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Un leader palestinien à la tribune des Nations unies, c’est un événement rare. On se souvient d’Arafat, le 13 novembre 1974 , filant la métaphore du fusil et du rameau d’olivier. Neuf jours plus tard, l’Organisation de libération de la Palestine était admise en qualité d’observateur. Les Palestiniens avaient cessé d’être des parias. On n’a pas oublié non plus son « chana tova », « bonne année » lancé en hébreu à l’adresse des juifs du monde entier, devant l’Assemblée de l’ONU à Genève. Nous étions le 15 décembre 1988, la première Intifada avait un an et, un mois plus tôt, le Conseil national palestinien réuni à Alger avait reconnu de facto Israël. Le processus qui devait conduire aux accords d’Oslo était engagé.
Ce vendredi, à New York, c’est le dernier compagnon historique d’Arafat, Mahmoud Abbas, qui doit prendre la parole pour demander à l’ONU la reconnaissance d’un État palestinien jouissant de tous ses droits sur la scène internationale, faute de disposer des attributs de la souveraineté sur son sol. Les temps ont changé. Et il y a belle lurette que Mahmoud Abbas n’a plus que des rameaux d’olivier dans les mains. La vareuse kaki et le keffieh ont disparu avec Arafat ; il n’y a plus dans la délégation palestinienne que des costumes anthracite et des cravates. Et Ramallah, sous la direction bicéphale du président de l’Autorité et de son Premier ministre, Salam Fayyed, un ancien cadre de la Banque mondiale, n’en finit pas de se plier à l’orthodoxie économique du monde libéral.



On a souvent reproché à Mahmoud Abbas sa faiblesse dans ses relations avec les États-Unis et Israël. Jusqu’à faire cause commune avec eux contre le Hamas, maître de Gaza. Il a donc fallu que l’on abuse vraiment de sa patience pour que le vieil homme lance l’initiative diplomatique à laquelle on assiste aujourd’hui. C’est la colère de quelqu’un qui a tout concédé à ses « partenaires », tout consenti, et presque tout donné, sans jamais aucun retour. Depuis l’assassinat d’Itzhak Rabin, en novembre 1995, ce ne sont pas les « processus de paix » qui ont manqué, ni les « feuilles de route », ni les « quartettes », en phase avec une stratégie israélienne bien huilée. Officiellement, l’État hébreu n’est jamais opposé à l’ouverture d’une négociation. Si l’on en croit le discours israélien, c’est même l’Autorité palestinienne qui pose des « conditions », exigeant en préalable le gel de la colonisation. Mais quiconque est de bonne foi comprend que cette « condition » n’en est pas une, la colonisation réduisant à néant l’objet même de la négociation. Hors de cet impératif, tout processus de paix n’est qu’une sombre manigance.



Ceux qui, aujourd’hui, condamnent le « geste unilatéral » de l’Autorité palestinienne, ne peuvent l’ignorer. En France, cent dix parlementaires, dont un bon nombre de socialistes, hélas, se livrent à ce qui s’apparente à une manipulation de l’opinion. En ne proposant rien d’autre qu’un retour à une négociation bilatérale dont on voit depuis seize ans les effets, ils se font les complices de la colonisation. Il n’est plus possible aujourd’hui d’être dupe de la stratégie israélienne, qui vise à négocier « mille ans » pendant que les bulldozers retournent la terre palestinienne pour y construire des colonies. Au début du mois d’août encore, alors que les dirigeants israéliens proposaient l’ouverture de nouvelles négociations « sur la base des frontières de 1967 », les mêmes dirigeants annonçaient leur décision de construire 1 600 nouveaux logements dans la partie orientale de Jérusalem, en plus de deux mille autres déjà prévus dans ce secteur. Le seuil de trois cent mille colons a été franchi en Cisjordanie, auxquels il faut ajouter les quelque deux cent mille de Jérusalem-Est. Même s’ils n’obtiennent qu’un statut d’État « non-membre » des Nations unies, en cas probable de veto américain, les Palestiniens pourront au moins porter devant la Cour pénale internationale la question de la colonisation. On ne parlera plus alors de « territoires occupés », mais de l’occupation d’un État  [1]. Certes, le sort des Palestiniens ne s’en trouvera pas amélioré dans l’immédiat. Mais au moins leurs dirigeants, longtemps inertes ou soumis, auront repris l’initiative.
La bataille de l’ONU, sur un plan diplomatique, s’inscrit dans un mouvement d’ensemble, avec les révolutions arabes et la naissance d’une ample mobilisation sociale en Israël même. Et puis les masques vont tomber. Celui de la France, par exemple. 



Quarante-huit heures avant le discours de Mahmoud Abbas, on ignore toujours ce que vont décider MM. Sarkozy et Juppé. Les capitales qui s’opposeront à la demande palestinienne devront dire ce qu’elles proposent en échange. Sont-elles prêtes à imposer à Israël un calendrier de négociation ? Sont-elles disposées à sanctionner l’État hébreu si celui-ci continue de s’approprier les terres palestiniennes ? Personne n’y croit. Même plus Mahmoud Abbas. 



Denis Sieffert

 

[1] Après le probable veto américain au Conseil de sécurité, Mahmoud Abbas pourra proposer son projet de résolution à l’Assemblée générale. Une majorité simple sera alors requise pour doter la représentation palestinienne d’un statut « d’État non-membre » qui lui confère tous les droits sauf celui de voter en Assemblée générale.

 

 

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