occasion de démontrer votre engagement. Suivent une liste de partisans de la non violence victimes de la répression israélienne victimes et des références.

Alison Weir

Source : http://www.counterpunch.com/weir01082010.html

(Traduit de l’anglais par Anne-Marie PERRIN pour CAPJPO-EuroPalestine)

CAPJPO-EuroPalestine

 

Tag(s) : #Palestine

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